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Khatia et Gvantsa Buniatishvili aux Nuits du Château de la Moutte

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Saint-Tropez. Plage des Canebiers. 5-VIII-2017. Les Nuits du Château de la Moutte. Franz Schubert (1797-1828) : Fantaisie en fa mineur op. 103 D. 940. Sergueï Rachmaninov (1873-1943) : Suite pour 2 pianos n° 2 op. 17. George Gershwin (1898-1837) : Fantaisie pour deux pianos « Porgy and Bess ». Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse pour deux pianos. Khatia et Gvantsa Buniatishvili, piano.

ADans le cadre des Nuits du Château de la Moutte, Khatia et étaient à l’affiche pour un concert à deux pianos. Très attendues par un public toujours plus nombreux, elles ont offert un programme éclectique à l’image de leur personnalité musicale.

La magie opère en ce lieu enchanteur et nous fait oublier les désagréments pour accéder au site. Dès les premières mesures du Schubert (Fantaisie en fa mineur op. 103), nous devons tendre l’oreille en raison d’un volume sonore bas, opaque, et les graves du début ressemblent à une basse continue. De ce que nous percevons, le tempo plutôt allant, la spontanéité du thème initial apportent de la lumière à ce climat mélancolique. Le duo converse à un niveau subtil‎, comme en un prolongement de l’une et de l’autre. La profondeur véhémente du Largo contraste avec l’Allegro Vivace. On a rarement entendu un tempo aussi vif avec une telle clarté. Sa légèreté, par moment enfantine, nous rappelle qu’il s’agit bien d’une « Fantaisie ». Dans le développement fugué, la montée en intensité se révèle implacable avant ce silence habité puis, le retour final de la mélodie initiale dont le caractère poignant n’en finit pas de nous bouleverser.

Les pianistes enchaînent avec la Suite n°2 de Rachmaninov. Leur jeu fait valoir à nouveau une véritable symbiose où les intentions de l’une sont inspirées par ce que l’autre propose. Chacune ajoute sa propre touche expressive. L’Introduction est joyeuse et se joue de l’aspect strictement « martial ». Elle précède une Valse touchante aux harmonies nostalgiques, chères au maître russe. Puis, l’expression un instant sublimée dévoile une poésie enivrante (Romance). La Tarentelle, quant à elle, ne laisse que peu de répit aux interprètes avec une pulsation dansée jubilatoire.

Après l’entracte, c’est un deuxième concert qui commence. En effet, le problème acoustique a été corrigé, le son est bien meilleur. Moins jouée que la Rhapsodie in Blue, la Fantaisie sur Porgy and Bess n’en recèle pas moins les éléments propres à Gershwin. On retrouve ici ses accents jazzy, ses rythmes syncopés et ses mélodies populaires dont le fameux Summertime. Aux ambiances feutrées et intimistes succèdent des pages contrastées au jeu flexible parfois aguicheur. Usant de son toucher délié, apparaît très à l’aise dans ce registre tout comme sa sœur qui laisse libre cours à son imagination dans des parties solo proches de l’improvisation.

Dernière œuvre du concert, la Valse de Ravel nous permet d’apprécier un jeu « sans filet ». Les basses grondent dans les premières mesures, puis les phrasés empreints de sensualité nous conduisent vers des épisodes tumultueux jusqu’à cette chute inexorable. Nous sommes emportés dans le tourbillon-même de cette valse. Si la dynamique semble ici amplifiée par la présence du deuxième piano, le dialogue devient par moment fusionnel sans négliger chacune des voix sur la grande ligne. À noter, un final ébouriffant lancé par auquel sa sœur Gvantsa répond à nouveau du tac au tac.

Totalement séduit par ce qu’il vient d’entendre, le public ovationne les deux pianistes qui leur offrent deux bis enthousiasmants. Un vibrant Libertango dans une version des Buniatishvili, et une Danse Hongroise de Brahms, aussi enlevée que spontanée.

Crédits photographiques : © Video Roma

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