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La glorieuse Quatrième de Bruckner par Thielemann à Dresde

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n° 4 « Romantique ». 1 CD Profil Hänssler PH 16064 Staatskapelle de Dresde, Christian Thielemann. Enregistrement réalisé le 17 mai 2015 au Semperoper de Dresde. Notice bilingue : anglais et allemand. Durée : 73’06’’.

 

Edition-Staatskapelle-Dresden-Volume-42-Bruckner-Symphonie-numero-4-Es-Dur-RomatischeAvec ce nouvel enregistrement d’une symphonie de Bruckner, confirme qu’il a atteint à Dresde une nouvelle étape de son évolution d’interprète. La splendeur de l’orchestre lui autorise une souplesse, une chaleur voire une certaine tendresse qu’on ne lui connaissait pas jusque là. Un disque magistral en lui-même et en ce qu’il révèle une nouvelle étape d’un grand interprète.

Défenseur du grand répertoire germanique, héraut revendiqué d’une certaine culture musicale traditionnelle, explore méthodiquement des pans entiers de son histoire : après avoir gravé les symphonies de Beethoven, Schumann et Brahms, après avoir dirigé les plus grands opéras de Wagner et Strauss, après avoir défendu contre vents et marées la musique de Hans Pfitzner, voici qu’il s’attache désormais aux symphonies de Bruckner. Comme ses grands prédécesseurs allemands (Furtwängler, Boehm, Knappertsbusch ou Jochum) dont il se réclame, il laisse en revanche de côté celles de Mahler. On saisit toute la symbolique qu’il y a dans le répertoire qu’il défend, autant que dans celui qu’il délaisse. Avec la Philharmonie de Munich, il avait gravé trois symphonies de Bruckner (4 et 7 en DVD, 5 en CD), des lectures qui peinaient à se dégager de l‘ombre étouffante de l’immense Celibidache, brucknérien de légende. Son projet d’intégrale s’était arrêté à son départ conflictuel de la capitale bavaroise.

Désormais chef titulaire de la vénérable , il reprend son dessein, en DVD d’une part (six symphonies sont déjà parues chez C Major), en CD parallèlement pour l’édition dresdoise de Hänssler. Après les Septième et Huitième, voici la « Romantique » ; précisons que les prises sont différentes entre DVD et CD. On est d’emblée impressionné par la beauté de l’orchestre, le velours de ses cordes, le raffinement de ses vents : du cor solo dont le célèbre appel ouvre toute l’œuvre au contrechant de la flûte qui lui répond dans le premier mouvement, la splendeur est saisissante. Surtout, l’orchestre apporte à la direction de Thielemann comme une souplesse et une chaleur qui lui ont parfois fait défaut, et qu’on ne trouvait pas dans les enregistrements assez monolithiques de Munich. Certes, ce concert, relativement exempt des pailles qu’on entend dans certaines captations en public, n’atteint pas tout à fait l’inimitable et lumineuse splendeur de l’enregistrement de Karl Boehm à Vienne, ni la démesure cosmique des gravures tardives de Celibidache à Munich, inégalé dans sa conception du finale, mais il témoigne de la rayonnante maturité dont fait désormais preuve Thielemann à Dresde et, en ce sens, il mérite particulièrement d’être salué.

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  • Michel LONCIN

    Pourquoi Christian Thielemann n’aborde-t-il pas Mahler … ?

    • Alphée

      Sans doute parce qu’il n’est pas Michael Gielen…

      • Martin Antoine

        Peut-être parce qu’il est un chef allemand et pas viennois ou autrichien ; il aime la germanité dans ce qu’elle a de massif au sens organique .
        La fantaisie mahlerienne semble loin de celle ci ; peut être avec le temps , cf l’évolution d’un Karajan ?

      • Michel LONCIN

        Michael Gielen était juif par sa mère … Il faut espérer qu’un chef remarquable comme Thielemann ne s’arrête pas à … « cela » …

  • Torpedo-los !

    « La musique de Mahler se prête davantage aux conducteurs qui savent se retenir, qui sont bons à l’euphémité. Cela ne correspond pas exactement à mon style conducteur. Je n’ai pas vraiment réussi à cela. La musique de Mahler est déjà si pleine d’effets, si vous êtes tenté d’ajouter quelque chose, vous ne faites que pire. J’admire les conducteurs qui atteignent cette certaine noblesse, ce que je souhaite atteindre, éventuellement. Pas toujours pour améliorer quelque chose.  »
    Réponse de Ch Thielemann en 2001 à une interview du New Yorker. Sergiu Célibidache disait plus brièvement que Malher ne l’intéressait pas car ne le touchait pas.

  • Torpedo-los !

    Il existe chez Y.tube des extraits d’une 8è de Mahler par Ch Thielemann. J’aime beaucoup Thieleman mais ce n’est pas cette audition qui me réconciliera avec cette musique que j’abomine.

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