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Festival Le vent sur l’arbre, au cœur de la Bourgogne

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Saint-Léger-sous-Beuvray. Maison du Beuvray. 1-VIII-2017. Josquin Desprez (~1450-1521) : Qui Velatus Facie Fuisti (arrangement Benoît Sitzia). Michael Pelzel (né en 1978) : Blue and monochrome. Tom Bierton (né en 1991) : Ripple over skin. Benoît Sitzia (né en 1990) : L’agogique du silence. Jehan Alain (1911-1940) : Fantasmagorie (arrangement Benoît Sitzia). Henry Purcell (1659-1695) : Close thine eyes, and sleep secure (arrangement Jean-Baptiste Masson). Ensemble Chromosphère.
Mont-Beuvray. Amphithéâtre du Musée de Bibracte. 1-VIII-2017. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Pièces pour orgue mécanique : Adagio et Allegro en fa mineur KV 594 ; Fantaisie en fa mineur KV 608 ; Andante en fa majeur KV 616 ; György Ligeti (1923-2006) : Musica Ricercata ; Continuum pour clavecin ; Passacaglia ungherese ; Hungarian Rock. Thibaut Trosset, accordéon.
Millay. Église. 1-VIII-2017. Casey Cangelosi (né en 1982) : Bad Touch – Théâtre musical et électroniques. John Psathas (né en 1966) : One Study, One Summary Marimba et électronique. Georges Aperghis (né en 1945) : Graffitis. Javier Alvarez (né en 1956) : Temazcal – Maracas et électroniques. Thierry de Mey (né en 1956) : Silence Must Be – Chef d’orchestre et électroniques. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Chaconne en ré mineur. Iannis Xenakis (1922-2001) : Rebonds. Vassilena Serafimova, percussions.

EnsembleChromosphereWEBEmmené par son directeur Christian Rivet depuis 2010, le festival Le vent sur l’arbre essaime dans les hauts-lieux de la Bourgogne six jours durant. Itinérante, la première journée affiche trois concerts, de la Maison du Beuvray à Millet, avec une escale au Musée archéologique de Bibracte et une conférence sur « les transcriptions », sujet thématique de cette 15ᵉ édition.

À la Maison du Beuvray, l’, fondé en 2016 mais déjà très impliqué dans l’univers de la création, est en résidence pour trois jours, le temps de monter le programme de leur « Concertino » qu’il vont donner à midi sous la charpente bien sonnante du bâtiment. Trois transcriptions alternent avec trois œuvres originales écrites pour la formation atypique de ce trio d’anches : clarinette (Raphaël Jaffiol), saxophone (Rémi Tripodi) et accordéon (Lisa Heute), tous trois étudiants de l’ESM Bourgogne/Franche Comté. Deux des compositeurs sont venus soutenir leurs camarades et nous font le plaisir de présenter leur travail. Pour (également chroniqueur à ResMusica), qui s’est attaqué au motet à quatre voix de Josquin des Prés Qui Velatus Facie Fuisti, la transcription est une manière de « faire entendre autrement », de s’approprier cette musique ancienne « comme si l’on enfilait le vieux gilet de son grand-père ». C’est la mélancolie du Nord et son rythme errant que restitue le trio avec une suavité du timbre très appropriée. Dans Fantasmagorie de , une pièce originellement écrite pour orgue, s’est attaché à recréer les couleurs de la registration de l’orgue au sein d’une pièce délicate autant que colorée mettant les trois interprètes au défi. s’est penché quant à lui sur dans Close Thine eyes and sleep secure, une chanson dont les instrumentistes détaillent la polyphonie aussi savoureuse qu’audacieuse avec un équilibre idéal des sonorités.

L’ possède à son répertoire trois œuvres originales. Du compositeur suisse , Blue and monochrome met à l’œuvre la fusion des timbres dans un discours très fragmenté louvoyant entre lissage et distorsion de la matière sonore. Dans Ripple over skin, le jeune brouille les pistes en jouant avec quelques objets sonores « mis sur orbite ». Bruissement, souffle et autre contexte bruité animent ce théâtre de sons qui ne va pas sans humour. Dans L’agogique du silence de Benoît Sitzia – qui sera bissée – la musique est infiltrée par les mots d’un poème d’Éléonore Dupraz qui créent une tension de l’écoute singulière. Silence et souffle éloquents trament une dramaturgie au sein d’une écriture où l’arabesque jubilatoire de la clarinette et du saxophone contrastent avec la matière figée de grands accords ouvrant périodiquement l’espace. Réactifs autant que virtuoses, les trois jeunes interprètes, à l’écoute l’un de l’autre, font advenir la singularité de chacun des univers sonores avec cette énergie communicative qui enchante le public, aussi étonné que conquis par cette prestation de haut niveau.

De Mozart à la Valse musette

Éclectique, le récital de l’accordéoniste est donné en extérieur, sur l’esplanade qui jouxte le très beau Musée archéologique de Bibracte, juste après la conférence sur « Les transcriptions » du pianiste et musicologue Malo Courbaron. À l’affiche donc, des œuvres de Mozart et Ligeti transcrites pour accordéon. Le jeune , diplômé du Conservatoire supérieur de Paris, débute son récital par trois pièces originellement écrites pour un orgue mécanique, une musique sur rouleaux commandée à Mozart à la toute fin de sa vie (1791) pour être entendue dans une galerie d’art, précise l’interprète. L’écriture un rien académique n’est pas du meilleur Mozart mais retient toute notre attention à la faveur du jeu très investi de . C’est son professeur qui a transcrit les sept pièces (sur onze au total) de la Musica Ricercata de écrite originellement pour piano entre 1953 et 55 : sept bijoux délicatement ciselés (que Ligeti a lui-même transcrits pour quintette à vent) auxquels l’accordéon apporte son souffle et ses couleurs. De Ligeti toujours, Continuum pour clavecin (1968) est un défi pour l’interprète que relève aisément notre accordéoniste. Il confère enfin à Passacaglia ungherese et Hungarian Rock (1978), destinés au même clavecin, une énergie et un grain singuliers qui en réactivent l’écoute. En bis, oui, une valse musette… et avec quelle grâce !

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Une soirée percutante

La musique percute avec dans l’église de Millay lors du concert du soir. Plus qu’un récital, elle soigne les enchaînements d’un show qui débute haut et fort par un solo de batterie musclé aux limites de la saturation sonore : une manière de tester nos tympans qu’elle va exciter de différentes manières, de la tonitruance au silence total. Si elle est seule au marimba pour un arrangement à quatre baguettes de Piazzolla, elle joue de manière interactive avec la bande son dans Temazcal de , une pièce fascinante et spectaculaire pour deux maracas et électronique. Mais dans Silence Must Be de , c’est l’œil qui « écoute » le mouvement du geste, celui d’un « chef d’orchestre » exécutant sa chorégraphie. Au sommet de la soirée, la chaconne de Bach extraite de la Partita en ré mineur résonne au marimba dans une transcription de l’immense . On admire la maîtrise du geste et la profondeur du son sous les quatre baguettes de la percussionniste conduisant cette pièce monumentale avec une autorité confondante. Rebond B de couplant les peaux et les bois fait écho en fin de soirée à Rebond A entendu précédemment, une pièce tellurique et sauvage confinant à la transe. Elle fait apprécier la souplesse et la réactivité de jeu de cette interprète hors norme captivant l’œil autant que les oreilles.

Crédits photographiques : Ensemble Chromosphère © Charles Bodinier ; © Michèle Tosi

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