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À Munich, Diana Damrau repasse l’épreuve du Lied

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Munich. Nationaltheater. 20-VII-2017. Mélodies de Franz Schubert (1797-1828), Richard Strauss (1864-1949) et Sergueï Rachmaninov (1873-1943). Diana Damrau, soprano ; Helmut Deutsch, piano.

Si occupée soit-elle à l’opéra, n’a pas tout à fait oublié les exigences particulières de la mélodie.

Damrau 07.17 est Kammersängerin en sa Bavière natale : ce titre honorifique ne veut pas dire grand-chose, mais il montre la longue durée de ses relations avec la maison. Après avoir chanté la Reine de la Nuit ou Zerbinetta, elle s’est aventurée ces dernières années dans un répertoire plus lourd, tentant par exemple à Munich même les quatre rôles des Contes d’Hoffmann ou Lucia, avec des bonheurs divers. Elle a aussi, surtout au début de sa carrière, beaucoup chanté le Lied, avec une grande délicatesse, par exemple au festival de Salzbourg en 2005 (clef ResMusica) : où en est-elle désormais dans ce domaine ?

L’an passé, elle avait annulé le récital prévu à la même période à Munich (au profit d’un admirable concert de Waltraud Meier) ; cette fois, elle est présente, avec un programme beaucoup trop bref (moins d’une heure de musique dans le programme officiel) qui laisse penser que le Lied a bien du mal à se tailler une place dans son emploi du temps. Le résultat n’est pas sans qualités, mais souvent frustrant, à l’image du jeu précis et clair mais sans mystère de : la diction n’est pas à la hauteur de ce que le Lied exige, avec des consonnes souvent avalées ; la voix perd forme et couleur dès qu’elle prend du volume, sans gagner véritablement en expressivité ; surtout, l’ensemble donne une impression d’excessive prudence, chaque note étant soigneusement posée à sa place au détriment de l’éloquence textuelle et de la construction des phrases musicales.

Dès le début du récital cependant, Damrau sait faire preuve d’une délicatesse extrême, dans une sélection schubertienne qui n’est pas particulièrement ambitieuse, mais évite le piège du bouquet de tubes : les nuances de dynamique jusqu’au pianissimo sont parfois admirables. Les Lieder de Strauss, ensuite, sont naturellement au cœur de son répertoire actuel, et la précision poétique de l’ornementation dans Malven fait merveille. Mais c’est chez Rachmaninov que la chanteuse parvient enfin vraiment à émouvoir : les mélodies plus extériorisées ne reçoivent pas d’elle un supplément d’âme, mais Ne chante pas, ma belle, ou surtout Le Lilas sont des beaux moments de poésie. La longue séance de bis, ajoutant une dizaine de minutes de musique réparties entre Strauss, Rachmaninov et une incongrue Petite table de Massenet, n’apporte pas grand-chose de plus à un concert plus agréable qu’enthousiasmant.

Crédits photographiques : © Bayerische Staatsoper

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