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À Stuttgart, une Mort à Venise sans trouble

La Scène, Opéra, Opéras

Stuttgart. Opernhaus. 7-VII-2017. Benjamin Britten (1913-1976) : Death in Venice, opéra en deux actes sur un livret de Myfanwy Piper d’après Thomas Mann. Mise en scène et chorégraphie : Demis Volpi ; décors et costumes : Katharina Schlipf. Avec : Matthias Klink (Gustav von Aschenbach) ; Ashley David Prewett (Voyageur / Vieux dandy / Vieux gondolier / Gérant de l’hôtel / Coiffeur de l’hôtel / Chef des comédiens / Voix de Dionysos) ; Jake Arditti (Voix d’Apollon) ; David Moore (Apollon) ; et Daniel Kluge, Lauryna Bendžiūnaitė, Ronan Collett, Joana Romaneiro, Gabriel Figueredo… Chœur de l’Opéra de Stuttgart, Orchestre national de Stuttgart ; direction : Willem Wentzel.

Der Tod in VenedigDans une mise en scène un peu monotone, la danse et le chant se mêlent sur la scène de l’Opéra de Stuttgart.

Mort à Venise, le dernier opéra de Britten, n’est pas le plus populaire, et il n’est pas sûr que ce soit une injustice majeure : l’Opéra de Stuttgart, peut-être pour tenter d’en éclairer les doubles fonds, a choisi de le confier à Demis Volpi, chorégraphe en résidence au Ballet de Stuttgart qui coproduit le spectacle. Ce choix ne porte cependant qu’à moitié ses fruits : le décor passe-partout de Katharina Schlipf, à base de grandes parois claires qui permettent les transparences, a le mérite de la modularité, mais sa neutralité, tout en évitant de répéter les vues obligées de Venise, a pour contrepartie une absence complète d’atmosphère : les ballets néoclassiques d’aujourd’hui se contentent volontiers, à tort, de cette indétermination spatiale, et il aurait sans doute mieux valu affronter les clichés vénitiens pour ce qu’ils sont. La fluidité dans les transitions entre scènes est une bonne chose : ce qui manque, c’est une individualisation des scènes qui éviterait la monotonie.

Heureusement, les troupes réunies de l’Opéra et du Ballet présentent sur scène plusieurs artistes qui méritent le détour par Stuttgart. La participation du ballet, à vrai dire, est limitée : Volpi, comme l’avaient prévu Britten et Piper, confie les rôles de Tadzio et de sa famille à des danseurs, Joana Romaneiro en mère de famille et des danseurs de l’école John Cranko pour ses enfants et leurs amis, sans leur donner beaucoup de grands moments chorégraphiques ; surtout, Apollon a non seulement une voix (, merveilleux de poésie et de plénitude sonore), mais aussi un corps : Volpi fait de l’étoile un double de l’Idole dorée de La Bayadère, même poses orientales, même dichotomie entre immobilité de la statue et légèreté des sauts – sans la virtuosité ébouriffante de l’original. Moore y est souverain, mais ses interventions sont brèves et la chorégraphie convenue : qui l’a vu danser dans le répertoire glorieux du Ballet de Stuttgart sait qu’il peut beaucoup plus que cela. On pourra discuter de la pertinence de rendre visible la présence divine qui, chez Britten, ne s’exprime que par la voix : dans ce spectacle du moins, cette incarnation qui rompt la monotonie est la bienvenue.

Der Tod in Venedig

La troupe de l’Opéra de Stuttgart, elle, est amplement mise à contribution, mais Mort à Venise, bien sûr, repose essentiellement sur les deux antagonistes : c’est , jeune recrue de la troupe de Stuttgart, qui affronte , et il s’en tire avec les honneurs. , comme ses prédécesseurs dans ce rôle terrible, n’a pas d’autre choix que de s’engager corps et âme dans son personnage : il livre brillamment la performance d’acteur-chanteur attendue, en restituant tout au long de la soirée l’évolution et la décadence d’Aschenbach. Avec un orchestre riche en couleurs et un pareil interprète, la soirée parvient ainsi par moments à échapper à la monotonie de la mise en scène.

Photos : Opéra de Stuttgart

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