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Le Trio Zadig en divers voyages au Festival de L’Été mosan

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Godinne (Namur) . Grange de la Vieille Ferme. 15-VIII-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : trio à clavier n°7 en si bémol majeur opus 97 « à l’Archiduc ». Franz Schubert (1797-1828) : trio à clavier n°2 en mi bémol majeur D.929 . Trio Zadig.

ZadigLe Festival de l’Été mosan, fête cette année son 40e anniversaire avec une programmation de dix-huit concerts mettant en valeur des perles architecturales de la région wallonne et des bords de Meuse belge. Il accueille en ce 15 août le jeune pour un programme téméraire.

Le Festival de L’Été mosan fondé voici quarante ans par le baryton belge Ludovic De San, qui cèdera le flambeau l’an prochain à Bernard Mouton pour la programmation musicale, peut compter sur plusieurs atouts majeurs dont notamment la mise en valeur du patrimoine architectural de cette magnifique région. Le concert se déroule ainsi dans la monumentale grange de la vieille ferme de Godinne, sur les rives de la Meuse namuroise, vaste ensemble architectural du XVIIe siècle, miraculeusement préservé et restauré avec beaucoup de goût, et par ailleurs siège du centre culturel local.

La manifestation invite et accueille le jeune qui propose un copieux programme avec deux œuvres phares de l’orée du romantisme musical. Dans le septième trio, à l’Archiduc, op. 97 de Beethoven, l’approche solide mais malléable du pianiste Ian Barber doublée d’un engagement de tous les instants quasi symphonique, dès l’exorde du mouvement liminaire, se révèle idéale par l’espace sonore qu’elle déploie, malgré ça et là quelques menues scories sans gravité. Ce côté « sérieux » est heureusement tempéré par la souriante entrée en matière des cordes, le violoniste Boris Borgolotto, extraordinaire de vivacité et de commitment, se révélant le véritable meneur du groupe. Cette approche ductile, conduite avec un souci réel de l’anticipation (les incises récitatives de l’orée de l’œuvre), de l’écoute mutuelle , et beaucoup de naturel dans les phrasés, entretient le sens du suspense (développement de l’Allegro moderato) ou de la grandeur (coda de ce même mouvement), n’oublie ni l’humour ironique ou tendre (Scherzo), ni l’ambiance quasi religieuse de l’Andante cantabile, très creusé,  au fil des variations duquel les interprètes, par un effet de suspension temporelle, et par une habile gestion des longues courbes mélodiques nous mènent droit à l’extase et au sublime dans les ultimes pages. Mais c’est bien ici-bas que se termine l’œuvre dans un roboratif et enjoué Allegro moderato final à la coda Presto irrésistible.

Le Trio Zadig oppose, en seconde partie de concert, au ton péremptoire et conquérant du Beethoven mâture, les complexes errances psychologiques de l’éternel Wanderer schubertien, avec son second trio à clavier en mi bémol majeur D.929. D’emblée, on comprend que les musiciens ne nous épargneront aucune épreuve au fil de ce voyage quasi ultime. L’Allegro initial est preste, urgent, dramatique à souhait, tendu comme un arc, n’offrant aucun répit rêveur ou « viennois »par ces incessantes batteries d’accord. L’Andante con moto va bien au-delà du lyrisme nostalgique des premières pages et connaît une gradation idéale de son crescendo central menant à un climax d’un expressionnisme insoutenable. Le Scherzo relâche enfin quelque peu la tension  mais laisse poindre de temps à autre une once de fatigue de la part de nos interprètes presque au terme de ce parcours marathonien. Dans la continuité de leur interprétation, les Zadig se ressaisissent dans le Final qui, loin de tout triomphe, semble ainsi contrit et littéralement hanté par les réminiscences fantomatiques et presque menaçantes du mouvement lent. Cette interprétation superbe d’énergie passionnée nuancée de sehnsucht indicible, avec quelques inévitables approximations que cela peut supposer, remporte un triomphe indiscutablement mérité.

Le trio nous gratifie de deux bis, le lapidaire et primesautier final du quarante-troisième trio de Joseph Haydn, irrésistible d’entrain et de légèreté, puis une friandise, les Miniatures viennoises de Fritz Kreisler jouées avec le chic un peu kitsch qu’en guise de clin d’œil, elles supposent. Le public, comblé, réserve  une standing ovation à l’une des probables grandes formations chambristes de demain, à n’en pas douter.

Crédits photographiques : © Trio Zadig

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