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Au cœur des coulisses de la nouvelle production lyrique de l’Opéra de Reims

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Focus sur un métier de l’ombre, suivi de répétitions de spectacles, de la création d’une œuvre, d’un ballet ou d’une nouvelle production lyrique… ResMusica propose aux spectateurs de passer du côté des coulisses à travers son dossier « Musique et danse en coulisses ». Pour accéder au dossier complet : Musique et Danse en coulisses

 

monts-du-reuilEn janvier 2018 est prévue la première de la nouvelle production lyrique de l’Opéra de Reims menée par la compagnie en résidence . Invité à suivre chaque étape du processus de création de ce nouveau spectacle, et après un premier épisode consacré au choix de l’œuvre, soit Richard Cœur de Lion de Grétry et Sedaine, Resmusica vous propose un deuxième épisode dédié à la constitution de l’équipe artistique et à la distribution vocale. Portraits et rencontres.

Comme nous le révèle dans ce nouvel épisode le metteur en scène , deux danseurs manipuleront sur scène les différents protagonistes du drame tels des marionnettes. Les directrices artistiques y ont vu l’invitation de confier à certains chanteurs des doubles rôles, mais aussi à donner à l’orchestre une nouvelle présence.

Pour cette nouvelle production, les directrices artistiques, et , ont fait le choix de reconduire l’effectif instrumental chambriste qui fait l’essence même de la compagnie , mais avec une nouvelle disposition : les musiciens seront en demi-fosse, tournés vers le plateau. Avec cette configuration, l’équipe artistique espère exploiter de nouvelles pistes d’interprétation dans l’esprit chambriste qui anime chacun de ces musiciens.

Le metteur en scène , une rencontre pleine de promesses

A l’origine, Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola est chanteur lyrique spécialisé dans le répertoire baroque. C’est par hasard qu’il est tombé dans le monde de la danse grâce à une mise en scène d’opéra faisant participer le chorégraphe brésilien Marcelo Evelin. Quelque chose est né à ce moment-là qui a plongé sans limite cet artiste dans le travail du traitement du corps sur scène, utilisation du corps très présente tout de même lorsque l’on est chanteur. Son travail de metteur en scène regroupe son expérience en tant qu’interprète et les possibilités du corps qu’il a exploité comme danseur. Il perçoit la mise en scène d’opéra comme un ensemble « total » où tous les arts peuvent se côtoyer en toute harmonie.

juan kruz diaz de garaio esnaola c by Sebastian Bolesch_0

Resmusica : Vous voilà engagé dans une nouvelle aventure avec Les Monts du Reuil, et cela après 5 collaborations avec la compagnie. Pourquoi avoir dit « oui » pour Richard Cœur de Lion ?

Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola : J’ai dit « oui » parce que c’était Les Monts du Reuil ! C’est un ensemble que j’admire beaucoup : leur démarche, la passion communicative des deux directrices artistiques, leur parti-pris et tous les risques qui vont avec… Je trouve tout cela très excitant. et , les directrices artistiques de la compagnie, se mettent toujours dans l’inconfort, fortes de toutes leurs connaissances, de leurs expériences… C’est une position qui oblige à sortir de ses habitudes et c’est ce qui m’a toujours attiré dans chaque projet avec Les Monts du Reuil. C’est une collaboration qui dure depuis de nombreuses années : je suis quelqu’un de fidèle et loyal mais pas juste par principe, aussi parce que cette relation maintenue dans le temps nous permet de relever des défis encore plus grands, simplement parce que nous nous connaissons bien, ce qui facilite le travail de création et permet plus d’efficacité.

La seconde raison de ce choix est que Richard Cœur de Lion me donne l’occasion d’aborder un ton très différent par rapport à toutes les autres productions que nous avons montées ensemble. Il reste toute de même une certaine cohérence dans ces choix puisque la compagnie est spécialisée dans l’opéra-comique de la fin du XVIIIe siècle ; on évolue dans un même style, dans un même langage. Mais dans cette œuvre de Grétry et Sedaine, il y a un ton plus posé, une certaine élégance que je n’ai pas encore travaillé avec la troupe, une couleur différente… et puis les émotions ont un autre poids. Ces changements de registres m’intéressent.

