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Les enregistrements disparus de Maria Callas

Untitled_8_lEn cette date de commémoration du 40e anniversaire de la disparition de , les gazettes, les radios, les télévisions, les producteurs discographiques ont été prolixes pour nous abreuver d’articles, de reportages, de films sur la diva. Mais, écoutant les radios, scrutant les écrans de télévision, épluchant les articles, le collectionneur, l’admirateur inconditionnel, le « fou-de » ne trouvera, ni n’entendra les enregistrements inédits qu’il espère depuis des années.

Si on exclut ses premiers pas sur la scène de l’Olympia Theater d’Athènes en avril 1939 (elle n’a pas encore 16 ans !) dans le rôle de Santuzza de Cavalleria Rusticana de Pietro Mascagni et en novembre 1940 dans l’opérette Bocaccio de Franz von Suppé puis, six mois plus tard, remplaçant au pied-levé la titulaire du rôle titre de Tosca de Giacomo Puccini, la véritable carrière scénique de débute aux Arènes de Vérone en août 1947. Fêtant alors son vingt-quatrième anniversaire, elle triomphe dans le rôle-titre de La Gioconda de Amilcare Ponchielli. C’est à partir de ces premières apparitions sur les scènes italiennes que « la folie Callas » va produire des générations de collectionneurs d’enregistrements de ses prestations.

Longtemps, la discographie de la diva se limitait aux enregistrements de studio que le label EMI avait en exclusivité. Ou presque. La Traviata, l’un des plus célèbres rôles de Maria Callas, n’a jamais pu être enregistré en studio par EMI parce que le contrat signé entre Maria Callas et la firme Cetra spécifiait que la soprano n’avait pas le droit d’enregistrer cet opéra pour une autre firme pendant une durée de cinq ans.

En 1951, on voit apparaître les premiers « 33 tours », ces galettes de trente centimètres (pour la plupart) qui remplacent agréablement les fragiles 78 tours. Avec eux, l’aisance de pouvoir écouter des œuvres classiques sans être obligé de tourner le disque toutes les deux minutes. Presque une demie-heure de musique ininterrompue par face, le nirvana !

Dans les années soixante, qui possédait tous les enregistrements de Maria Callas pouvait compter sur une vingtaine de coffrets d’opéras et sur une équivalente quantité de récitals. L’enregistrement sur bande jusque là réservé aux studios spécialisés se démocratisant, c’est à cette époque que les premiers disques « pirates » font leur apparition. Les États-Unis et l’Italie en sont les principaux éditeurs. Les communications, les frontières, les échanges commerciaux n’étant pas aussi développés que de nos jours, les « pirates », vendus sous le manteau, sont difficiles à trouver.

Aujourd’hui, tout ce qu’Américains et Italiens ont produit d’enregistrements « pirates » de Maria Callas (et d’autres) est devenu monnaie courante. Et ceux de Maria Callas sont les plus communs. Il existe plus d’enregistrements « pirates » de la soprano grecque que d’ « officiels ». Les mêmes éditeurs « major » qui faisaient la chasse aux « pirates » avec force procès et menaces les ont aujourd’hui intégrés à leur catalogue.

Untitled_1_lLa frustration

Mais les inconditionnels collectionneurs des enregistrements de Maria Callas sont toujours frustrés des opéras complets qu’elle a chantés mais qui n’ont jamais été édités. Certains de ceux-ci ont été retransmis par la radio italienne. Sans espérer que les archives de la RAI soient impeccablement tenues, il doit bien se trouver un amateur d’opéra italien (amateur d’opéra italien = pléonasme) qui a enclenché son enregistreur le soir voulu !

Les 8 et 9 juin 1951, Maria Callas était à Florence au Teatro della Pergola pour chanter sur scène Orfeo ed Euridice de Joseph Haydn aux côtés de la magnifique basse Boris Christoff. Un opéra dirigé par Erich Kleiber. Le soir de la première, la RAI le diffusait sur ses ondes.

Autre opéras radiodiffusés, Tristan und Isolde de Richard Wagner et Die Walküre du même Wagner. Pour le premier, Maria Callas chante le rôle-titre quatre fois à La Fenice de Venise entre le 30 décembre 1947 et le 11 janvier 1948 avec, sous la direction de Tullio Serafin, la mezzo Fedora Barbieri (Brangäne) et Boris Christoff (Le roi Marke). La radio le diffuse le 3 janvier 1948. Quant à Die Walküre, diffusée à la RAI lors de la deuxième représentation, le 3 janvier 1948, la Brünnhilde de Maria Callas est accompagnée par Giovanni Voyer (Sigmund), Ernesto Dominici (Hunding), Raimundo Torres (Wotan) et sous la direction de Tullio Serafin. Callas la chantera à quatre reprises à Venise, puis deux fois à Gênes en mai 1948 et cinq fois à Rome en février 1050. De ces trois opéras pourtant diffusés sur les ondes nationales de la RAI, rien n’est à ce jour reparu.

