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Portait de Frédéric Chopin par Jean-Yves Clément

À emporter, Essais et documents, Livre

Les deux âmes de Frédéric Chopin. Jean-Yves Clément. Le Passeur Éditeur. 160 pages. 15,90 €. Avril 2017

 

deux ames de Chopin

Si les vicissitudes de la vie de nous sont bien connues, les creux de sa psyché restent un mystère à ce jour. Plusieurs auteurs ont déjà tenté de dépeindre la complexité de celle-ci, en nous laissant des traversées en profondeur de l’esprit du compositeur, plus ou moins convaincantes. Le portrait laissé par est une nouvelle pierre apportée à un édifice encore en construction, dont ne pourront se passer les amateurs de l’art du grand artiste polonais.

Dédié à Jean-Jacques Eigeldinger, l’un des musicologues spécialistes de Chopin les plus importants d’aujourd’hui, ce livre n’est pas une biographie ordinaire de l’artiste, pour laquelle les évènements de son existence seraient présentés dans l’ordre chronologique, mais bien une « biographie poétisée, un essai biographique, un rien fantasmatique, déambulation onirique » (). Et le titre Les deux âmes de se réfère à « une duplicité étrange qui semble le suivre au long de sa vie. Une dualité entièrement associée à son être comme à son expression ». Il est vrai que Chopin, élevé dans la foi catholique, était rongé par des remords au moment où il a partagé sa vie avec . Il est vrai également que ses compositeurs préférés étaient Bach et Mozart, et que la musique contemporaine, celle de Berlioz par exemple, lui était étrange et incompréhensible.

Cependant, déjà au début de cet ouvrage, Jean-Yves Clément évoque une thèse discutable : celle que « l’œuvre et la vie chez Chopin sont précisément deux choses », et que « même si les mouvements divers de sa sensibilité et de ses humeurs constituent également un moteur de sa créativité, on serait bien en peine de trouver dans ses pages un rapport marqué entre un fait extérieur et une œuvre ». Comme le remarque dans les Aspects de Chopin, et c’est cet avis que nous partageons, le compositeur s’inspirait autant de la fréquentation des salons et des rencontres avec l’élite artistique de Paris et ses compatriotes, que de l’élan vital de la nature (Cortot parle d’une « correspondance secrète entre l’épanouissement de la nature et la floraison intérieure de l’idée musicale »). On notera d’ailleurs que Chopin ne composait guère en hiver quand il restait à Paris. Et pour illustrer le rapport étroit entre un fait extérieur et la composition d’une nouvelle œuvre, il suffit de mentionner l’Étude opus 10, n° 12 en ut mineur, connue sous le nom d’Étude révolutionnaire ou d’Étude sur le bombardement de Varsovie, une pièce écrite en 1831 suite à l’échec des forces polonaises dans le soulèvement contre les Russes, appelé l’insurrection de Novembre, qui eut lieu dans les années 1830-1831.

L’ouvrage de Jean-Yves Clément est constitué de sept chapitres, ou plutôt de sept « portraits-tableaux », comme les appelle l’auteur. Chacun, ayant en sous-titre le nom de pages choisies de Chopin et se concentrant autour d’elles, peut être considéré comme un essai se suffisant à lui-même. C’est ainsi que le premier chapitre parle des Variations sur « Là ci darem la mano » de Mozart ; le deuxième est dévolu aux Préludes, le troisième aux Concertos, tandis que le quatrième aux Scherzos et à la Sonate « funèbre » ; puis, le cinquième chapitre est consacré aux Études ; le sixième évoque à son tour plusieurs œuvres distinctes (2e Impromptu, Nocturne op. 37, Barcarolle, 4e Ballade, Berceuse, 3e Sonate), de même d’ailleurs que le dernier chapitre (Sonate pour violoncelle et piano, Polonaise-Fantaisie, Nocturnes op. 62, Mazurkas, Mélodies polonaises).

Dans son parcours, Jean-Yves Clément ne manque pas de nous inviter à redécouvrir les œuvres citées, en les plaçant dans un vaste contexte historique, social, culturel et même géopolitique. Sans indication de source exacte, de nombreuses citations parsèment son étude dans le but d’illustrer ses pensées et de rendre le discours plus clair et plus attractif.

Tout à la fin, l’auteur nous présente sa « discographie personnelle » en nous proposant par une courte argumentation, son choix des meilleurs enregistrements de la musique du compositeur polonais. À lire et à écouter donc.

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