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Musique en dialogue aux Carmélites, une nouvelle saison toulousaine

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Toulouse. Chapelle des Carmélites. 27-VIII-2017. La Note bleue. Frédéric Chopin (1810-1849) : Polonaise brillante op. 3 ; Nocturne en ut dièse mineur op. posthume ; Mazurka op. 17 n° 4 ; Valse en la mineur op. 34 ; Prélude op. 28 n° 8, 8, 15 ; Sonate op. 65 pour violoncelle et piano ; Étude op. 25 n° 7 ; Nocturne op. 48 ; Nocturne op. 27. Denis Pascal, piano ; Marie-Paule Milone, violoncelle ; Marie-Christine Barrault, comédienne.
3-IX-2017. Rien n’est bon que d’aimer. Magali Léger, soprano ; Marie Vermeulin, piano ; Laure Urgin, récitante.

2-Carmelites-note bleue©JJ.aderUne nouvelle série de concerts de musique de chambre, commandée par la ville de Toulouse et imaginée par Catherine Kauffmann-Saint-Martin, s’ouvrait le dimanche 27 août dans la magnifique Chapelle des Carmélites, un petit bijou d’architecture baroque à deux pas de la basilique Saint-Sernin.

Cet unique vestige de l’ancien couvent des carmélites dont la première pierre fut posée par le roi Louis XIII, bénéficie d’un somptueux plafond de bois peint au XVIIIe siècle par les artistes Rivals et Despax, formant un ensemble unique dans le Sud-Ouest.

En lien avec la volonté municipale de faire de cette chapelle un lieu culturel de premier ordre, chaque concert de cette série associe musique et littérature autour d’artistes et de thèmes divers. L’idée semble plaire car, pour cette séance inaugurale, la chapelle était bondée malgré la canicule qui a sévi tout au long de l’été toulousain.

Entre Chopin et , une relation passionnée

La Note bleue est une expression inventée par à propos de la musique de Chopin qu’elle décrivait ainsi : « La note bleue résonne et nous voilà dans l’azur de la nuit transparente ». Il s’agit d’une aimable conversation entre la comédienne , disant à la perfection les souvenirs si perspicaces que George Sand conservait de son compagnon avec une fine analyse de sa musique, le piano de égrenant quelques pages bien senties de ce maître du piano romantique et du violoncelle de .

Si les souvenirs se concentrent entre Nohant, Majorque et Paris, c’est toute l’Europe qui défile car Chopin est né de parents français dans une Pologne morcelée et a été éduqué en Allemagne avant d’émigrer en France, et la dame de Nohant recevait dans sa thébaïde berrichonne les fleurons de la société artistique et intellectuelle de l’époque. On ne peut qu’être sensible à cet échange entre Chopin et Delacroix découvrant des correspondances d’impressions entre musique et images où tout s’enchaîne par les reflets, ces fameux tons voisins.

Alternant entre douceur infinie et puissante autorité, le jeu subtil et acéré de s’associe harmonieusement à la sonorité généreuse et aux beaux phrasés du violoncelle de . Si Chopin n’a composé que la Sonate op. 65 et la Polonaise brillante op. 3 pour violoncelle et piano, le virtuose Auguste-Joseph Franchomme et Glazounov ont réalisé de brillantes transcriptions notamment de la Valse en la mineur op. 34 ou de l’Étude op. 25 N° 7, que l’on découvre ici avec étonnement.

Le caractère enjoué du récit de George Sand rejoint parfois le côté enfantin de Chopin, mais tranche quelque peu avec sa timidité maladive, sa santé fragile et sa mélancolie consubstantielle. Il fuyait le monde et les manifestations mondaines, paniquant à l’idée de se produire en public.

Entre Préludes, Mazurkas, Nocturnes et Valses, convoque d’autres grandes plumes qui se sont intéressées au cas Chopin, comme Hector Berlioz, André Gide, Vladimir Jankélévitch et André Boucourechliev. Mais George Sand met tout le monde d’accord : « Sa vraie patrie est le royaume enchanté de la poésie ».

Carmélites-plan large vertic.03-09-2017©JJ.AderLa vie et le regard perçant de

Le dimanche suivant, le public était au rendez-vous pour un programme romantique autour des souvenirs de la cantatrice (1821-1910), qui pose un regard aussi aigu que pertinent sur le siècle qu’elle a traversé, sans jamais cesser d’être en relation avec l’élite artistique et intellectuelle de son temps. Cette évocation touchante est dûe à l’esprit créatif d’un trio de charme, la soprano , la récitante et la pianiste , qui avaient créé ce spectacle en juin dernier à la Philharmonie de Paris dans une version avec guitare.

Pauline Viardot évoque avec émotion le souvenir de son père, le grand Manuel Garcia, disparu quand elle avait dix ans, qui eut le temps de lui apprendre la musique avec autant de douceur et de patience qu’il avait été sévère et violent avec sa sœur Maria Malibran, la première grande diva du XIXe siècle. On entend des portraits parfois étonnants des compositeurs de l’époque, tant du « petit » Chopin, que de l’admiration qu’elle voue à Liszt et à Gounod ou d’une réelle affection vis-à-vis de , tandis que Robert est qualifié « sans imagination ».

Le récit captivant de est complété par des textes de Théophile Gauthier, George Sand, Ivan Tourgueniev, mêlant leurs voix à celle de Pauline Viardot qui parcourt l’Europe et les salles de concert avec des avis tranchés et amusants sur les différents publics : curiosité des Anglais, réserve des Allemands, ignorance, mais intelligence et sympathie des Espagnols… Elle avoue apprécier « la critique sévère et raisonnée ».

Cette évocation ne se conçoit qu’en musique et chanteuse comme pianiste la servent avec talent, engagement et passion. Au piano, plonge avec intensité dans le monde de Liszt, restituant avec énergie ses couleurs multiples tout en étant une accompagnatrice raffinée pour les interventions subtiles et élégantes de . Avec une voix d’une belle souplesse, un timbre lumineux et une diction d’une grande clarté, cette dernière donne une âme à ces mélodies romantiques. On frémit à la nostalgie de L’abbandono de Bellini comme on est ému par la mélodie de Pauline Viardot Ici-bas tous les lilas meurent sur un poème de Sully Prudhomme. On est également sensible à la transgression de Liszt qui a osé déposer de la musique sur les vers de Victor Hugo Oh quand je dors.

Les larmes pointent même à l’évocation de la disparition de la sœur tant aimée, Maria Malibran, à l’âge de 28 ans, sur le mode du mélodrame où le piano de Marie Vermeulin soutient le récit de Laure Urgin. Schumann habille le poignant poème de Musset À la Malibran contenant le vers « Rien n’est bon que d’aimer ». Magali Léger gratifie en outre le public de quelques raretés, des Mazurkas de Chopin, mises en voix par Pauline Viardot, d’un charme absolu.

Crédits photographiques : © JJ Ader ; ©  Alain Huc de Vaubert

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