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Jeune génération baroque au Festival des Lumières de Montmorillon

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Montmorillon. Scène des Jardins. 24-VIII-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Variations sur le choral « Wer nur den lieden Gott lässt walten » BWV 690-691; Sonate en la majeur pour violon et clavecin obligé BWV 1015; Parties diverses sur le choral « Sei gegrüsset, Jesu gütig » BWV 768 Variations II et IV. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : Fantaisie n° 10 pour flûte seule ; Solo 4 aus Essercizi TWV 41:d3 pour flûte et basse continue ; Sonate en trio en la mineur TWV 42:a4. Mathilde Mugot, clavecin. Marie Lerbret, flûte à bec. Julia Schwob, violon.
Montmorillon. Espace Gartempe. 24-VIII-2017. George Friedrich Haendel (1685-1759) : Concerto grosso op. 6 n°1 en sol majeur HWV 319 ; Ezio HWV 29 : “La mia costanza” ; Messiah HWV 56 : “Comfort ye my people” ; Alcina HWV 34 : “Un momento di contento”, “Tornami a vagheggiar” ; Concerto grosso op. 6 n° 2 en fa majeur HWV 320 ; Alcides HWV 45 : “Enjoy the sweet Elysian grove” ; Orlando : “Verdi piante” ; Serse HWV 40 : “Ombra mai fu” ; Il pastor fido : “ochi belli, voir sol siete” ; Acis and Galatea HWV 49 : “Happy We”. Mailys de Villoutreys, soprano. Enguerrand de Hys, ténor. Les Musiciens du Louvre, direction musicale : Pablo Gutiérrez Ruiz.

Festival Lumières2Entre de jeunes talents l’après-midi sur la scène des jardins avec une programmation autour de Bach et Telemann, et une soirée Haendel proposée par Mailys de Villoutreys, et Les dans le nouvel espace Gartempe inauguré en juin dernier, on joue baroque en août à Montmorillon.

Gratuits, les concerts de l’après-midi permettent de découvrir de jeunes talents ou de mettre en lumière quelques instrumentistes des plus grands ensembles baroques français, celui du jour étant consacré à Bach et Telemann. Cohérence que l’alternance de pièces de ces deux compositeurs contemporains l’un de l’autre, dont celui-ci a connu un véritable succès de son vivant, alors que celui-là moins accessible pour le public de son époque, connaîtra la gloire bien après sa mort.

La première partie de ce concert paraît un peu tâtonnante. Pour commencer, propose au clavecin les variations de Bach sur le choral « Wer nur den lieden Gott lässt walten » (BWV 690-691), habituellement jouées à l’orgue. La sonorité de l’instrument plus sèche et moins variée, ainsi que la performance en extérieur, font naître une impression bien mécanique à ces variations, la claveciniste privilégiant la technicité d’écriture de cette partition à destination d’auditeurs avertis. La Sonate en La Majeur BWV 1015 pour violon et clavecin obligé fait intervenir dont les problèmes de justesse et de fébrilité donnent un sentiment mitigé face à un public toutefois bienveillant. C’est en effet un véritable défi pour ces jeunes artistes que de jouer à l’extérieur avec ces instruments d’époque peu adaptés à cette configuration !

La prestation de à la flûte à bec se révèle une véritable découverte grâce à une brillante interprétation de la Fantaisie n°10 pour flûte seule et une belle sensibilité pour le Solo 4 aus Essercizi pour flûte et basse continue (TWV 41) de Telemann. Avec une flûte ténor (en ré), proche du traverso pour lequel est initialement composé cette première pièce, il est impressionnant de voir cette artiste maîtriser à la perfection des sauts d’intervalles vertigineux dans un tempo si rapide, la flûte à bec assurant seule dans cette fantaisie la mélodie autant que l’accompagnement. Le Presto de la seconde pièce jouée avec une flûte alto, démontre un jeu extrêmement précis et virtuose, déployant tout au long de ces quatre mouvements une ligne mélodique avec une dynamique et un élan qui rendent son approche fraîche et vivante. Le trio clôture cette heure de musique avec la formation la plus répandue sous la période baroque, soit la sonate en trio.

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et , deux voix de la nouvelle génération lyrique française pour Haendel

Avec à leur tête le violoniste , les choisissent pour débuter les deux parties du concert du soir, le Concerto grosso op. 6 n° 1 en sol majeur et le Concerto grosso op. 6 n° 2 en fa majeur, extraits d’un grand cycle de 12 pièces que aurait écrit en 4 semaines en 1739. Ces concerti grossi proposent tous deux une invention mélodique toujours renouvelée mais d’une simplicité trompeuse, faisant merveilleusement écho aux extraits d’opéra qui composent le reste de la programmation, n’hésitant d’ailleurs pas à mettre en parallèle la ligne mélodique instrumentale avec celle d’un chanteur lyrique. Le violoniste à la direction, privilégie des tempi dynamiques, évitant de cette manière la rigidité souvent rencontrée chez un grand nombre d’interprètes de ce répertoire, pour nous offrir une expérience d’écoute passionnante. Tout au long de la soirée, les parties de dessus bénéficient de cordes moelleuses et d’une clarté d’expression constamment évidente, permettant ainsi d’apprécier une belle sonorité d’ensemble.

Le chant raffiné de que nous avions déjà apprécié l’année dernière au festival de Lanvellec et du Trégor et plus récemment dans le sublime enregistrement de l’Ensemble Pygmalion, est en parfaite osmose avec l’ensemble des instrumentistes. La légèreté des vocalises dans La mia costanza (Ezio) côtoie le phrasé délicat de la soprano dans Tornami a vagheggiar (Alcina) comme dans l’extrait d’Orlando, Verdi piante. Remarqué déjà il y a quelques mois avec son incarnation d’Hippolyte dans Phèdre et auparavant révélation classique de l’ADAMI, Enguerrand de Hys n’est pas en reste, fort d’une assise vocale et d’une autorité naturelle au début de son récital pour Comfort ye my people extrait du Messiah, d’une parfaite diction tout au long de l’air Un momento di contento (Alcina) et d’un timbre lumineux notamment dans l’extrait d’Alcides, Enjoy the sweet Elysian grove. La touche joyeuse Happy we (Acis and Galatea) clôture cette soirée, les Musiciens du Louvre revenant le lendemain après-midi en trio pour une petite touche classique avec Haydn et Mozart.

Crédits photographiques : , Marie Lerbret et sur la scène des Jardins du festival des Lumières ; Mailys de Villoutreys, Enguerrand de Hys et les Musiciens du Louvre sur la scène de l’espace Gartempe au festival des Lumières © Mathais Nicolas

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