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Splendeur, sérénité et drôlerie baroques au Festival de Saint Riquier

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Saint-Riquier, Théâtre Les Capétiens, 7-VII-2017. Polichinelle invisible chez le Roi de la Chine, spectacle musical pour marionnettes, chanteurs et musiciens sur les musiques de Lully, Rameau et de Corrette. Mise en scène et marionnettes : Jean-Philippe Desrousseaux. Lumières : Françoise Rubellin. Clique des Lunaisiens (Mélanie Flahaut, flûtes et basson ; Etienne Galletier, guitares ; Etienne Mangot, violes). Arnaud Marzorati, direction et chant.
Saint-Riquier, Abbatiale, 7-VII-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Cantates BWV 169, 82 et 170. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Concerto pour deux hautbois, basson et cordes. Le Banquet Céleste, Damien Guillon, contre-ténor et direction.
Saint-Riquier, Abbatiale, 8-VII-2017. Michel-Richard de Lalande (1657-1726) : Sinfonie pour les soupers du Roy ; motets à grand choeur pour la chapelle du Roy « Venite exultemus », « Dominus Regnavit », « De profundis »Avec : Chantal Santon-Jeffery, dessus ; Reinoud van Mechelen, haute-contre ; François Joron, taille ; Disandro Abadie, basse-taille. Pages et chantres du Centre de musique baroque de Versailles. Collegium Marianum, Olivier Schneebeli : direction.

Polichinelle chine © Françoise Rubellin 2Pour la quatrième année consécutive, Hervé Niquet prend la direction artistique du Festival de Saint-Riquier dont la qualité musicale devient exceptionnelle. Outre les grands concerts du soir axés pour la plupart autour du répertoire baroque, un spectacle original de marionnettes, à l’affiche tous les jours du festival, montre le côté populaire de cette période de l’Histoire et invite le spectateur à de nombreux fous rires. À quoi s’ajoute un concert de jazz tous les fins d’après-midi à la grange de l’Abbaye. Ainsi, le site royal millénaire reprend vie grâce aux musiciens et mélomanes de tous horizons.

Notre week-end commence fort avec Polichinelle qui part en Chine, un voyage que lui offre le diable en récompense de ses divers services rendus. Invisible grâce à un pot de chambre (!), Polichinelle peut se promener à sa guise dans le palais du roi de la Chine et rencontrer de nouveaux musiciens en compagnie de la princesse qui, désespérée, cherche à retrouver son ami disparu, un excellent musicien français… Suite à une commande d’Hervé Niquet, La  et que ResMusica a récemment rencontré, ont concocté ce conte original dans l’esprit du théâtre de la foire du XVIIIe siècle. Si les propos sont volontairement grivois et frivoles, les décors de cette chinoiserie sont d’une grande beauté. Grâce au chanteur  en diable (habillé en tunique chinoise pour la circonstance) et prêtant sa voix à la princesse, à en Polichinelle, marionnettiste en charge de toutes les marionnettes, aux trois musiciens qui jonglent entre les instruments baroques, un violon, un orgue à bouche et des gongs chinois, et à , créateur des lumières qui font partie intégrante de ce conte faussement oriental, cet exubérant spectacle est jubilatoire, avec notamment des vaudevilles à écriteaux invitant la salle à chanter. Il est d’autant plus divertissant que l’excellent musicien français, l’ami de la princesse, s’appelle… Hervé, disparu car trop occupé à diriger un festival de musique en province !

1Le soir, changement d’atmosphère. On se régale avec trois des plus belles cantates, à la fois profondes et paisibles, du grand Bach et un concerto pour hautbois, basson et cordes de Telemann, compositeur bien présent cette année dans les programmations des festivals baroques en raison de la commémoration de sa mort il y a 250 ans. La performance de est presque acrobatique : quasi-permanent sur scène, la fraicheur et l’apesanteur de sa voix sont constantes tout au long de son interprétation des trois cantates. Son timbre pur va à merveille pour des airs comme Ich Habe Genug (BWV 82) qui offre un sentiment de paix. Les musiciens qu’il dirige se mettent en si parfait diapason avec le chanteur, qu’en plus de la douceur puissante de la musique du cantor, les sons qu’ils produisent nous procurent encore davantage de plénitude. À la fin du concert, l’organiste François Saint-Yves sur le grand orgue historique construit en 1732, et les Chantres de Notre-Dame de Saint-Riquier prolongent ce moment de grâce avec des plains-chants suivis ou précédés de pièces d’orgue et l’éclairage bleu imaginé par Jacques Rouveyrollis.

2Le lendemain, , musicien du Roy et successeur de Lully, est à l’honneur. Ses grands motets, luxuriants, éloquents témoignages de la splendeur de la cour, composés et joués pour l’inauguration en 1710 de la nouvelle chapelle du Château de Versailles, retrouvent toute leur magnificence. Les pages et les chantres du Centre de musique baroque de Versailles et les musiciens du , sous la direction d’, nous font revivre la richesse de cette musique, mais aussi sa profondeur voire sa gravité avec notamment De Profundis. Chantal Santon-Jeffery impressionne par l’ampleur qu’elle confère à la musique, par la justesse et des propos extrêmement convaincants. De sa voix de basse-taille, Lisandro Abadie soutient l’ensemble des parties solo de manière très rassurante, tandis que rend parfaite l’harmonie entre les quatre solistes. Dans la formidable acoustique de l’abbatiale de Saint-Riquier, les musiciens ont fait ainsi résonner cette musique autrefois au service de la grandeur du roi, mais aujourd’hui pour le plaisir des mélomanes.

Crédits photographiques : Polichinelle et la princesse de la Chine © © Abbaye-royale-de-Saint-Riquier – Centre de musique baroque de Versailles © Abbaye-royale-de-Saint-Riquier

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