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Le jardin des Voix 2017 : William Christie’s garden party

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Opéra

Thiré. Jardin de William Christie, Promenades musicales. Miroir d’eau dans les jardins de William Christie. 19-VIII-2017. Œuvres de Matthew Locke (1621-1677), John Dowland (1563-1626), William Byrd (1543-1623), Henry Purcell (1659-1695), John Ward (1590-1638), Thomas Augustine Arne (1710-1778) et George Friedrich Haendel (1685-1759). Avec les lauréats du Jardin des Voix 2017 : Natalie Pérez, soprano ; Natasha Schnir, soprano ; Eva Zaïcik, mezzo-soprano ; James Way, ténor ; Josep-Ramon Olivé, baryton ; Padraix Rowan, baryton-basse. Les Arts Florissants, direction. William Christie.
Thiré. Église de Thiré, Concert aux chandelles suivi des Méditations. 20-VIII-2017. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Nisi Dominus RV 608 ; Concerto in re minore per Archi e Cembalo « Madrigalesco » RV 129 ; Stabat Mater RV 621. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Leçons de ténèbres pour haute-contre. Jakub Józef Orliński, contre-ténor. Paul Agnew, haute-contre. Robert Mealy et Jeffrey Girton, violons. Alana Youssefian, alto. Ana Kim, violoncelle. Douglas Balliett, contrebasse. Thibaut Roussel, luth. Marie Van Rhijn, orgue.
Thiré. Église. 21-VIII-2017. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Madrigaux sacrés (sélection des livres III et IV) sur des textes de Guarini et Tasse. Girolamo Frescobaldi (1583-1643) : Il Secondo Libro di Toccate : Toccata Settima ; Toccata avanti il Ricercar ; Ricercar con obligo di cantare la quinta parte senza toccarla. Claudio Merulo da Corregio (1533-1604) : Toccate d’intavolatura d’organo, livre II : Toccata Settima, extrait. Luzzasco Luzzaschi (1545-1607) : Fantasia a quattro sur Ave Maris Stella. Miriam Allan, soprano. Maud Gnidzaz, soprano. Mélodie Ruvio, mezzo-soprano. Sean Clayton, ténor. Paul Agnew, ténor. Alan Ewing, basse. Florian Carré, orgue.

20988591_1470361493031602_1339583573734398651_oPépinière de jeunes talents lyriques révélés par le traditionnel récital sur le miroir d’eau, promenades musicales de bosquet en bosquet dans un jardin extraordinaire, des notes à planter pour les plus petits, des concerts aux chandelles empreints de plénitude : l’édition 2017 du festival Dans les Jardins de est une véritable petite merveille.

Durant une semaine, le célèbre chef d’orchestre spécialiste de musique baroque, ouvre les portes de sa résidence à Thiré pour faire apprécier à chacun son travail minutieux et élégant autour de l’art des jardins. Sur près de deux hectares, les visiteurs peuvent déambuler en toute liberté dans de nombreux espaces aussi exceptionnels que variés. Notre promenade débute au mur des cyclopes, un bosquet qui abrite quatre étudiants de la prestigieuse de New York pour la Suite en la mineur TWV 43, programme intitulé « In the Garden with Telemann. » Le ton est ainsi donné : dans la douceur de ce bel après-midi, la diversité des affects et des styles de la musique baroque, accompagnée par le bruissement des feuilles et le bruit du cours d’eau, sont portées par de jeunes artistes inspirés. Alors que le théâtre de verdure en chinoiseries proche de l’univers imaginaire d’Alice au pays des merveilles accueille « Haydn dans son jardin anglais » avec London trio Hob. IV:3 interprété par Serge Saitta (flûte traversière), Emmanuel Resche (violon) et Cyril Poulet (violoncelle) des Arts Florissants, l’apothéose de l’après-midi est atteint avec les extraits du Septième Livre des madrigaux de Monteverdi, où et révèlent toutes les couleurs et les intentions vocales de ces duos pour ténors, soutenus par au clavecin et , violiste depuis quelques années aux Arts Florissants.

Étonnante et appréciable proximité que ces promenades musicales qui permettent de retrouver l’univers d’Orphée de apprécié récemment dans l’Orfeo de Monteverdi, ici par le biais d’une Cantate de Rameau proposée avec quatre musiciens des Arts Florissants, ou encore la jeune , ancienne lauréate du et récente Alcione à l’Opéra-Comique, chantant dans ce sublime cloître un programme intitulé Il giardino innamorato avec le luthiste . Les folies de Cardenio de Michel-Richard de Lalande au Pont Chinois se révèlent bucoliques tout autant qu’exotiques avec les percussions de . La grâce du danseur baroque Pierre-François Dollé, courtisan, guerrier ou roi en l’espace de quelques minutes, se déploie sur le gazon de la pinède entraîné par la Suite I en ré mineur et L’Inconstance d’Elisabeth Jacquet de la Guerre jouées au clavecin par Marie Van Rhijn, alors que le « Barock bouturé » au fabuleux jardin éphémère des lauréats 2017, Marguerite Ribstein et Grégory Cazeaux, détonne un peu avec l’ambiance générale, par des improvisations non pas dans le style de Purcell, Haendel ou Bach, mais par un bœuf mêlant un tube d’Elvis Presley à d’autres musiques pop anglaises, pour lequel Sébastien Marq malmène ses flûtes à bec, emploie son archiluth de la même manière qu’une guitare, et Douglas Balliett à la contrebasse, avec ses deux compères, fredonne toutes ses mélodies en laissant au second plan la superbe voix de qui clôture la prestation par quelques figures de hip-hop.

