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Exposition sur Berlioz, de Londres à Shakespeare

Aller + loin, Expositions

La Côte Saint-André, Isère. Musée Hector-Berlioz. Berlioz à Londres, au temps des Expositions universelles. Du 10 juin au 30 septembre 2017. Réalisation : Antoine Troncy, responsable du musée et Léa Petracci, Master patrimoine et musées à Université de Pau ; sous la direction de Bruno Messina, directeur artistique du Musée Hector-Berlioz et du Festival Berlioz. Entrée gratuite.

Harriet_Smithson_Dubufe_musee_berliozL’année même où le Brexit devient une réalité tangible, le Musée Hector-Berlioz à La Côte Saint-André célèbre avec « Berlioz à Londres, au temps des Expositions universelles » une vraie idylle franco-britannique, celle du compositeur avec le théâtre et la littérature d’Outre-Manche. Car si les documents, illustrations et instruments de musique sont pour une large part consacrés à l’Exposition de 1851 où fut membre du jury des instruments de musique, c’est bien Shakespeare et la talentueuse actrice irlandaise Harriet Smithson qui sont au cœur de cette exposition.

Après « Berlioz et l’Italie » en 2012, le Musée Hector-Berlioz se tourne vers Londres et l’Angleterre, en plein Brexit et en étroite coordination avec le Festival Berlioz dont l’édition à venir fin août s’intitule « So British ! » Mais ce contre-pied à l’actualité européenne est tout à fait involontaire assure son directeur Bruno Messina dans son entretien à ResMusica. Involontaire peut-être, mais plutôt bien vu, car qui mieux que Berlioz et ses ardents défenseurs avaient le devoir de transcender les aléas de la politique et rappeler comment l’art et la culture sont un facteur d’inspiration et d’union des peuples ?

L’exposition s’ouvre par un petit document juridique de 1847, un contrat. Celui passé par le compositeur avec Louis Jullien, qui devait assurer à Berlioz des concerts à Londres pour six ans. Ce manuscrit est émouvant à plus d’un titre. Sur le plan biographique et historique, la rapide banqueroute de Jullien doucha douloureusement les espoirs de Berlioz de s’imposer durablement dans la capitale britannique, même s’il eut l’honneur de voir sa Symphonie Funèbre et Triomphale jouée à Buckingham Palace. Sur le plan pratique, ce document rappelle que l’usage de la machine à écrire ne se développera qu’à partir de 1865, et que Berlioz ne disposait pour l’organisation complexe de ses concerts d’aucun des moyens électroniques qui nous paraissent indispensables aujourd’hui. Il est symptomatique que ce contrat n’ait pas été détruit par Berlioz en dépit de la charge négative qu’il contenait.

En 1851, Berlioz revient à Londres comme membre du jury de l’Exposition Universelle dans la catégorie des instruments de musique, et si l’expérience est passablement ennuyeuse et frustrante, elle intervient à un moment où la facture d’instruments fait des progrès spectaculaires, avec comme inventeur inlassable son ami . Ce dernier décrochera à l’unanimité du jury la grande médaille pour l’ensemble de sa famille de cuivres, saxophone et saxhorn, mais aussi saxotromba et saxtuba, et c’est donc justice de retrouver une collection de ces rares instruments dans la grande vitrine consacrée à l’événement londonien.

L’autre thème de l’exposition aborde un versant autrement plus essentiel, qui est l’influence inspirante de la littérature britannique sur Berlioz : Lord Byron (Childe Harold inspirera Harold en Italie), Walter Scott (Ouverture Waverley), Thomas Moore (les Neuf mélodies irlandaises), mais surtout Shakespeare indissociable de Harriet Smithson quand il découvre cette dernière dans Hamlet et Roméo et Juliette en 1827 à l’Odéon. Pour évoquer cette passion, programmes de concerts, gravures, partitions autographes (dont un extrait du célèbre « Nuit d’ivresse et d’extase » des Troyens, duo qui n’aurait pas existé sans Shakespeare) et des pièces maîtresses comme le beau tableau de la comédienne par Claude-Marie Dubufe qui rayonne sur cet ensemble. Il faut aussi se pencher sur les émouvantes lettres de Berlioz, l’une où il décrit à son père ses premières réussites, ses prochains succès… et son besoin d’argent ; l’autre où il fait part de son bonheur conjugal avec Harriet, témoignage et moment rare.

Réalisée par Antoine Troncy, le responsable du musée, avec le soin habituel, cette exposition donne immanquablement envie de réécouter les pages berlioziennes les plus rares, La mort d’Ophélie, les Neuf mélodies Irlande,  la Grande Ouverture du Roi Lear ou pourquoi pas l’Intrata di Rob-Roy MacGregor ?

Crédit photographique : Harriet Smithson (1800-1854) par Claude-Marie Dubufe (1790-1864), huile sur toile 1832, Musée Hector-Berlioz © Musée Hector-Berlioz 

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  • Michel LONCIN

    Il ne faut jamais oublier que Berlioz fut, de son vivant comme depuis sa mort – et c’est encore vrai de notre temps ! -, infiniment mieux compris des Anglais que de ses « compatriotes » !!!

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