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Voyage dans le temps au Festival de Saintes

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Saintes. Abbaye aux Dames.
14-VII-2017. Doulce Mémoire, Anne Delafosse, Clara Coutouly (sopranos), Paulin Bündgen (alto), Hugues Primard, Vincent Bouchot, Martial Paumait (ténors), Philippe Roche, Marc Busnel (basses), Eva Godard (cornet à bouquin), Jérémie Papasergio, Elsa Frank, Denis Raisin Dadre (bombardes-doulçaines-flûtes), Frank Poitrineau, Stephane Müller (saqueboutes),dir. Denis Raisin Dardre. Oeuvres de Claude Gervaise (XVIème siècle), Claudin de Sermisy (1490-1562), Jean Mouton (1459-1522), Nicholas Ludford (c.1485-1557), Antoine Divitis (1470-?), Costanzo Festa (1495-1545) et Anonyme.



16-VII-2017. Ensemble Aposiopée, Violette Arnault, Maxim Babanov, Julia Barlen, Isma Berrada, Juliette Bourgeois, Amaury Cravic, Flore D’andlau, Philomène Drif, Violette Drif, Rose Gintz, Davit Gugunava, Ysé Lebuchoux, Clara Meierhans, Clara Perrier, Chiara Petton, Stella Petton, Héloïse Prest, Olivier Reinaud, Bénédicte Travert, Nadia Tukiçi, Mathilde Weil-Rollet, dir. Natacha Bartosek, Stanislav Gallin (piano). Oeuvres de Béla Bartók (1881-1945) pour choeur et piano et Miloslav Kabelac (1908-1979) pour choeur et piano et piano seul.


Voces Suaves, Lia Andres, Mirjam Wernli (sopranos), Jan Thomer (alto), Dan Dunkelblum, Raphael Höhn (ténors), Tobias Wicky (baryton), Davide Benetti (basse) et Ori Harmelin (théorbe).
Oeuvres de Claudio Monteverdi (1567- 1643) extrait des livres II-III-IV-V-VI-VII et Alessandro Piccininni (1566-1638) Passacaille.


Benjamin Alard (clavecin), Jean-Sebastien Bach (1685-1750) Variations Goldberg.

Voces-Suaves©Sébastien LavalPremier week-end du Festival de Saintes, dans le magnifique cadre de l’Abbaye aux Dames, lieu dédié à la musique et soutenu par des personnalités prestigieuses et un public fidèle. Au travers des  concerts, il était possible de découvrir, de ré-entendre et d’apprécier un vaste panel du répertoire musical allant du XVe siècle à nos jours dans un cadre idyllique, familial et chaleureux.

C’est dans la belle abbatiale que l’on a pu écouter le très bel ensemble instrumental et vocal Doulce Mémoire qui donne à entendre une reconstitution des chants de la Grande Messe clôturant en 1520 la rencontre dite du « Camp du Drap d’or » entre le roi de France et le roi d’Angleterre, avec la confrontation des chapelles musicales des deux royaumes. Cette « Messe pour la Paix », conduite et ponctuée par le récitant Philippe Vallepin, fait entendre les merveilleux instruments d’époque de l’ensemble : cornet à bouquin, bombardes, doulcianes, flûtes et sacqueboutes. Les pièces instrumentales ponctuent les œuvres vocales liturgiques, faisant découvrir un répertoire souvent inaccessible au grand public. Les voix de Doulce Mémoire connaissent l’exigence acoustique du lieu et redoublent d’effort pour maintenir la clarté et l’équilibre au sein d’œuvres qui exigent une maîtrise des codes musicaux de l’époque. Les chanteurs profitent aussi de l’espace poétique qu’offre l’abbatiale. On retiendra l’aspect quasi angélique de l’Elévation O salutaris hostia, œuvre issue de l’occo codex, que les voix de l’ensemble portent, dissimulées dans le chœur situé derrière l’autel.

C’est 400 ans plus tard que nous retrouvons le compositeur Hongrois Béla Bartok avec un concert autour de ses œuvres pour chœur et piano ainsi que celles du compositeur et chef d’orchestre tchèque Miroslav Kabelac, décédé en 1979. Ici nous somme ravis de découvrir les jeunes (et très jeunes !) chanteurs de l’Ensemble Aposioppé, dirigé par Natacha Bartosek. Entrant en procession sur scène, c’est avec un chant populaire hongrois qu’ils ouvrent le programme. La modalité si particulière de la musique d’Europe centrale trouve un écho pur et touchant dans les voix cristallines de l’ensemble. Le pianiste Stanislav Gallin rejoint ensuite la scène pour accompagner des œuvres couvrant près de trente-cinq ans de production bartokienne. D’une esthétique post-debussyste à une polytonalité affirmée et complexe, c’est avec brio que les jeunes chanteurs nous donnent à entendre ce répertoire lui aussi assez rarement proposé au public. Les dynamiques sont contrôlées et les lignes portées avec justesse et expressivité, permettant ainsi le dialogue entre les rythmiques caractéristiques hongroises (proche de la danse) et les œuvres contemplatives, nous montrant un Bartók quasi mystique.

Toujours dans le registre vocal, c’est un grand moment musical qui suit avec l’ensemble et son programme « T’amo mia vita », dédié au père de la musique baroque . Les madrigaux, issus des différents livres du maître, tissent un lien dramaturgique que les chanteurs mettent à profit dans le son et dans l’espace. La qualité du travail vocal et dynamique subjugue. L’osmose entre les chanteurs est parfaite et la lecture donnée des œuvres révèle une intelligence musicale qui ne cède rien à l’austérité tout en conservant une légèreté qui permet la respiration de l’écoute. Les interprètes nous offrent ici un moment de musique rare et poussent l’aisance jusqu’à la scénographie. Le ô combien tragique et célèbre Lamento della ninfa dissimule la soprano dans le dos du public auquel répondent le théorbe et les chanteurs restés sur scène, désespérant de retrouver celle dont la voix résonne au loin.

Le théorbiste Ori Harmelin offre également un intermède instrumental à ce concert en interprétant seul une Passacaille d’Allessandro Piccinini, contemporain de Monteverdi, révélant ainsi toute la finesse et la poésie de cet instrument tout en intimité.

Benjamin-Alard2©Sébastien-LavalLa subtilité de cet instant se prolonge avec le récital proposé à 22h le soir par le claveciniste . Seul éclairé, au centre de l’abbatiale plongée dans le noir, c’est avec les Variations Goldberg de Johann Sebastian Bach que l’interprète nous transporte. Alard nous livre ici une lecture fine et claire de l’œuvre, avec sobriété et justesse, nous ramenant au plus près de l’essence de la composition par Bach de trente variations sur un aria initial qui ont accompagné les nuits d’insomnies du comte Keyserling, commanditaire de l’œuvre.

Ce moment de poésie, raffiné et magnifique, complète ainsi parfaitement le panel des moments musicaux que proposait le festival pour ce premier week-end.

Crédits photographiques : © Michel Garnier ; © Michel Garnier

Lire aussi : Conclusion en apothéose pour le Festival de Saintes

 

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