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Pour sa 16e édition, l’Opéra des Landes chante à pleine voix

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Soustons. Espace Culturel Roger Hanin. 22-VII-2017. Robert Schumann (1810-1856) : Dichterliebe op. 48 ; Marchenbielder, op. 113 n°1 ; Sechs Gedichte von Lenau und Requiem op. 90. Clara Schumann (1819-1896) : Ich stand im dunkeln Träumen ; Die stille Lotosblume ; Loreley ; Romance op. 22 n°3. Pierre-Yves Binard, baryton. Marie Datcharry, piano. Anne-Lise Binard, alto.
Soustons. Espace Culturel Roger Hanin. 23-VII-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes et quatre parties sur un livret de Francesco Maria Piave d’après « La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas-fils. Mise en scène : Olivier Tousis. Décor : Kristof T’Siolle. Lumières : Frédéric Warmulla. Danse : Anne-Lise Binard. Avec : Frédérique Varda, Violetta ; Pierre-Emmanuel Roubet, Alfredo ; Kristian Paul, Germont ; Olivier Kontogom, Baron Douphol ; Eugénie Berrocq, Flora ; Laetitia Montico, Annina ; Clément Ducret, Marquis d’Obigny, Philippe Clark-Hall, Gastone ; Olivier Tousis, Docteur Grenvil ; Camille Artichaut, Giuseppe ; Philippe Touya, un commissionnaire. Chœur de l’Opéra des Landes (chef de chœur : Frédéric Herviant). Orchestre de l’Opéra des Landes, direction : Philippe Forget.

Récital_SchumannChaque année, la programmation de l’Opéra des Landes se construit autour d’une nouvelle production d’un opéra du répertoire montée exclusivement pour Soustons. Avec cinq représentations qui affichent toutes complet, La Traviata de 2017 véhicule sans détours les spécificités du festival, mais surtout ses valeurs et ses forces pour qu’au final, néophytes ou lyricomanes avertis passent un beau moment d’opéra.

Alors que les deux plus importants festivals lyriques nationaux se situent dans le Sud-Est à une petite centaine de kilomètres l’un de l’autre, les initiatives dans la région du Sud-Ouest sont bien plus confidentielles parce que dotées de moyens bien moins exponentiels. Et pourtant : « les passionnés de chant lyrique sont partout ! » assure le directeur artistique du festival « L’Opéra des Landes », . Depuis plus de quinze ans, le baryton qui s’est récemment illustré à l’Opéra d’Alger à l’occasion de la première représentation lyrique de cette institution, se bat pour que l’art lyrique ait aussi sa place dans le paysage culturel de la région landaise. Démocratisation d’un genre bien trop encore élitiste, tremplin de jeunes chanteurs français, programmation ambitieuse (voire audacieuse !)… L’Opéra des Landes met tout en œuvre depuis 2001 pour installer son festival dans la région. Entre un récital de autour des Dichterliebe et une nouvelle production de La Traviata, la qualité est effectivement au rendez-vous.

« Pour que l’opéra reste un art populaire ». Défendue par de nombreuses institutions, la démocratisation de ce genre reste en pratique difficile à mettre en œuvre : des tarifs abordables (voire modestes, comme ici) ne sont pas le seul vecteur pour faire venir un public éclectique. Dans ce bel espace culturel Roger Hanin doté de tous les équipements nécessaires pour un spectacle de belle facture, force est de constater que les 450 spectateurs du jour viennent de tous les horizons. Les trentenaires et leurs jeunes enfants côtoient les habitants de la région de tous âges, comme les touristes venus profiter du soleil de la côte. Dans une ambiance bien plus détendue que dans de nombreuses maisons d’opéra et autres festivals, tout est mis en œuvre pour que chacun se sente le bienvenu : une interaction avec le public dès l’arrivée grâce à des choristes en costumes qui vous accueillent ou d’autres lovés sur certains canapés, comme si nous étions déjà à la fête organisée par Violetta ; le vigile qui surveille le rideau entre les changements de plateau et qui brise le quatrième mur en inspectant le nouvel intérieur dans lequel va se dérouler le drame ; des sous-titrages pour toutes les représentations qui en ont besoin (le récital de autour des Dichterliebe la veille par exemple) ; une conférence avant le début de chaque spectacle… Mais l’Opéra des Landes va plus loin avec son chœur de chanteurs amateurs créé spécifiquement pour l’occasion. Douze répétitions auront suffi pour que dans un bel équilibre des pupitres et une agréable homogénéité d’ensemble, chaque choriste puisse déployer un engagement vocal et une théâtralité convaincants. Même si nous regrettons quelques costumes de bohémiennes un peu grossiers – sentiment rééquilibré grâce aux premières tenues de soirées et aux manteaux de fourrures qui donnent une élégante vision du groupe au premier acte -, et plusieurs décalages avec l’orchestre en raison du positionnement du chef sur le côté de la scène et d’une intervention en coulisse occultant la visibilité sur la direction – des failles que nous avions déjà rencontré avec des chœurs professionnels évoluant dans les mêmes conditions -, le chœur assure une performance tout à fait honorable tout au long de la soirée. Les dix musiciens de l’orchestre, sous la baguette de , défendent ardemment la théâtralité de la musique de Verdi même si l’effectif réduit ne permet que d’entrevoir les contrastes de la partition entre déferlante orchestrale et instants de plénitude.

