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Mahler encore pour Haitink à Salzbourg

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Salzbourg. Großes Festspielhaus. 30-VII-2017. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 9. Orchestre Philharmonique de Vienne, direction : Bernard Haitink.

Wiener Philharmoniker Bernard Haitink, DirigentMahler et Haitink, c’est une vieille histoire ; le miracle en est pour autant toujours neuf.

Il est fort regrettable que le répertoire des concerts symphoniques soit aussi concentré sur un nombre d’œuvres si limité ; quand c’est , qui a réduit son répertoire avec les années, qui dirige une œuvre aussi souvent à l’affiche que la neuvième symphonie de Mahler, il est pourtant difficile de s’en plaindre. Il dirige certes aussi, aujourd’hui encore, Mozart ou Beethoven, mais ces compositeurs ne sont plus guère à l’affiche des concerts symphoniques que donne l’ à Salzbourg : Mahler donc, une fois encore, comme en octobre dernier pour un mémorable concert berlinois.

D’autres souligneront peut-être, dans cette œuvre, la puissance cosmique, les élans universels, ou plus simplement les vastes paysages sonores ouverts par Mahler : Haitink n’est pas intéressé par ces cataclysmes, pas plus qu’il n’aime à souligner les moments de grotesque dans la Troisième symphonie. Son interprétation, toujours profondément personnelle et soigneusement pensée, est nourrie par d’autres ambitions, musicales avant toute chose. Le second mouvement, inhabituellement lent, est une merveille de densité grâce à un travail de tous les instants sur la texture sonore et sur l’articulation du discours musical. Haitink privilégie toujours l’architecture d’ensemble sur les effets momentanés, et la musique va toujours de l’avant ; dans les moments les plus recueillis, le silence de Haitink est unique, et le temps suspend son vol.

L’ suit avec émotion le maître dans une esthétique mahlerienne si loin des interprétations tonitruantes ou sentimentales qui abondent. L’orchestre lui apporte des sonorités plus acidulées, moins patinées que d’autres des phalanges avec lesquelles il travaille (en témoigne le solo de flûte à la fin du premier mouvement) : Haitink en tire d’autres couleurs, et l’orchestre cette fois aussi discipliné qu’investi reçoit à très juste titre les remerciements du chef visiblement ému. Le public, tout aussi ému, n’attend pas plus de quelques secondes pour se lever et ovationner un musicien qui l’emmène sur de pareils sommets.

Photo : © Salzburger Festspiele / Silvia Lelli

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  • Michel LONCIN

    « Une œuvre aussi souvent à l’affiche que la neuvième symphonie de Mahler » … On ne va tout de même pas commencer à parler de … « boulimie » mahlérienne … surtout quand il s’agit d’un Maître comme Haitink !!! C’est au jeunes directeurs d’orchestre(à moins d’avoir affaire à une GENIE) qu’il convient de dire : « MURISSEZ » !!!

    • Musicasola

      Bien sûr ! Si j’avais l’occasion de réentendre demain le même chef dans la même œuvre, je ne me priverais pas ! Peu importe que Haitink dirige un répertoire de plus en plus réduit : quand un maître parle, celui qui écoute a toujours à apprendre.

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