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Conclusion en apothéose pour le Festival de Saintes

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Saintes. Abbaye aux Dames. Festival de Saintes.
21-VII-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Robert Schumann (1810-1856), Johannes Brahms (1833-1897). Adam Laloum, piano ; Lise Berthaud, alto ; Victor Julien-Laferrière, violoncelle.
21-VII-2017. Joseph Haydn (1732-1809), Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Emmanuelle De Negri, soprano ; Jeune Orchestre de l’Abbaye, direction : William Christie
22-VII-2017. Hugo Wolf (1860-1903) : Mörike-Lieder (extrait), Gustav Mahler (1860-1911) : Lieder eines fahrenden Gesellen, Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°1 op. 68. Dietrich Henschel, baryton ; Orchestre des Champs-Élysées, direction : Philippe Herreweghe

Trio-Laloum-2©Sébastien-LavalEn conclusion de l’édition 2017 du Festival de Saintes, trois concerts témoignent du niveau atteint par cette manifestation créée en 1972 : un magnifique concert de musique de chambre par de jeunes et talentueux solistes français, un concert particulièrement réussi du Jeune Orchestre de l’Abbaye dirigé par et un concert final inégal mais passionnant de et , fabuleux dans les rares lieder avec orchestre de .

Le premier concert s’articule autour de la musique de chambre romantique par de jeunes et brillantissimes solistes français. Si les variations sur un thème de La Flûte enchantée pour violoncelle et piano et surtout le duo « des lunettes » pour alto et violoncelle de Beethoven ne contribuent guère à la gloire de leur auteur, ils permettent de se délecter de la sonorité royale de (lire notre entretien), récent vainqueur du premier Concours Reine Elisabeth de violoncelle. Infiniment plus émouvants, les magnifiques Märchenbilder de Schumann valent par l’engagement de et la poésie du clavier d’, musicien poète dont les affinités avec Schumann sont l’évidence même. Les trois musiciens se retrouvent enfin pour la version alternative avec alto du Trio opus 114 de Brahms, tardif chef-d’œuvre initialement dévolu à la clarinette, mais dont Brahms lui-même avait prévu l’exécution par un alto, instrument à la tessiture proche de celle de la clarinette. On croirait découvrir une œuvre nouvelle dans cette interprétation toute de lyrisme, de passion et d’émotion. Un concert superbe au programme intelligemment composé.

JOA-Christie©Sébastien-LavalLe soir, le Jeune Orchestre de l’Abbaye joue sous la direction brillante et énergique de : instruments anciens, orchestre debout (hormis bien sûr les violoncellistes), l’ensemble tranche déjà visuellement avec les orchestres symphoniques ou de chambre usuels. Impact visuel renforcé par la direction de Christie : reprises effectuées, accents soulignés un peu comme le faisait feu Harnoncourt, allegrettos pris avec vivacité et rebond rythmique, cadences des bois à la fin des trios, les idiosyncrasies abondent pour un résultat passionnant et d’autant plus remarquable que Christie a souligné le peu de répétitions nécessaires pour monter ce concert. L’excellente , soprano partenaire habituelle de Christie, triomphe dans deux airs de Mozart.

OCE-2©Michel-GarnierEnfin le lendemain il revient à , âme du festival, de conclure pour un concert au programme romantique. Le merveilleux ouvre le jeu avec un florilège de six Mörike Lieder de Wolf, une rareté dans leur parure orchestrale, somptueuses miniatures dont l’orchestration renforce le raffinement et la puissance d’analyse psychologique. Henschel s’est en effet fait le défenseur de ces petites merveilles trop rarement entendues. Son interprétation, fouillée et subtile, rend à cette écriture proprement géniale toute son aura. Les Fahrenden Gesellen lieder de Mahler qui suivent souffrent en revanche d’une tessiture particulièrement incommode mettant ses aigus à l’épreuve. On s’étonnera de la présence en deuxième partie de la Symphonie n° 1 de Brahms, une oeuvre que Wolf, toujours excessif, qualifiait de « repoussante » (« il y a plus de musique et de sentiment dans un coup de cymbales de Liszt que dans tout une symphonie de Brahms » ajoutait-il…). Pourquoi Philippe Herreweghe, excellent chef brucknérien, n’a-t-il pas plutôt programmé une symphonie de Bruckner, maître vénéré de Mahler et Wolf ? Choix d’autant plus contestable que l’interprétation, malgré de beaux moments, souffre de solos peu convaincants (le violon dans l’Adagio) et d’une cohésion orchestrale chancelante dans le finale ; conclusion un peu décevante pour un concert qui demeurera cependant mémorable pour les fabuleux lieder de Wolf.

Crédits photographiques : Trio-Laloum © Sébastien Laval ; William Christie © Sébastien Laval ; Orchestre des Champs-Élysées © Michel-Garnier

Lire aussi : Voyage dans le temps au Festival de Saintes

 

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