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Virage discographique de luxe à Luxembourg avec Gustavo Gimeno

À emporter, CD, Musique symphonique

Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°1 en fa op.10, Scherzo en fa dièse mineur op.1, Thème et variations op.3, Scherzo pour orchestre en mi bémol majeur op. 7, Cinq fragments pour orchestre op.42. Orchestre philharmonique du Luxembourg, direction : Gustavo Gimeno. 1 SACD hybride Pentatone Classics PTC 5186622. Enregistré à la Philharmonie du Luxembourg en juin 2016. Durée: 68’33 »

 

gustavo_gimeno_chostakovitch_pentatoneDès sa deuxième saison à la tête du Philharmonique du Luxembourg, le chef espagnol marque son mandat par un revirement de la politique discographique. Premier volet avec un album tout Chostakovitch qui impressionne par un fini orchestral de grand luxe. 

Directeur musical de l’ depuis la saison 2015-2016 et déjà reconduit jusqu’en 2022, le chef espagnol  a été l’assistant de rien moins que Claudio Abbado, Bernard Haitink et Mariss Jansons, soit la crème de la direction d’orchestre de grande tradition. Sa carrière comme chef est encore récente puisqu’elle a démarré en 2012 alors qu’il était encore percussionniste solo au Concertgebouw d’Amsterdam. Quant au Philharmonique du Luxembourg, nous l’avions remarqué cette saison lors d’un concert Britten et Mahler, il est au niveau des plus grandes phalanges européennes.

Ce premier album avec le chef à la tête de la formation luxembourgeoise et entièrement consacré à atteste du travail accompli. La prise de son superlative aidant, on goûte la saveur de chaque intervention soliste, les tutti d’une précision d’architecte, comme le soin à installer le discours dans un souffle long. La Symphonie n°1 op.10 en ressort plus développée, où chaque accent est souligné, dans une interprétation occidentale qui ne peut renier l’héritage des maîtres mentionnés plus haut. Les amateurs de la raucité des orchestres russes ou de la vivacité des tchèques regretteront le grain de folie des grandes versions venues de l’Est (Karel Ančerl, Kirill Kondrachine, Michael Sanderling…) mais ils ne pourront pas rester indifférents à ce qui est accompli là.

Pour compléter ce morceau de choix, Gustavo Gimeno a l’heureuse idée de proposer de vraies raretés : les opus 1, 3 et 7, composés durant les années d’étude au conservatoire de Saint-Pétersbourg. Alors que les deux premiers opus s’inscrivent dans la tradition romantique russe, le Scherzo op. 7 de 1922 contraste fortement en donnant à entendre la gouaille et le grotesque, et voit ainsi s’affirmer le ton plus personnel du compositeur. Preuve qu’il en était satisfait, il réutilisa le début de Scherzo dans La Nouvelle Babylone. Pour conclure, les tout aussi rares mais plus tardifs et importants Cinq fragments pour orchestre op.42 composés en une seule journée en 1935, immédiatement avant la composition de la Symphonie n°4 dont ils sont une sorte de laboratoire, étonnent par leur mouvement central, un nocturne particulièrement immobile et glacé, après deux premiers mouvements d’humeur satirique bien typique du compositeur, et un quatrième mouvement polytonal avant la décontraction relative d’une valse grinçante finale. Les Fragments souffrirent du même sort que la gigantesque symphonie qu’elle préparait, et ne furent créés qu’en 1965.

Soulignons enfin le soin éditorial, publication au format SACD, notice étoffée qui a recours à autant d’auteurs que de langues (André Lischke pour le français) pour cette nouvelle collaboration avec le label allemand Pentatone. Ainsi s’achève une longue collaboration avec le label français Timpani, qui aura vu l’orchestre explorer nombre de raretés de Georges Auric à Iannis Xenakis en passant par Jean Cras ou Gabriel Pierné.

Les deux autres albums à paraître cette année seront consacrés à Bruckner et Ravel, dans un louable souci très luxembourgeois de faire le pont entre les cultures germaniques et française. A suivre en tout cas attentivement.

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  • Michel LONCIN

    « L’expérience » oblige à se méfier des interprétations occidentales de Chostakovitch (hormis Bernard Haitink qui demeure LA référence occidentale par excellence – et ce n’est certes pas parce que Chostakovitch est, avec Berg, l’héritier direct de Mahler – !) … C’est que l’Occident, pour avoir subi cinq années d’occupation nazie, n’a pas connu ce que fut, pour la Russie, 73 années d’ENFER communiste !!! D’où, une esthétique « à l’occidentale » entendant … rendre « aimables », musicalement « correctes » la « raucité », la violence, la désolation, la noirceur, l’obsession de la Mort du grand compositeur russe …
    Evidemment, ce n’est pas une raison pour « bouder » toute nouvelle version d’un directeur musical et d’un orchestre occidentaux mais … la méfiance doit être de mise …

    • Martin Antoine

      On partage volontiers ce point de vue et il est difficile pour un chef occidental ( voire les « jeunes » russes très présents ) de rendre l’émotion des créateurs de ces œuvres que furent Kondrachine, Mravinski ou autres .
      L’uniformisation du son d’orchestre est également un élément limitant et n’y-a-t-il pas d’autres répertoires méconnus à faire découvrir : cf le travail de Timpani avec cet orchestre ?

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