Quand Maria Callas chante à La Scala de Milan, elle est une artiste avérée, une diva adulée et recherchée. Toutes ses prestations dans cette maison ont fait l’objet d’enregistrements « pirates » aujourd’hui répandus. Ils proviennent de bandes magnétiques que La Scala enregistre systématiquement à chaque représentation. Mais très étrangement, trois opéras manquent à l’appel. En avril 1952, Maria Callas est à quatre reprises la Constance de L’Enlèvement au Sérail de Mozart aux côtés du Belmonte de Giacinto Prandelli, de la Blondchen de Tatiana Menotti, du Predrillo de Petre Munteanu et de l’Osmin de Salvatore Baccaloni dirigés par Jonel Perlea. Deux ans plus tard, la même année que la fameuse Lucia di Lammermoor de Donizetti avec Herbert von Karajan au pupitre, c’est Don Carlo de Giuseppe Verdi avec une distribution époustouflante. Sous la baguette d’Antonino Votto, Maria Callas chante Elisabetta di Valois à cinq reprises, entre le 12 et le 27 avril, aux côtés de Nicola Rossi Lemeni (Filippo II), Mario Ortica (Don Carlo), Enzo Mascherini (Rodrigo) et Ebe Stignani (Eboli). Puis, au sommet de sa gloire, c’est l’extraordinaire Fedora de Umberto Giordano. Entre le 21 mai et le 3 juin 1956, elle chante le rôle-titre à côté du ténor Franco Corelli sous la direction de Gianandrea Gavazzeni. Trois opéras majeurs dans la carrière de Maria Callas dont, jusqu’à ce jour, nous n’avons aucune trace.

Enfin, en juillet 1954, Maria Callas chante aux Arènes de Vérone. Elle est dans la production d’Herbert Graf de Mefistofele d’Arrigo Boïto où elle campe Marguerita, avec à ses côtés Nicola Rossi-Lemeni (Mefistofele), Ferruccio Tagliavini en alternance avec Giuseppe di Stefano (Faust) sous la direction musicale d’Antonino Votto. Dans ce dernier cas, quoiqu’il existe de nombreux enregistrements « live » des Arènes de Vérone, la prise de son n’est là pas systématique.

Bien sûr, il existe encore de nombreuses prestations de Norma, de Lucia di Lammermoor, de Tosca dont nous n’avons pas d’enregistrements, mais la discographie de ces autres opéras est suffisamment cossue pour nous contenter de ce qui nous est parvenu. Par contre, l’absence des sept opéras cités ci-dessus est une véritable lacune dans la discographie de Maria Callas.

Et voilà quarante ans que cela dure ! N’y a-t-il donc aucun espoir qu’un jour quelqu’un, en faisant le grenier d’un grand parent, ne retrouve ces documents ?

Crédits photographiques : Horst Estate / Condé Nast

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  • Raphaël Pisano

    Il est faux de dire que la carrière de Callas commence en 1947 à Vérone…
    Il n’y a qu’à voir la liste des oeuvres qu’elle a chantées à Athènes entre 1938 et 1945 :
    Boccacio de Suppé, Cavalleria Rusticana, Tosca, O Protomastoras de Kalomiris, Tiefland, Fidelio, Der Bettelstudent de Millocker ainsi que de nombreux concerts.
    Je conseille à ce titre le remarquable et très fourni livre « La Callas inconnue » de Nicolas Petsalis-Diomidis, consacré justement à sa jeunesse en Grèce.

    • arturo

      Le meilleur livre sur Maria Callas est à mon avis celui du critique Jürgen Kesting en allemand (ECON Taschenbuch Verlag) et en traduction anglaise (Northeastern University Press Boston).
      En ce qui concerne les inédits, Callas a de son vivant recherché activement ses enregistements publics, et notamment le Tristan und Isolde donné à Gênes en mai 1948 avec Max Lorenz sous la direction de Tulio Serafin.
      Lettre à Max Lorenz du 14 novembre 1968: « I hope you remember me since the old days we sang together. I will never forget our performances together… I wonder if it is true that you have a tape of our « Tristan » together. I was told that you had one and I would be so happy if I could have a copy for my personal pleasure. » in Walter Hermann « Max Lorenz » p.29 (Österreichicher Verlag für Unterricht, Wissenschaft und Kunz – Wien 1976)

  • de Simone

    J’espère de tout cœur qu’un jour ces enregistrements referont surface

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