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Lady Macbeth de Mtsensk ou Salzbourg nouvelle formule

Festivals, La Scène, Opéra

Salzbourg. 5-VIII-2017. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Lady Macbeth de Mtsensk, opéra en quatre actes d’après la nouvelle de Nikolai Leskov. Mise en scène : Andreas Kriegenburg ; décor : Harald B. Thor ; costumes : Tanja Hofmann. Avec : Dmitry Ulyanov (Boris) ; Maxim Paster (Zinovy) ; Nina Stemme (Katerina Ismailova) ; Brandon Jovanovich (Sergei) ; Evgenia Muraveva (Aksinia) ; Stanislav Trofimov (le pope) ; Alexey Shishlyaev (Chef de la police) ; Ksenia Dudnikova (Sonia)… Konzertvereinigung Wiener Staatsopernchor ; Orchestre philharmonique de Vienne ; direction musicale : Mariss Jansons.

hires-08_LadyMacbethVonMzensk_2017_NinaStemme_StanislavTrofimov_Ensemble_c_SF_ThomasAurin et sont à l’affiche d’une nouvelle production qui pour être une semi-réussite annonce une ère prometteuse pour le Festival de Salzbourg.

Pour la première année de son mandat à la tête du Festival de Salzbourg, le pianiste Markus Hinterhäuser a choisi un programme ambitieux, avec trois œuvres du XXe siècle ; les créations, certainement, viendront plus tard. La Lady Macbeth de Chostakovitch, certes, appartient depuis longtemps au répertoire, mais qui aurait cru, il y a trente ans, que le public de ce qui était alors un temple du conservatisme ferait dès le stade de la billetterie un tel triomphe à cet opéra ?

Markus Hinterhäuser, bien sûr, a su allécher le public avec deux atouts majeurs, d’une part, de l’autre. Jansons, qui aime l’opéra et en a fort peu dirigé, est naturellement un des plus grands spécialistes actuels de Chostakovitch, et cette longue familiarité s’entend de plus en plus au fil de la soirée : Jansons se tire mieux des moments les plus dramatiques que des moments de comédie, des rencontres intimes que des grandes scènes de foule. Les couleurs luxueuses de l’ peuvent aussi devenir un problème quand elles semblent s’appliquer indifféremment à tout type de répertoire. Au fil de l’avancée du drame, les critiques s’estompent au profit de l’admirable précision de la direction de Jansons, avec des intermèdes orchestraux et une scène finale à la hauteur de l’œuvre.

Voix sans relief

Autour de Nina Stemme, l’ensemble de la distribution n’est pas sans reproche. a sans aucun doute des qualités en beau-père n’ayant pas perdu toutes ses séductions, mais il n’est pas toujours audible ; la victime suivante, , semble quant à lui franchement dépassé par son rôle : la scène terrifiante du départ de Zinovy pour la campagne tombe ainsi complètement à plat. C’est donc de loin qui convainc le plus, aussi bien scéniquement que vocalement, avec une voix souple, naturelle et percutante.

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D’autres scènes manquent de force à cause de petits rôles trop transparents, du Pope ivre au chef de la police en passant par la scène de la découverte du cadavre de Zinovy : les plus admirables intermèdes orchestraux ne rachètent pas le manque de tension qui en découle, dans une œuvre qui ne peut reposer uniquement sur les rôles principaux. Les dames, certes, s’en sortent mieux – et il faut en venir au cas de l’héroïne principale, incarnée par Nina Stemme.

L’idée d’, entièrement partagée par Jansons, est de souligner le désir plutôt que l’ennui chez l’héroïne, active et désirante plutôt que victime : Stemme est très active sur scène, et on ne peut nier ses efforts pour faire vivre le rôle jusque dans les détails du texte. Malgré tout, on ne peut oublier qu’elle ne semble jamais pleinement en mesure de déployer toutes les couleurs de sa voix dans ce rôle ; le début de soirée est même franchement difficile, et la diction jamais véritablement libérée. Une artiste majeure dans un rôle pareil trouve des occasions pour s’exprimer, mais ce rôle n’est pas encore le sien.

Kriegenburg situe l’histoire de Katia dans le décor unique d’un grand ensemble miteux, d’où sortent de part et d’autre de la scène, jusqu’à se rejoindre, deux surfaces de jeu plus présentables, la chambre à coucher des deux époux Ismailov et le comptoir de Zinovy. Il utilise avec brio les possibilités de ce décor habile, certes construit par Harald B. Thor, mais qui est bien dans la manière de Kriegenburg décorateur : on peut admirer les lumières, les projections, les espaces ouverts ou fermés qu’il peut créer. La direction d’acteurs, surtout aux dimensions plus intimes de la chambre à coucher, est efficace et claire. Et pourtant, l’ensemble ne parvient jamais à dépasser la simple illustration, pas plus qu’à rendre véritablement présents les personnages du drame. Les vastes dimensions de la scène salzbourgeoise n’y sont sans doute pas pour rien, et la soirée gagne sans aucun doute en intensité au fur et à mesure, mais cette honorable semi-réussite n’est pas à la hauteur des attentes.

Photos : © Salzburger Festspiele / Thomas Aurin

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  • Michel LONCIN

    « L’idée d’Andreas Kriegenburg, entièrement partagée par Jansons, est de souligner le désir plutôt que l’ennui chez l’héroïne, active et désirante plutôt que victime »… N’est-ce pas en contradiction avec la conception de Chostakovitch (se situant d’ailleurs elle-même à contrario de celle du roman original de Leskov) qui voulait montrer une « Katerina » bien plus en « victime » de la société fortement patriarcale du XIXe siècle vivant sous la « tyrannie des tsars » qu’en meurtrière sans foi ni loi … ?

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