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Passionnant récit de l’exil de Fritz Busch par Fabian Gastellier

À emporter, Biographies, Livre

Fritz Busch. L’exil : 1933-1951. Fabian Gastellier. Notes de Nuit. 302 pages. 20 €. Juin 2017.

 

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Fritz-Busch exil livreEn s’intéressant à un chef moins passé à la postérité qu’Erich Kleiber ou Wilhelm Furtwängler, décrit avec passion et rigueur l’impact délétère du nazisme sur la musique et les énormes pertes culturelles de l’Allemagne à partir de 1933. n’était pas juif et il exposait moins catégoriquement ses opinions politiques qu’un Toscanini, mais dès qu’Hitler devient chancelier, il quitte l’Allemagne pour n’y revenir que bien après la guerre. Son histoire est fantastiquement racontée de manière chronologique par l’auteur de ce livre.

Alors qu’il est directeur musical de la Semperoper de Dresde depuis 1922 et considéré comme l’un des plus grands chefs allemands, subit de plein fouet l’arrivée des nazis au pouvoir. Juste après l’incendie du Reichstag, il doit ses déboires (calomnies, menaces…) à ses opinions contre le nouveau régime et à ses combats pour garder tous ses chanteurs et musiciens juifs. Sans cela, il aurait pu traverser les années noires du Troisième Reich, courbant l’échine pour ne devenir qu’un musicien apolitique ; il choisit de partir.

, passionnée par Fritz Busch, a déjà participé à la parution de la traduction de ses mémoires dans la même collection La Beauté du geste. Elle raconte l’exil sans jamais prendre totalement parti, ni donner systématiquement raison à son sujet ou tenter de le faire passer pour un héros. Elle montre, avec précision et une somme captivante d’éléments extérieurs comment le chef s’est décidé à quitter son pays pour ne finalement plus y revenir avant les dernières années de sa vie. En utilisant pour principales sources les carnets et mémoires de Fritz Busch, ceux de sa femme Grete, d’Irène Serkin-Busch, les 5000 nuits à l’Opéra de Rudolf Bing ou encore le superbe texte en anglais de Tully Potter sur , Fabian Gastellier parvient à décrire en 250 pages comment l’un des plus grands musiciens, à qui l’Allemagne d’alors proposait les plus belles salles, a pourtant décidé de partir. Le chapitre le plus long est évidemment celui concernant l’année 1933, décrivant par le détail les circonstances ayant conduit à son départ, appuyé par de nombreux extraits des écrits de Busch lui-même, certains chapitres des années plus tardives font à peine dix pages, lorsque l’exil et les voyages permanents entre le vieux et le nouveau continents ne trouvent alors qu’une triste régularité.

Parmi les moments d’importance, la création du Festival de Glyndebourne est particulièrement évoquée, tout comme les représentations au concert et à l’opéra au Danemark, en Argentine ou aux États-Unis. Sans visée politique ni encore moins polémique, cet écrit exemplaire en termes de rigueur est un manifeste de plus pour rappeler l’effet dévastateur d’un pouvoir totalitaire sur l’art, et donc, par contrecoup, sur l’humanité. Si les nazis ont pu se targuer de réussir à garder Furtwängler (qui a pourtant failli partir à New-York à l’invitation de Toscanini), Knappertbusch, Krauss, ou de découvrir à l’époque les jeunes Karajan et Böhm, ils ont perdu au même moment  une somme incommensurable d’interprètes et de compositeurs majeurs comme Schoenberg, Heifetz, Menuhin, Kleiber, Toscanini, Klemperer, Walter, et évidemment le sujet principal de ce livre à dévorer : Fritz Busch.

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