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Avec le livre de Robert Sutherland, Maria Callas chante une dernière fois

À emporter, Biographies, Livre, Opéra

Maria Callas, l’ultime tournée. Robert Sutherland. Préface de Tom Wolf. Editions de l’Archipel. 368 pages. 22 €. Août 2017.

 

Les Clefs Resmusica

CouvertureCette transcription française de  : Diaries of a Friendschip se révèle un merveilleux témoignage du dernier pianiste de la prima donna. Réalisme saisissant de la narration, écriture subtile, regard juste et bienveillant : ce livre haletant se dévore d’un trait comme un roman.

40 ans après sa disparition à Paris, le 16 septembre 1977, la Divina fascine toujours les mélomanes d’hier comme ceux d’aujourd’hui. En cette rentrée littéraire et musicale 2017, avec toute cette profusion d’offres (publication de nombreux témoignages et biographies, multiplication des rééditions en collection de luxe de ses enregistrements audio les plus marquants, expositions à foison dans l’hexagone et dans le monde…), le risque serait de tomber facilement dans un gouffre marketing qui nous donnerait un goût amer, une fois la tête sortie de l’eau.

Mais cet ouvrage découvert dans une librairie de livre d’occasion à New York par Tom Wolf donne la sensation au fil de la lecture d’enfin comprendre qui était vraiment . Rédigé par un pianiste écossais engagé tout d’abord comme second du pianiste attitré (mais âgé !) de la star pour la tournée en 1973-1974, annonçant le « grand retour » de la Callas avec son complice sur scène (officiellement) comme dans la vie (officieusement !), le ténor , Robert Sutherland devient son accompagnateur officiel au fur et à mesure des étapes de ce voyage, puis l’ami-confident de la chanteuse légendaire.

Les différents visages de la Callas

Le tournoiement qu’engendre ce récit se créé par l’effervescence d’une tournée « évènement » mais surtout par les personnalités excessives de ses deux héros principaux, la relation ambiguë entre Di Stefano et Maria Callas générant de nombreux conflits et inconstances. Durant cette année de tournée, la diva doutait de son chant et éprouvait un constant besoin d’être rassurée. Consciente que sa voix exigeait un travail long et rigoureux alors que le ténor n’avait jamais eu besoin de lutter pour façonner la sienne ou de travailler une technique, elle accepte de subir des répétitions tyranniques menées par celui-ci.

Son admirable force était sa « camisole de force » (selon ses termes) bien représentative de la détermination de l’artiste pour atteindre une interprétation personnelle proche de la perfection fondée sur des aspérités humaines qu’elle savait dépeindre par le biais d’une technique vocale exceptionnelle. Ainsi, tout un opéra chanté par la prima donna était décortiqué minutieusement : analyse du livret et retour au texte original si nécessaire, étude de la musique « en tête à tête avec la partition écrite par le compositeur », investigations sur les costumes de l’époque, les précédentes mises en scène ou les chanteuses qui s’y sont illustrées, recherche d’une fidélité absolue à la partition… Voilà ce qui faisait que tous les ornements chantés par la Callas exprimaient ce qu’elle ressentait une fois sur scène. Pourtant, étonnamment, son talent lui était étranger, cause certaine de ses doutes et de ses tourments : « Je ne sais pas comment je fais ça. Dire qu’après cette représentation, je me croyais si loin d’avoir atteint mon but que j’en ai pleuré… »

Mais la légende lyrique pouvait aussi correspondre à sa réputation de « Tigresse » véhiculée par les médias, à l’image de l’anecdote lors d’une répétition à la Scala avec le chef d’orchestre  : « – Callas est en retard sur l’orchestre ! […] – Non, maestro. C’est l’orchestre qui est en retard sur Callas. » Elle l’affirmait elle-même : « Depuis Serafin, les chefs ont toujours fait ce que je leur demandais. »

Une vie intime et une vie artistique forcément fusionnelles

Ce qui va ravir les lyricomanes dans cet ouvrage est le parallèle évident entre les instants de vie d’artistes dotés d’une sensibilité si exacerbée, et de nombreux airs d’opéra. Tout y est excessif, à un point tel qu’à la demande de Maria suite à une énième dispute avec Pippo, Robert Sutherland, de peur, cherchera un couteau dans la veste de costume de ce dernier, avant l’interprétation du duo final de Carmen. Le duo Battimi, insultami, t’amo e perdono ! (« Bats-moi, insulte-moi, je t’aime toujours et je te pardonne ») extrait de Cavalleria rusticana, pourrait ainsi résumer la relation haute en couleurs du couple qui reste le fil conducteur de cette ultime tournée.

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