« Le processus créatif débute même avant d’avoir lu le livret »

RM : Avez-vous déjà composé votre équipe artistique pour ce nouveau projet ?

JKDGE : Je suis en train de réfléchir à la forme que je souhaite donner à cet opéra, dans quel univers je veux le développer. Le choix de mon équipe dépendra des choix que je n’ai pas encore fait, de cette direction que je vais donner à la mise en scène. La composition de la distribution vocale est la première étape ; celle de l’équipe artistique est la suivante.

RM : Avez-vous déjà un planning bien défini puisque tout cela s’opère dans un délai assez limité ?

JKDGE : Oui. Il est important que tout soit fait avec une certaine efficacité parce que nous n’avons effectivement pas beaucoup de temps. Il faut une prise de conscience très grande de ma part, mais aussi des directrices artistiques, de ce qui est réaliste ou pas, quel niveau de folie, quel niveau de prise de risques puis-je m’accorder. Il faut savoir bien doser pour se donner la possibilité à des dérapages mais aussi pour que ceux-ci nous permettent de tenir les délais. Un dérapage nous amène vers un endroit inconnu mais parfois exploitable, voire plus intéressant que le point de départ que nous avions imaginé ! Pour cela, il faut du bon sens, de l’expérience aussi…

RM : Et concernant les moyens financiers, en avez-vous conscience lorsque vous créez ?

JKDGE : Je suis quelqu’un qui aime les contraintes. Cela ne va rien enlever à ma folie ou à mes désirs. Il faut juste chercher à les réaliser avec moins d’argent, avec moins de gens, avec moins de temps. Cela ne doit pas être un compromis par manque de moyens. Au final, ces contraintes me donnent une force et me poussent à être plus juste dans l’orientation que je choisis parce que je me pose cette question : dans mon désir, qu’est-ce qui est essentiel ? Pas de superficialité, pas de superflu, pas d’artifices : l’essentiel seulement.

« Les contraintes matérielles me donnent une force et me poussent à être plus juste dans l’orientation que je choisis »

RM : Lorsqu’on vous a proposé cette nouvelle production, est-ce que les idées sont venues très rapidement ?

JKDGE : Les idées naissent sur une stabilité et un travail déjà solide avec Les Monts du Reuil. La vision commune de l’œuvre va ainsi grandir avec une vitesse bien plus prononcée qu’avec une troupe inconnue. Le processus créatif débute même avant d’avoir lu le livret, déjà selon les indications des directrices artistiques, et à partir de ce que je suis, de mes expériences, de mon vécu, de mon travail… Je ne sais pas vers quoi tout cela aboutira : les idées se forment, se déforment, se transforment et se reforment. Et peu à peu, mais assez vite, la direction et l’univers dans lesquels nous souhaitons évoluer, commencent à prendre une forme plus concrète et plus précise.

Je souhaiterais intégrer dans toutes les pièces que j’ai abordées avec Les Monts du Reuil, le personnage du régisseur plateau qui est présent dans toutes mes mises en scène : il fait les manipulations plateau « à vue » et devient même un personnage à part entière dans Le soldat magicien. Pour cet opéra-comique d’Anseaume et Philidor précédemment monté par la compagnie, comme ce personnage est un personnage muet, j’ai dû faire appel à mon imagination pour que celui-ci, initialement présent dans le livret, soit chanté et parlé par les autres interprètes. Pour Le jeune sage et le vieux fou de Méhul, le personnage n’appartient pas au livret mais j’avais envie de l’intégrer de nouveau dans la mise en scène. Pour Richard, je veux le faire évoluer dans la hiérarchie des personnages en lui donnant bien plus d’importance. Afin d’arriver à cela, je pense travailler avec deux danseurs qui manipuleront les chanteurs comme des poupées en porcelaine. On est en train de discuter des questions logistiques pour concrétiser cela.

RM : Avec ces chanteurs qui incarneraient donc des poupées, comme une certaine manipulation des protagonistes de la trame par ces deux danseurs, quel est la symbolique que vous souhaitez donner à Richard Cœur de Lion ?

