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Un Élixir enivrant au New Generation Festival

Festivals, La Scène, Opéra

Florence. Palazzo Corsini sul prato. 31-VIII-2017. Gaetano Donizetti (1797-1848) opéra en deux actes de Gaetano Donizetti, sur un livret en italien de Felice Romani lui-même tiré du livret écrit par Eugène Scribe pour Le Philtre de Daniel François Esprit Auber. Mise en scène Roger Granville ; Décors et costumes, Michael Howells, avec Lally Broome.
Avec : Anush Hovhannisyan, Adina ; Khanyiso Gwenxane, Nemorino ; Johannes Kammler, Belcore ; Arshak Kuzikyan, Dulcamara ; Barbara Cole Walton, Giannetta. Chef du chœur Jonathon Swinard ; New Generation Festival Orchestra, Direction musicale, Maximilian Fane.

Khanyiso Gwenxane, NemorinoA Florence, une première édition réussie du New Generation Festival dans les jardins illuminés du Palais Corsini sul prato, avec L’Elixir d’amour de Donizetti,

Installée, sur une estrade, sous les trois arches de la haute loggia du Palais Corsini, la scène représente une petite place, à Florence, avec à droite, les tables d’une terrasse de café et, au centre, un étalage de marchandises pour touristes. Juste avant le début de l’ouverture, des bruits de klaxons d’autrefois, quelques sifflets et autres bruits, qui évoquent l’ambiance de la rue. Ils cessent aux premières notes de l’ouverture, jolis solos des vents. Une jeune femme passe, vêtue de blanc. Elle fait tourner son ombrelle. Elle tient un livre, c’est Adina. Elle s’installe à une table isolée, à gauche, pour lire. En même temps un groupe de touristes surgit (le chœur). Un jeune Africain guette, à l’écart, et se fait rabrouer par le serveur du café qui l’empêche de rester près des tables et de s’approcher d’Adina.

Sur le fond ocre du mur du palais, le bleu de la scène et le blanc dominant du décor tranchent, animés de motifs bleu vif, plus ou moins clair, sur les robes, et sur les objets de l’éventaire. Seul Nemorino porte du vert, comme celui des fleurs. Les costumes sont légers, intemporels, à peine désuets. La mise en scène fait de Norino, , un « extracomunitaro », un migrant timide et très beau, qui chante dès l’entrée son admiration pour l’intelligence et la beauté d’Adina. L’orchestre est léger et dansant, les voix moelleuses, mordorées. roucoule vers Nemorino ses aigus soyeux, en lisant à ses amis l’histoire du philtre d’amour de Tristan et Yseult. Elle se joue du pauvre Nemorino dans leur premier duo… Et plus tard elle avertira, après un très beau duo, Capriciosa sono

Les voix sont légères et flexibles, joliment homogènes en qualité et aussi, curieusement, en timbre : onctueuses, enveloppantes, capiteuses. Est-ce le style impératif des nouvelles voix ? Seule apporte une note fraîche, acidulée, aux trop courtes mélodies de Giannetta. , une Adina charnelle et sexy à souhait, sucre et poivre ensemble, se joue des vocalises. Elle minaude à la perfection et résiste avec souplesse à Belcore. Elle se moque admirablement de Nemorino dans le duo du premier acte, mélange de caramel et chocolat fondant. La voix moelleuse du jeune ténor sud-africain est pour elle comme un confortable coussin. La voix riche de , Belcore, sa facilité d’émission, lui valent des applaudissements dès son air d’arrivée. Il a une puissance expressive et une technique tout en nuances. , Dulcamara, possède l’aplomb qu’il faut, et son air Udite (scène 5) est convaincant. Même si l’acoustique ingrate du plein air oblige les chanteurs à se placer aussi souvent que possible face au public et diminue la compréhension des paroles, obligeant, par exemple, Khanyiso Gwenxane à chanter l’air emblématique de l’opéra, Una furtiva lagrima, debout au milieu de la scène, l’opéra reste amusant. L’orchestre se prête au jeu du côté bouffe et les chanteurs sont aussi de bons acteurs.

Très belle direction d’orchestre, gracieuse et souple, du jeune , qui réussit à rendre le style coulé, la lenteur contrôlée mais rythmée avec humour, qui conviennent à Donizetti. La courte introduction du deuxième acte est parfaitement drôle et vivante, suivie du duo satirique réussi entre Adina et Dulcamara.

Le festival, dirigé par (30 ans) qui en est aussi l’initiateur, a été fondé en collaboration avec le talentueux chef d’orchestre (26 ans). Comme le Festival est celui de la New Generation, la nouvelle génération, ils ont choisi de jeunes stars montantes et comptent mobiliser aussi un jeune public et l’attirer vers la musique classique ! Michael Howells, est connu pour ses décors de cinéma et son activité dans la mode. Il signe les costumes et la scénographie, mais… pourvu d’épaisses moustaches blanches, il est nettement moins jeune que le reste de l’équipe. La présence du très médiatique violoniste Charlie Siem, directeur artistique du festival et soliste du concert, le lendemain, devrait attirer les jeunes fashionistas, même si son interprétation du Concerto de Bruch était moins inspirée que celles, par Max Fane et son orchestre, de l’Ouverture du Barbier de Séville et de la Cinquième de Beethoven, magnifique.

Crédit photographique : © Guy Bell

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