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Behzod Abduraimov à La Roque d’Anthéron

Festivals, La Scène, Musique symphonique

La Roque d’Anthéron. Parc du Château de Florans. 26-VII-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Ouverture des Noces de Figaro. Concerto pour deux pianos et orchestre n°10 en mi bémol majeur K.365. Francis Poulenc (1899-1963) : Concerto pour deux pianos et orchestre en ré mineur. Felix Mendelssohn (1809-1847) : Symphonie n°4 en la majeur « Italienne » op. 90. Behzod Abduraimov, Stanislas Ioudenitch, piano. Hong Kong Sinfonietta, direction : Yip Wing-sie

Ioudenitch-Abduraimov_Christophe Gremiot_26072017-2Au Festival de La Roque d’Anthéron, les pianistes ouzbek et s’associent au pour célébrer Mozart et l’original et spectaculaire Double Concerto de Poulenc.

La soirée débute par l’Ouverture des Noces de Figaro. Sous la baguette de , le souligne son caractère léger et joyeux abordant la partition de manière « sage », avec une interprétation finement expressive.

Cette sensation se prolonge dans le Concerto n°10 pour deux pianos de Mozart. Abduraimov est au clavier pour donner la réplique à son professeur Ioudenitch dans cette œuvre géniale, trop peu connue du grand public. Le résultat est dans son ensemble mitigé car le finale reste trop discret pour nous émouvoir. Pourtant, les débats débutent de la plus belle des manières. D’approche classique, la pâte orchestrale est nuancée sans chercher à faire ressortir certains plans ni accentuer le trait. L’équilibre entre les deux pianos fait apprécier le cantabile très pur d’Abduraimov ainsi que le phrasé sensible de Ioudenitch. Entre légèreté et espièglerie, les échanges se déroulent avec un caractère récitatif dans lequel différents personnages se succèdent, à l’image de ceux qu’on retrouve dans les opéras de Mozart. Dans l’Andante, une sublime modulation tutoie le divin sur quelques mesures avant de finir sur un sentiment de quiétude. Malheureusement, le vent vient jouer les trouble-fêtes. Des pages rebelles qui se tournent toutes seules et Abduraimov perd le fil de sa concentration. Ceci explique certainement quelques erreurs de mise en place et une articulation parfois peu audible. Dans Mozart, où les parties solistes sont très exposées, cela ne pardonne pas. Même scénario dans le Rondo où une hésitation d’Ioudenitch vient perturber le jeu. Le Sinfonietta tente d’entrainer les pianistes sur d’autres terres mais le duo suit une autre dramaturgie. À l’image de la dernière reprise du motif joué piano par les solistes, cette lecture confidentielle sans spontanéité nous laisse sur notre faim. Plus de corps, de contrastes aussi, lui aurait fait gagner en caractère mais aussi en profondeur.

Après le premier entracte, changement complet de style avec le Double Concerto de . Une touche fantasque « grand spectacle » accompagne cette œuvre. Avec ses mélodies dignes des musiques de film, ses clins d’œil ironiques aux concertos classiques dont ceux de Mozart, ses ruptures thématiques mais aussi ses contre-pieds, ce double concerto est aussi original que spectaculaire. Les deux pianistes abordent la partition sans fioriture avec un réel engagement. Sans chercher à « fracasser » le clavier à chacune de leurs interventions, ils font preuve d’une belle cohésion avec l’orchestre. Leur complémentarité trouve un équilibre de jeu, s’appuyant sur une rythmique efficace assurée par la chef d’orchestre. Les parties percussives, un brin survoltées, contrastent avec des plages libres au lyrisme extraverti (Larghetto) qui laissent apprécier un toucher délié de la part du maître et de l’élève. Le dernier mouvement met en lumière une autre texture avec son caractère exubérant et son phrasé instable. Le public semble séduit et ce concerto est d’ailleurs plus applaudi que celui de Mozart.

Après une deuxième pause, la symphonie « Italienne » de Mendelssohn permet finalement d’apprécier les qualités instrumentales de cet orchestre qui a semblé jusque-là plus accompagner les solistes que vouloir briller de façon individuelle. Le son des cordes s’est densifié et résonne avec une vive allégresse au cours d’un Allegro caractérisé par sa transparence. s’emploie avec sobriété mais aussi autorité pour diriger ses troupes. La vision d’ensemble privilégie la grande ligne ainsi que le rendu des textures. Douce expression dans l’Andante puis légèreté et densité dans le pastoral Con moto Moderato. La soirée s’achève sur une note enthousiasmante avec un superbe Presto. Une plus grande amplitude et des attaques franches permettent à l’orchestre de libérer puissance et couleurs sans perdre de vue son homogénéité. Un succès pour le Hong Kong Sinfonietta et Wing-sie qui ont su tirer leur épingle du jeu à l’issue d’un programme exigeant.

Crédit photographique : © Christophe Grémiot

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