L’Orchestre de Paris en ordre de marche pour sa 50e saison

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie 1, Grande salle. 6-IX-2017. Henry Purcell (1659-1695) : Musique pour les funérailles de la reine Mary Z. 860. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n°6 en la mineur « Tragique ». Chœur de l’Orchestre de Paris (chef de chœur : Lionel Sow) ; Orchestre de Paris ; direction : Daniel Harding.

DHardingPremier concert, premier succès : l’ ouvre sa saison sur des accents martiaux.

L’humour anglais a-t-il fait irruption à Paris ? Les deux œuvres qu’a choisies pour inaugurer, comme directeur musical, sa seconde saison avec l’, prêtent à sourire : elles parlent de fin plus que de commencement. La première est une musique d’enterrement, celle que composa Purcell pour accompagner le service des funérailles de Marie II d’Angleterre, et qui servit également, par un coup du sort, à accompagner les siennes propres, puisque la mort l’emporta à peine quelques mois plus tard. Quant à la seconde, la vaste Symphonie n° 6 de Mahler, la cohorte de pressentiments funestes qui assaillit le compositeur au moment de l’écrire lui valut ses sonorités crépusculaires, et son surnom de « Tragique ». Le Finale de l’œuvre est d’ailleurs connu pour être interrompu, à deux reprises, par le claquement d’un volumineux marteau, dont le son sec et tranchant ne manque jamais de faire sursauter les spectateurs, et que Mahler associait lui-même à la hache du destin.

Fort heureusement, tant de noirceurs accumulées n’ont pas suffi à éteindre l’ardeur des musiciens : la direction nerveuse et précise de , un habitué de Mahler, donne assez à voir le pouvoir de pénétration de son intelligence musicale, et la rigueur du travail qu’il effectue, en toute connivence, avec les membres de son orchestre. Pas une fois, dans les quelque quatre-vingts minutes de la fresque mahlérienne (pourtant enchaînées sans pause avec Purcell), sa concentration n’est mise en défaut ; et tous le suivent avec un enthousiasme palpable. L’idée de placer l’Andante avant le Scherzo, à ce titre, est bienvenue : Mahler a envisagé les deux possibilités au fil des versions successives de la symphonie, et l’attention des musiciens, tout comme celle du public, se trouve ravivée lorsqu’aux lignes souples de l’évocation pastorale succède, en contraste, l’angoisse des rythmes d’une valse pesante.

Richesse des coloris

Actualité politique oblige : les rythmes de marche sont, en quelque sorte, le second leitmotiv du concert. Dans le premier mouvement de la symphonie, noté Heftig, aber markig (« véhément, mais robuste »), ils atteignent le paroxysme de leur vigueur. L’exposition des deux thèmes principaux, battue par le martèlement de cette pulsation tenace aux cordes graves et à la caisse claire, est peut-être la plus belle réussite de la soirée : on y entend à la fois l’implacable dynamisme rythmique de l’orchestre, et la variété de ses coloris – qui rend toute justice à l’instrumentation foisonnante de Mahler.

Ce concert d’ouverture est aussi l’occasion d’entendre le Chœur de l’Orchestre de Paris, ici dans un effectif réduit. La vingtaine de chanteurs présents sur scène, en disposition mélangée, donnent par trois fois la réplique aux chorals des trompettes qui ponctuent la musique des Funérailles. Dans le face-à-face avec les cuivres, dont on admire la sûre justesse et le timbre soyeux, le chœur des voix parvient à trouver une homogénéité sonore remarquable. On peut seulement regretter, devant tant de maîtrise, que les superbes textes du Book of Common Prayer anglican n’aient pas été plus habités ; une meilleure articulation des consonnes et des voyelles moins gallicisantes les auraient certainement rendus plus intelligibles, plus savoureux, plus riches de sens.

Crédit photographique : Daniel Harding © Julian Hargreaves

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  • Michel LONCIN

    Quelles que puissent être les qualités de la direction de Daniel Harding, il constitue, comme TOUS ceux (Abbado – Gergiev, Rattle …) qui adoptent cette DETESTABLE « mode » de l’INVERSION des mouvements centraux (Andante puis Scherzo) au lieu de Scherzo – Andante rétablie par MAHLER la dernière fois qu’il a dirigé sa 6ème Symphonie (à Vienne, le 04 janvier 1907), une authentique HERESIE relativement à la quintessence tragique de ce chef-d’oeuvre !!!

    Il n’est, pour s’en convaincre, que d’écouter les VRAIES réussites des versions de l’ordre normal … Celle de Klaus TENNSTEDT (tout particulièrement en sa version « ive » de 1991) et celle de Giuseppe SINOPOLI … versions qui furent, comme « par hasard », violemment décriées à leur époque et qui se situent à la même dimension « supérieure » de Léonard BERNSTEIN, la seconde, surtout !!! On comprend alors « POURQUOI », à Vienne en 1907, MAHLER a définitivement rétabli l’ordre premier des mouvements intermédiaires : l’Andante moderato du troisième mouvement apparaît alors non pas comme le « repos » apollinien cher à Claudio ABBADO (qui, tout simplement, n’a JAMAIS été à sa place dans cette oeuvre !) après la pseudo « victoire » du « thème d’Alma » (si l’on adopte l’ordre inverse) que suivent les GRIMACES du Scherzo mais, « se souvenant » de l’immobilité de la section centrale de la Durchführung » du 1er mouvement, comme un Refuge … celui des sommets de ces montagnes du Tyrol du Sud où MAHLER, loin de la … « civilisation », loin des hommes, de leur agitation, de leur méchanceté insigne, avec l’apaisement spirituel et moral, allait chercher l’inspiration … Outre plus, le fait que, harmoniquement parlant, enchaîner l’Andante en Mi bémol Majeur après la Coda faussement « triomphale » en La Majeur (avec la 6te ajouté « Fa dièse » omniprésente) est extrêmement brutale mais on ne peut que convenir que la fin de ce même Andante, si l’on adopte l’ordre NORMAL, s’enchaîne alors au mieux avec l’accord altéré (Ut-Mi bémol-Fa dièse-La bémol) en Ut mineur ouvrant le Finale … avant la prochaine mêlée en La mineur …

    La PREUVE des intentions définitives de MAHLER (qui, effectivement, a longtemps hésité relativement à cet ordre), on la trouve dans la lettre du 17 janvier 1907 (soit TREIZE jours seulement après le concert de Vienne) adressée à Wilhelm MENGELBERG et par laquelle il lui demande de lui renvoyer son exemplaire de la partition afin d’y introduire de nouvelles retouches. Malheureusement, il omet de faire part du rétablissement de l’ordre initial (Scherzo puis Andante), si bien qu’il ne subsiste aucune « preuve écrite » dudit rétablissement … Toutefois, toutes les corrections (y compis celle sapportées dans la dernière année de la vie de MAHLER) subsistent … y compris cette note TRES IMPORTANTE de la main du chef hollandais : « Nach Mahlers, Angabe II Scherzo erst dann III Andante » (d’après Mahler, d’abord II Scherzo puis III Andante) !!! Et, le 1er octobre 1919, Alma Mahler câblera au même MENGELBERG : « Erst Scherzo dann Andante » (D’abord Scherzo puis Anante) !!!

    Persister dans cette attitude de l’INVERSION des mouvements centraux st non seulement une TRAHISON des dernières volontés de MAHLER mais une HERESIE et … témoigner d’une incompréhension totale de ce que signifie la 6ème Symphonie, « la SEULE 6ème malgré la Pastorale » dira Alban BERG !!

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