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Au cœur de la 10e édition de Musique à la Ferme

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Lançon-Provence. 22-VII-2017. Blanche, la chèvre de Monsieur Seguin, extrait des Lettres de mon moulin d’Alphonse Daudet, musique de Lionel Ginoux (né en 1978) ; L’histoire de Babar, le petit éléphant sur un texte de Jean de Brunhoff (1899-1937) et une musique de Francis Poulenc (1899-1963). Jérémie Honnoré, piano ; François Castang, récitant.

Franz Schubert (1797-1828) : Quintette pour deux violons, alto et deux violoncelles D 956. Quatuor Varèse : François Galichet et Julie Gehan-Rodriguez, violons ; Sylvain Seaills, alto ; Thomas Ravez et Sébastien Hurtaud, violoncelle. Nicolas Charron (né en 1978 ) : Enivrez-vous pour alto, piano et récitant. Sylvain Durantel, alto ; Emmanuel Christien, piano ; François Castang récitant. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuor pour piano et cordes op. 26. Samika Honda, violon ; Sylvain Durantel, alto ; Julien Lazignac, violoncelle ; Emmanuel Christien, piano.

JMD-220717-DSC_0665 Retour sur une journée passée au festival « Musique à la Ferme » avec deux concerts dont le premier, « en famille », était tout spécialement destiné aux plus jeunes. Le festival permet de goûter au charme d’un cadre rural avec son authenticité chaleureuse et son invitation à la simplicité, loin d’une conventionnelle salle de concert. C’est aussi un lieu étonnant, une chèvrerie à l’acoustique excellente, qui depuis 10 ans accueille de grands chambristes.

Fondateur et directeur artistique du festival, le pianiste provençal Jérémie Honnoré a commandé en 2014 la partition de Blanche, la chèvre de Monsieur Seguin au compositeur . Il est au clavier pour interpréter de nouveau cette œuvre. Il ne s’agit pas d’un langage moderne taillé dans le granit mais d’un éventail de textures riches et variées qui ponctuent le texte en suivant le rythme du récit. Le pianiste crée tour à tour différents climats : parfois dramatique, parfois paisible grâce à un toucher évocateur. Cette musique, accessible à tous, est mise en lumière par qui n’a pas son pareil pour nous tenir en haleine. À noter, la participation exceptionnelle du coq de la chèvrerie tout au long du conte !

Autre chef-d’œuvre du genre, L’Histoire de Babar de . Son charme inclassable, plein d’humour et de clins d’œil, appartient peut être à une autre époque mais il reste indémodable. Sous les doigts du pianiste, la partition de épouse des timbres colorés mais aussi des sonorités pleines. , maître dans l’art du récit, capte l’attention de tous, notamment la curiosité des plus petits qui n’hésitent pas à venir l’écouter au plus près de l’estrade.

Schubert avant Brahms

Le concert du soir était consacré à un répertoire peu joué, avec deux œuvres écrites par deux compositeurs alors au sommet de leur art. Le et le violoncelliste Sébastien Hartaud ont choisi le Quintette pour deux violoncelles de Schubert, son ultime partition de musique de chambre, composée dans les derniers mois de sa vie. L’approche véritablement organique rend cette interprétation vibrante. On est frappé par la beauté des différentes voix qui conversent avec finesse. Un soin tout particulier est apporté aux expositions de chaque instrumentiste. Si les dynamiques sont portées avec verve, un raffinement expressif éclaire l’œuvre de bout en bout. La tonalité lumineuse de l’Allegro annonce un dialogue généreux où chacun s’écoute, trouve sa place dans un souci d’unité et de clarté. L’Adagio, quant à lui, étire avec grâce ce sentiment d’éternité avant de laisser place à un épisode dramatique fort réussi.

Une nouvelle page « décalée » est proposée juste avant l’entracte, écrite par Nicolas Charron. Mis en scène par François Castang et accompagné d’un duo alto-piano, ce morceau potache nous offre un grand bol d’humour et de fantaisie.

JMD-220717-DSC_0707Puis, la dernière œuvre du programme nous permet d’entendre avec bonheur le Quatuor n° 2 de Brahms, mal-aimé comme certaines pièces qui ont jusqu’à présent vécu dans l’ombre d’autres compositions. Pourtant, il possède tous les éléments brahmsiens qui nous touchent et pénètrent au cœur des sentiments humains avec une intime mélancolie et un mystère récurrents. C’est une subtile facette de Brahms qui résonne ici avec évidence mais aussi modernité. Le Poco Adagio restera un sublime moment avec son dialogue ombragé entre le violoncelle et le piano, ses quelques notes mystérieuses qui aboutissent vers une lumière enivrante de sérénité. Comme toujours, le regard que Brahms porte en arrière sur ce qui s’est passé dans l’existence, se révèle poignant. D’inspiration viennoise, l’Allegro initial convient comme un gant au jeu brillant des quatre musiciens. Comme s’il s’agissait d’une conversation ouverte, la ligne mélodique libère des accents fiévreux tandis que les attaques côté cordes épousent parfois des sonorités plus rêches. Chaque mouvement est caractérisé par un vif engagement dans lequel chacun étoffe la matière expressive avec sa personnalité musicale. Ces beaux moments d’émotion ont conquis le public, totalement séduit.

Crédit photographique : © Jean-Michel Daumen

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