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Début d’intégrale Bruckner par Andris Nelsons à Leipzig

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : symphonie n°3 en ré mineur (version Leopold Nowak de 1888/89). Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Andris Nelsons. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistrement réalisé à Leipzig du … Notice trilingue anglais-allemand-français. Durée :

 

Bruckner nelsonsOfficiellement directeur musical de l’ à partir de la saison 2017/2018, débute avec cette formation pour Deutsche Grammophon une intégrale des Symphonies d’, en parallèle d’une intégrale des œuvres symphoniques de Dimitri Chostakovitch avec le Boston Symphony Orchestra. Il livre une interprétation chaleureuse et dynamique, empreinte de mystère plus que de mystique. 

En présentant la Symphonie n°3 dans la partition de l’édition Nowak de 1888-89, le chef letton prend le contre-pied de Yannick Nézet-Séguin récemment avec la Staatskapelle Dresden, l’autre formation saxonne de référence, dans une excellente proposition de la version initiale. En ayant opté pour la dernière version, Nelsons se retrouve alors en comparaison directe avec les captations de Sergiu Celibidache ou Eugen Jochum. L’œuvre surnommé ‘Wagner-Symphonie’ est associée sur l’album à une pièce du compositeur natif de Leipzig, l’Ouverture de Tannhäuser.

Passionnantes pour un chef par la construction des masses et les évolutions d’un thème à développer tout au long d’un même mouvement, les symphonies de Bruckner réapparaissent régulièrement au concert comme au disque ces dernières années, là où le grand public semble moins apte à suivre cette dynamique qu’il ne l’a été à redécouvrir Gustav Mahler. A cette remise en avant des ouvrages de Bruckner s’ajoute un renouveau évident dans l’approche de la direction, où la notion de religion d’abord fortement intégrée à l’interprétation a depuis été abandonnée au profit d’une analyse purement symphonique des partitions.

ne transgresse pas cette règle et s’il développe avec éloquence dans la notice le sentiment religieux des symphonies en affirmant que «  la musique de Bruckner élève l’âme », il applique  une sensation de mystique à ces œuvres sans pourtant chercher véritablement à emmener l’auditeur vers Dieu. Le premier mouvement avance donc bien misterioso dès les premières mesures, conduites vers un crescendo impeccablement géré par l’une des plus belles formations au monde, le – et maintenant son – Gewandhausorchester Leipzig, sans pour autant libérer toute la puissance du message. La tension présente jusque dans les silences tout comme la capacité de concentration des cordes offrent alors une interprétation de haute tenue, duquel le discours global semble malgré tout trop neutre.

Car à gérer surtout les masses avec une conception de l’architecture déjà supérieure à celles d’un Paavo Järvi ou même d’un Kent Nagano, Andris Nelsons ne parvient pas totalement à faire décoller cette Symphonie n°3. Etonnamment, il explique dans la notice qu’il admire les échos de Tristan et de Tannhäuser de la première version de cette Wagner-Symphonie, pour finalement valider sans réelle justification le choix de la dernière mouture, décision qui ne peut occulter l’idée que cette baguette aurait été mieux adaptée à la partition originale, l’Urfassung de 1873, ou la version William Carragan 1874 enregistrée pour le moment une seule fois, par Gerd Schaller pour le label Profil d’Hännsler. L’approche de Nelsons dans Bruckner rappelle d’ailleurs celle de son maître Mariss Jansons dans un jeu chaleureux et dynamique, alliance de contrôle autant que de liberté laissée à l’inspiration des instrumentistes, sans pour autant amener l’ouvrage à s’élever vers autre chose que de très belles sonorités.

Le résultat musical reste délectable grâce à un orchestre incroyable, tant dans les bois -fantastique hautbois- que dans les cordes, avec des demandes parfois singulières de Nelsons, comme dans le délié de certaines mesures ou lors de constructions très identifiées, notamment les fugues. L’Ouverture de Tannhäuser proposée en fin d’album s’accorde à nos doutes face à la symphonie, et cette fois, la musique de Wagner semble immédiatement correspondre de façon évidente à la direction du chef, ici encore assisté par le magnifique ensemble saxon.

Cet album intéressera les passionnés du compositeur et les amateurs du chef ; il permettra de juger les évolutions de Nelsons dans la musique de Bruckner lors des autres volets, sans savoir encore s’il n’enregistrera que les neuf symphonies numérotées, ou s’il passera également par les plus rares symphonies d’études en ré et en fa mineur.

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  • draffin

    Je suis d’accord avec vous : c’est incompréhensible le choix de
    l’édition Nowak. La partition semble tronquée, le final vidé de sa
    substance, toutes les audaces harmoniques sont gommées. Vous proposez la
    version de Nézet-Séguin pour entendre l’original, mais j’ai un autre
    coup de cœur : Simone Young avec le Philharmoniker Hamburg.

    • Vincent Guillemin

      Bonjour à vous Michel et draffin. Je suis malheureusement moi-même entièrement de votre point de vue. Et cela est d’autant moins logique que comme je tente de l’expliquer dans le texte, le chef ne semble même pas savoir au final pourquoi il a validé cette version!

      Dommage et espérons qu’il fasse mieux pour les suivantes.

  • Michel LONCIN

    Comment est-il possible que la version 1888-89 puisse encore s’imposer … en tout cas, s’agissant du Finale, littéralement défiguré … par la « grâce » outrecuidante des frères Schalk, anciens élèves de Bruckner, à qui le compositeur, à ce point blessé par le refus par Hermann Levi de sa 8ème dans sa première version qu’il a entrepris, outre la composition de la seconde version de ce même 8ème, la « révision » de la 1ère et de la 3ème, eu le grand tort de céder !!!
    Dans son « Bruckner » (à ce jour, le SEUL livre d’importance en langue française consacré à Bruckner – et c’en est SCANDALEUX ! -) le REGRETTE Paul-Gilbert LANGEVIN, condamnant sans ambages, cette destruction de la forme initiale par de larges amputations, propose, en guise d’explication de ce « triste gâchis », la tentative de « fusionner » la Durchführung avec Reprise en un vaste tronc central, innovation introduite par Bruckner dans sa 6ème Symphonie et qu’il reprend dans le Finale de la 7ème et le 1er mouvement de la 9ème … Tentative qui, s’étendant jusqu’à la Coda, était vouée à l’échec rendant la « forme » de ce Finale version « 1888-89 » hagarde, défigurée au possible !!!

  • Eusebius

    « les symphonies de Bruckner réapparaissent régulièrement au concert comme au disque ces dernières années »
    Vous savez que Jochum défendait Bruckner dès les années 30 ? Que Volkmar Andrear en a fait une intégrale au disque avec Wiener Symphoniker dans les années 50 ? Sans parler de Vaclav Neumann (Leipzig, 1965), Hans Mueller-Kray (Stuttgart RSO, 1963), Jasha Horenstein (BBC Northern SO, 1971) et même Claudio Abbado, à même pas 36a (1969), enregistrait Bruckner avec Vienne. « Ces dernières années » c’est donc ces 60 dernières années en fait…

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