Le raffinement du répertoire baroque fait écho à l’élégance de ces jardins par une symbiose telle, que les visiteurs regroupés sur le jardin des Terrasses autour du maître des lieux pour la dernière étape de la journée, ne s’étonnent plus du vol de colombes en parfaite synchronisation avec le cinquième concert de Rameau des Pièces de Clavecin en concert transcrit pour le sextuor des élèves de la , ou avec quelques airs du concert du soir par les six chanteurs du , dont le O the pleasure of the plains extrait d’Acis and Galatea de Haendel pourrait presque faire office d’hymne de cette 6e édition.

20988821_1470361793031572_8295602537867258512_oAn English Garden : a French Success

Désormais installée à Thiré alors qu’elle se déroulait depuis quinze ans à Caen, l’Académie pour jeunes chanteurs des Arts Florissants a préparé durant trois semaines un spectacle autour des grands maîtres baroques de la musique anglaise. Par le biais d’une programmation savamment composée par afin d’être tout à la fois accessible, exigeante, rythmée et drôle (les drapeaux européens brandis après celui du Royaume-Uni lors du God save the King ont particulièrement amusé l’assistance), la mise en espace de Sophie Daneman permet aux jeunes artistes de déployer un jeu théâtral qui présage pour chacun une belle carrière à l’opéra, même si les premières notes de l’Allemande révèle aussi la jeunesse de cette soprano, déstabilisée par un miroir d’eau qui apparaît au première abord comme un obstacle difficile à franchir pour atteindre les premiers rangs d’un public pourtant très attentif. L’air If music be the food of love de Purcell lui donne l’occasion de reprendre de l’assurance pour démontrer la pureté de ses aigus et une sensibilité frêle et vibrante. Dans l’air See, even Night herself is here extrait de The Fairy Queen, la soprano française affirme plus d’expérience même si c’est bien la mezzo-soprano qui démontre un tempérament bien plus affirmé que ses complices féminines, autant dans le joyeux Strike the viol, touch the lute composé par Purcell pour l’anniversaire de la Reine Mary, que dans le poétique Welcome, black night (A Pilgrimes Solace) de .

La verve comique du baryton espagnol se traduit sans complexe dans son hilarante entrée de l’air de Thomas Augustin Arne The Singing Club (Do, Re, Mi, Fa) tout autant qu’accompagné du basson et du théorbe dans Wondrous Machine (Purcell). Le ténor anglais assure sans faille One charming night (The Fairy Queen), et même s’il ne dispose pas d’air, la voix de baryton-basse de l’irlandais déploie une assise indispensable pour les parties de chœurs avec notamment un God Save the King empreint d’un humour so british. Forts d’une cohésion de groupe indéniable, notamment dans le madrigal à 6 parties de John Ward Come sable night où l’équilibre des voix a cappella est admirable, les lauréats de la 8e édition sont prêts pour la tournée internationale qui les attend avec ce spectacle extrêmement bien ficelé.

FWCVivaldi et Monteverdi pour les concerts aux chandelles

Récemment sorti de la Juilliard School de New-York et repéré dans l’Erismena de Cavalli présenté au festival d’Aix-en-Provence cette année, le formidable est gratifié d’une double standing-ovation lors de ce premier concert aux chandelles consacré à Vivaldi. La pureté d’émission et le timbre envoûtant du contre-ténor, l’irréelle maîtrise de ses sons droits admirablement tenus, l’intensité de son chant et la qualité de son phrasé, l’évidence de sa ligne de chant enchantent.

Les Contrafacta d’, pièces reprenant la musique de Monteverdi avec des textes sacrés à la place des poèmes originaux (procédé qui s’émancipe de la seconda pratica dont la démarche était que la musique était directement inspirée de la poésie), résonnent avec ferveur dans la petite église de Thiré pour cette troisième soirée, à travers une fusion des voix constante et ardente tout au long de cette heure de musique. Ponctuée par des pièces d’orgue écrites par des contemporains du divin Claudio à l’honneur cette année pour son 450e anniversaire, la spiritualité de cette soirée résonne intérieurement, longtemps après la sortie du concert.

Le prochain projet des Arts Florissants est un centre artistique et culturel international au cœur même de Thiré, transformant au fur et à mesure ce petit village au milieu des champs en un haut lieu de la musique baroque.

Crédits photographiques : Promenades musicales avec William Christie, Paul Agnew, Cyril Auvity et  ; Promenades musicales au Jardin Ephémère © Julien Gazeau – Concert du Jardin des voix sur le Miroir d’eau ; Concert aux chandelles © Jay Qin

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