assure une donna di prima forza avec une évidente assurance. A travers un timbre charnu et une admirable ampleur vocale, le tempérament scénique de la soprano colorature se révèle. La suavité de son Dimenticarmi allor répond avec naturel au tourbillon Follie, follie, sans que sa prestation se défausse du poids émotionnel indispensable pour retranscrire le désespoir de l’héroïne, la chanteuse sachant alléger sa voix au dernier acte jusqu’à la rupture. Face à elle, détient le charme d’un tendre Alfredo tout en révélant le caractère fougueux et sanguin d’un jeune homme épris d’amour lors de son De miei bollenti spiriti. Fort d’une notable prestance scénique et doté d’un physique avantageux, le ténor déploie une agréable ligne de chant et une variété d’intentions manifeste, passant de la colère au remords en un claquement de doigt. La figure patriarcale de dans le rôle de Giorgio Germont est particulièrement savoureuse. Par le biais de ses cantilènes de toute beauté, le baryton agrémente son personnage d’une humanité émouvante. En tempérant ce caractère autoritaire et entier, le chanteur confère à ce rôle une formidable noblesse.

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Cette production bénéficie également d’une mise en scène aboutie tout comme du décor de Kristof T’Siolle de belle facture, lui-même agrémenté des lumières riches et bien équilibrées de Frédéric Warmulla. Respectueuse de l’œuvre, la mise en scène d’ se révèle judicieuse. La direction d’acteurs est bien travaillée, particulièrement les mouvements de masse (43 choristes sur scène tout de même !) avec un tableau du chœur des bohémiennes et des matadors qui marque particulièrement les esprits, notamment grâce au flamenco robuste et sensuel d’. Les quatre colonnes des différents intérieurs qui donnent de la perspective sur le plateau, des doubles scènes avec par exemple la fête en arrière-plan alors que le couple avoue ses sentiments, le décor chic et exotique de la maison de campagne et son ambiance simple et bucolique, les jeux de lumières pour sublimer une peinture de la courtisane (composée de la chanteuse en chair et en os), pour suggérer un jardin ou pour annoncer la mort en dévoilant plusieurs silhouettes sombres… Ce travail s’inscrit dans une simplicité, une justesse et une efficacité très appréciables.

L’Opéra des Landes propose également des récitals principalement autour de la voix mais pas que. Alors que deux jours auparavant le pianiste proposait les Concertos pour piano n° 21 et 23 de Mozart accompagné par un quintette à cordes, le baryton Pierre-Yves Binard a sublimé les lieder de Clara et par des intentions foisonnantes et une expressivité affirmée. Grâce au piano subtil de , à une ligne mélodique de pure beauté et à une attention minutieuse sur chaque mot, chaque intention, l’atmosphère retranscrite de ces courtes mélodies révèle l’expressivité lyrique toute intérieure propre aux mélodies de la période romantique. Heureuse programmation que ce récital intitulé « Les Amours du Poète » qui met également en lumière trois lieder et une romance de la femme du compositeur. Même si ce récital n’a pas rencontré le même succès que La Traviata, le nombre tout de même conséquent de spectateurs pour une programmation aussi audacieuse, atteste de l’aura que le Festival a acquis pour sa 16e édition.

Crédits photographiques : Pierre-Yves Binard à l’Opéra des Landes © Festival L’Opéra des Landes – La Traviata de Verdi mis en scène par Olivier Tousis © Kristof Tsiolle

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  • Eusebius

    « Concertos pour quintette à cordes » de Mozart. Mais joués au piano. Je crois qu’il y a un problème…

    • Charlotte Saulneron Saadou

      Bonjour Eusebius,
      Un concerto est une forme musicale où un ou plusieurs solistes dialoguent avec un orchestre. Le soliste Maxence Pilchen au piano a donc joué les Concertos n°21 et n°23 de Mozart avec un quintette à cordes composé des violonistes Arnaud Aguergaray et Aurélia Lambert, Olivier Seube à l’alto, Yves Bouillier au violoncelle et Marin Bea à la contrebasse.
      Je vous souhaite une bonne journée.

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