tous les dossiers(1)

Obéron de Weber fait naufrage à Munich

La Scène, Opéra, Opéras

Munich. Prinzregententheater. 21-VII-2017. Carl Maria von Weber (1786-1826) : Oberon, opéra en trois actes d’après le roman de Christoph Martin Wieland. Mise en scène : Nikolaus Habjan ; décors : Jakob Brossmann ; costumes : Denise Heschl. Avec : Julian Prégardien (Obéron) ; Alyona Abramowa (Titania/Puck) ; Annette Dasch (Rezia) ; Brenden Gunnell (Huon de Bordeaux) ; Rachael Wilson (Fatime) ; Johannes Kammler (Scherasmin) ; Anna El-Kashem (Nymphe) ; Manuela Linshalm, Daniel Frantisek Kamen, Sebastian Mock (marionnettistes et rôles parlés). Chœur de l’Opéra national de Bavière ; Orchestre national de Bavière, direction : Ivor Bolton.

Oberon 1Une mise en scène indigne de l’Opéra de Munich ne donne aucune chance à Obéron, une œuvre déjà peu favorisée par son livret.

Le répertoire des blagues sur les ténors est infini, mais les festivals, cet été, ont choisi de prendre le problème au sérieux et de confier leur cas à la science. Aix a pris en charge le patient Don José sous la houlette du Dr Tcherniakov ; à Munich, le festival d’été a chargé , par le biais d’Obéron, de trouver une solution pour Huon de Bordeaux, le héros d’un roman médiéval intégré par Wieland, l’un des principaux romanciers des Lumières allemandes, à l’une des strates du Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, Obéron et Titania en débat sur l’amour. On ne lit plus Wieland, mais cette étrange construction est parvenue à nous par l’opéra de , créé en Angleterre en 1826 et repris ici, comme souvent, dans sa traduction allemande d’époque.

Comment représenter une œuvre aussi mal bâtie, avec un scénario impossible et un texte aussi mal écrit (on ne compte pas les vers pouvant prétendre à être les pires jamais écrits en langue allemande) ? a fait le choix prudent de ne pas répondre. La strate supérieure, celle d’Obéron et Titania, se joue dans un laboratoire un peu désuet où deux passants sont sélectionnés pour être victimes de leurs expériences : Huon et son valet Scherasmin, donc. Leur histoire, elle, est racontée dans un Orient de conte de fées, mais si prosaïque, si linéaire, si premier degré que le public perd vite tout espoir que quelque chose vienne le sortir de sa torpeur : on croirait une vieille production usée par les ans, à la façon de l’antique Flûte enchantée mise en scène par August Everding que la maison ne se décide pas à remiser.

Il aurait fallu qu’un responsable de la Staatsoper explique au metteur en scène que des dialogues aussi languissants, même à l’opéra, sont cruels pour le public ; les marionnettes, dont Habjan est spécialiste, sont utilisées de manière purement décorative, anecdotique, sans jamais créer d’interactions intéressantes avec les personnages de chair et d’os ; le pire est cependant l’humour potache, compassé, fuyant toute transgression, par lequel Habjan tente de racheter son absence de point de vue sur l’œuvre. Espérons du moins que, après le si ambitieux Tannhäuser confié à Romeo Castellucci, les décors ont été faits à l’économie : si de l’argent a été dépensé pour eux, il ne se voit pas.

Les héros sont dépassés

Oberon 2Peut-on, alors, fermer les yeux et écouter la musique pour elle-même ? Par moments, oui, mais par moments seulement, et pas seulement à cause des bruits parasites venus de la scène. La distribution, elle non plus, n’est pas au niveau auquel l’Opéra de Munich a habitué son chanceux public : Alyona Abramova a peu à chanter, heureusement, mais et , eux, sont franchement dépassés par leurs rôles, et c’est beaucoup plus grave. Le second a quelques beaux moments délicats, mais la couleur n’est pas là, et les aspects héroïques de sa partition le mettent en péril. est encore plus hors de propos. Sa voix acide et étriquée n’a plus rien de la fraîcheur mozartienne de ses débuts pourtant pas si lointains ; la partition lui pose trop de difficultés pour qu’on puisse espérer variété expressive ou nuances dynamiques, et la Fatime de est à juste titre plus applaudie qu’elle. Ce sont en effet les rôles secondaires qui viennent mettre un peu de baume au cœur des spectateurs : est simplement fonctionnel, mais est en superbe voix, et elle du moins parvient à faire vivre son personnage, en formant un joli duo avec . La nymphe d’Anna El-Khashem, membre du Studio lyrique de l’Opéra de Munich, a elle aussi droit à une ovation bien méritée.

L’autre bonheur de cette soirée pauvre en satisfactions est l’orchestre, avec la direction comme toujours vivante et colorée d’ : lui qui a tant fait pour les répertoires oubliés à Munich est ici très inspiré, et l’orchestre bouillonne de vie et de saveurs. Il reçoit les ovations qu’il mérite. En ce qui concerne l’ensemble du spectacle, le public vote avec ses pieds : même s’il n’y a pas de huées, les applaudissements sont d’une brièveté exceptionnelle pour une première à Munich, les spectateurs se précipitant vers la sortie sans attendre plus que le délai de politesse le plus minimal.

Photos : Wilfried Hösl

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.