JKDGE : Je souhaite garder un certain secret dans mes propos. J’essaie d’être clair, de ne pas juste parler dans une poésie où finalement rien n’est dit, où tout est politiquement correct. Il se passe des choses, mais en même temps, j’aime bien faire travailler le public. Je cherche à faire appel à leur imaginaire, à leur intelligence, à leur univers, pour qu’ils trouvent eux-mêmes les clés pour rentrer dans la pièce. Cela se fait avec une certaine complicité entre eux et moi. Lorsque l’on me demande les raisons de certains éléments de mes mises en scène, je préfère ne pas répondre. Non par snobisme ou par une volonté de rendre mon art élitiste mais parce qu’en fin de compte, toutes les réponses aux questions sont quelque part sur scène. Si je n’ai pas réussi à créer la curiosité, si ce n’est pas par paresse que l’on me pose cette question, j’estime alors que c’est de ma faute : je n’ai pas su donner assez d’informations où créer une certaine curiosité pour provoquer le besoin de répondre soi-même à ces questions. Mais les idées pour Richard sont encore en gestation. Je suis dans une période de création où mes idées se confrontent, s’opposent même parfois. Certaines réponses, aujourd’hui, je ne les ai pas moi-même. Quelle forme cela va prendre : je ne le sais pas.

La distribution vocale : des collaborateurs de longue date et les débuts d’une jeune artiste

Guillaume Gutierrez2Dans Richard Cœur de Lion, même si le rôle-titre est au centre de l’intrigue, le rôle principal est véritablement assuré par l’un des chevaliers du Roi Richard en la personne de Blondel avec notamment l’air qui a tellement fait parlé durant la Révolution française : « O Richard, O mon Roi ! » Emprisonné injustement par Léopold V d’Autriche après son retour de croisade, Richard peut effectivement compter sur la fidélité de son serviteur qui ne manquera pas d’ingéniosité tout au long de l’opéra pour le libérer. Indiquant sa présence en bas de la tour où est emprisonné Richard par le biais d’un air joué au violon qui enchaînera sur le formidable air « Une fièvre brûlante » (air que l’on retrouvera dans Le Financier et le Savetier de  Jacques Offenbach mais aussi qui sera utilisé dans des Variations de Mozart et de Beethoven), dévoilant sa véritable identité à Marguerite grâce à cet instrument, s’intégrant à ses domestiques par le biais d’une chanson à boire toujours accompagné de son violon, il est particulièrement opportun de confier ce rôle à un ténor qui sache également jouer de cet instrument. Précédemment dans la peau de Vergy dans la production de la troupe de Raoul Barbe Bleue, la voix est la stature du ténor français correspondent à la vision qu’a l’équipe artistique de ce personnage. La perspective pour cet artiste d’être amené, comme le suggère le livret, à jouer du violon sur scène, l’enchante particulièrement.

image1 assurera le personnage de Marguerite ainsi que le rôle travesti d’Antonio. C’est un véritable challenge pour la soprano québécoise qui devra incarner une héroïne distante, torturée par l’absence de Richard, pleine de noblesse et d’élégance, et un jeune homme innocent et heureux comme le permet son âge. Leur point commun : l’amour évidemment ! Ayant participé à Cendrillon de Laruette (2011), au Docteur Sangrado de Duny, Laruette et Anseaume (2014), et dernièrement au Jeune Sage et au Vieux fou (2017), c’est une collaboration qui se pérennise avec les Monts du Reuil. Sa voix joliment timbrée, sa justesse technique et son excellente connaissance de la musique française feront certainement merveille dans cette nouvelle production.

amaya-garcia1La jeune Laurette qui fera succomber Antonio mais aura également un rôle capital dans le subterfuge mené par Blondel pour délivrer le Roi, sera incarnée par . Avec cette prise de rôle, la jeune chanteuse fera ses débuts sur la scène lyrique avec l’air « Je crains de lui parler la nuit » (air repris par Tchaïkovski dans La Dame de Pique). Sa voix pure et agile ainsi que son jeune âge semble en totale cohérence avec le personnage.

Les Monts du Reuil sont encore à la recherche du ténor qui tiendra le rôle de Richard. Avec le fameux air « Si l’univers entier m’oublie », l’équipe artistique souhaite une voix de ténor ronde et plus ample que celle de Blondel.

Crédits photographiques : Les Monts du Reuil © Axel Coeuret – Juan Kruz Diaz de Garaio Esnaola © Sebastian Bolesch – ©  – © Émilie Summermatter – © Les Monts du Reuil

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