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Visites culturelles et concerts aux Promenades musicales du pays d’Auge

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Lisieux. Théâtre. 15-VII-2017. « The High Road to Kilkenny » Œuvres de : Anonymes, David Murphy (début XVIIe siècle), James Oswald (1710-1769), Turlough O’Carolan (1670-1738), Thomas Connellan (1640/1645–1698), John & William Neal (XVIIIe siècle), John Peacock (1756-1817). Les Musiciens de Saint-Julien : François Lazarevitch, direction, flûte traversière, tin whistle, smallpipes ; Robert Getchell, ténor ; David Greenberg, violon ; Bill Taylor, harpe irlandaise ; Valentin Tournet, viole de gambe ; Eric Bellocq, luth, orpharion
Deauville. Villa Le Cercle. 16-VII-2017. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Les Indes Galantes (extraits) ; Maurice Ravel (1875-1937) : Pavane pour une Infante défunte ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Petite musique de nuit (Menuet et Rondo) ; Felix Mendelssohn (1809-1847) : Songe d’une nuit d’été (Scherzo) ; Antonin Dvořák (1841-1904) : Quatuor américain. Le Concert Impromptu : Yves Charpentier, flûte ; Violaine Dufès, hautbois ; Jean-Christophe Murer, clarinette ; Guillaume Merlin, cor ; Guillem Borràs Garriga, basson

Les musiciens de Saint-JulienLe festival Promenades musicales du pays d’Auge se déroule sur quatre semaines de mi-juillet à début août en différents lieux de Normandie, en associant à chaque fois la visite d’un site patrimonial du pays d’Auge et le concert, précédé ou suivi d’un moment convivial. La programmation, très variée, met également l’accent sur les jeunes talents sous le générique des « Talents réunis ». Pour l’ouverture de sa 23e édition, deux concerts qui sortent des sentiers battus : les chants et danses gaéliques des XVIIe et XVIIIe siècles et un florilège de « tubes » classiques arrangés pour un quintette de vents.

Le samedi 15 juillet, le rendez-vous est pris en fin d’après-midi pour une visite du jardin de l’Évêché de Lisieux (créé en 1845), non loin du lieu du concert, un théâtre à l’italienne inauguré en 1895, fermé pour vétusté en 1967 puis rouvert en 1985. Le soir, les nous envoûtent avec le savant mélange du populaire et du raffiné, par une sonorité recréée à partir des instruments « folkloriques » — la harpe irlandaise et le smallpipes (une petite cornemuse dotée de soufflet) ou le violon à forme arrondie tel qu’on peut le voir dans des gravures anciennes — et les instruments « savants » — viole de gambe, archiluth, ou orpharion (instrument à cordes en forme de goutte d’eau, qui se joue aussi avec un médiator), ainsi que des flûtes de différentes sortes. Au programme, des pièces anonymes et signées, des danses et des chants écrits en gaélique alternent, avec un instrumentarium adapté à chaque musique. Le nom du harpiste revient à quatre reprises comme compositeur ; il s’agit d’un des derniers témoins de la période du déclin de la société gaélique, au tournant du XVIIe et du XVIIIe siècles, où les musiciens devenaient itinérants. En profitant du temps pour accorder les instruments, nécessaire avant chaque morceau à cause de la forte chaleur et de l’humidité, le ténor explique brièvement les paroles, de la berceuse au chant de barde, en passant par l’hymne à la nature et la discussion entre les époux. Il les chante avec humour, nostalgie ou émotion. L’ensemble est vivant, joyeux et plein d’entrain, à tel point qu’à la fin, la salle entière frappe volontiers dans les mains pour marquer le rythme.

concert_impromptuLe dimanche 16 juillet, destination Deauville. Dehors, le soleil est plus que radieux, mais nous visitons l’exposition du peintre français André Hambourg (1909-1990) au travail duquel on commence juste à rendre honneur, un travail marqué par la guerre et la terre lumineuse du Maghreb. Cette visite est suivie d’un goûter, avant le concert d’un quintette à vent : flûte, clarinette, hautbois, cor et basson. Fondé en 1989 par le flûtiste et actif depuis 1991 dans le monde entier, joue toutes les partitions par cœur, ce qui est extrêmement rare pour un ensemble de musique de chambre. L’arrangement de chaque pièce fait ressortir nettement la caractéristique propre, soit de l’orchestre, soit du chant ou de l’opéra (Les Indes galantes, la « Habanera » de Carmen), soit encore de la musique de chambre (La Petite musique de nuit, le Quatuor américain). Le jeu de timbre et de sonorité est admirablement pensé et adapté, comme dans le deuxième mouvement du quatuor de Dvořák. Avec son air de de ne pas y toucher, commente chaque œuvre en insérant toujours des mots ou des phrases piquants qui attirent attention de l’auditoire. Ainsi, il « avoue » l’appréhension de jouer pour la première fois en public le Scherzo du Songe d’une nuit d’été, dont l’interprétation est parfaitement réussie avec toujours la combinaison ingénieuse des timbres. Les applaudissements très nourris incitent les cinq musiciens à s’éloigner de la plage de Deauville, et à s’aventurer sur une savane estivale, où ils imitent musicalement les bruits de la nature et des animaux. Ce qui occasionne encore plus d’applaudissements.

Crédit photographique : Les au théâtre de Lisieux © In Oculo vulpem ; : © Benoît Courti

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