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Plein les yeux et les oreilles au T2G de Gennevilliers avec Alexander Schubert

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Gennevilliers. T2G centre dramatique national. 15-IX-2017. Iannis Xenakis (1922-2001) : Rebonds A et B pour percussions ; Enno Poppe (né en 1969) : Fell pour percussions ; Tolga Tüzün (né en 1971) : Metathesis pour deux contrebasses et électronique ; Alexander Schubert (né en 1979) : Codec Error (CM) pour deux percussionnistes, une contrebasse et électronique. Samuel Favre, Victor Hanna, percussions ; Nicolas Crosse, contrebasse ; Benoit Meudic et Tolga Tüzün, réalisation informatique musicale IRCAM.

02-Alexander_Schubert2L’avertissement au bas du programme – niveau sonore élevé et effets stroboscopiques déconseillés aux personnes fragiles – pour ce concert donné sur la scène du T2G de Gennevilliers a pu en effrayer certains. Il cible la dernière œuvre à l’affiche, celle d’. Remarqué cette année à Manifeste (Sensate Focus), le jeune trublion allemand sait mettre tous les sens à l’affût dans des spectacles qui « envoient », à vivre avec le corps autant qu’avec les sens. Nouvelle œuvre du compositeur, Codec error, donnée en création mondiale, ne déçoit pas, convoquant les forces de l’EIC et de l’.

Relativement sages et totalement percutées, les deux premières œuvres mettent en vedette et , deux des trois percussionnistes virtuoses de l’EIC. De , les intemporels Rebonds A et B – on ne les entend pas si souvent enchaînés ! – ne laissent de nous impressionner sous le geste éminemment libre et l’assise rythmique sidérante de Samuel Fabre qui confère à ce rituel sauvage une dramaturgie singulière : par la gestion du temps dans le premier et le jeu de contrastes et d’hybridation spectaculaire entre peaux et wood-blocks dans le second. Son confrère n’est pas moins convaincant dans Fell d’, œuvre plus spéculative que viscérale. La trajectoire y est finement ciselée, entre combinatoire rythmique implacable et variété des matières percutées, dans une frénésie sonore superbement entretenue sous les baguettes de l’interprète. Le geste est mis en scène dans Metathesis du compositeur turc Tolga Tüzün pour deux contrebasses et électronique. Le second instrument, dont l’archet adhère aux cordes, est posé à l’horizontal et à portée de main gauche de . Avec son aisance habituelle, l’interprète gère les deux parties instrumentales et le déclenchement des séquences électroniques qui interagissent avec la source instrumentale et confèrent à l’œuvre son envergure spatiale. On retient surtout cette belle coda bruitée jouée uniquement sur la seconde contrebasse où « travaille l’instrument au corps » avec ses deux archets à l’œuvre.

Percutant autant qu’éblouissant

Les trois interprètes occupent la scène dans Codec Error, une performance musclée où interagissent le geste, le son, l’électronique et un dispositif lumineux. Compositeur, chercheur, improvisateur et pédagogue – il enseigne l’électronique live au Conservatoire de Lübeck – aime conjuguer l’écriture contemporaine et les différents genres de musique improvisée – hardcore, musique industrielle, saturation – en faisant du geste, mis en scène voire chorégraphié, une composante de son écriture à l’égal du son : « je m’intéresse plus à une expérience complète qu’à une musique de concert pure » déclare le compositeur dans les notes de programme. «  […] j’ai imaginé des boucles de mouvements qui donnent l’impression de données corrompues ainsi que des effets lumineux qui simulent des erreurs vidéo […] précise-t-il, s’agissant de Codec Error dont la démarche subversive n’est pas sans évoquer celle du Danois Simon Steen Anderson : déflagrations, vrombissements, effets cinétiques et mécaniques, robotisation du mouvement et du son relayé par l’électronique nourrissent un flux chaotique autant que puissant, une musique en 3D sur une image sans profondeur où s’entrechoquent, dans un mix perturbant, humour et violence. Car cette machinerie monstrueuse et chauffée à blanc fonctionne avec le jeu de la lumière intermittente et les effets stroboscopiques qui décomposent le geste des interprètes, synchro ou non avec le son. La seconde partie plus silencieuse est une longue coda en creux où l’espace scénique se découvre. Au sein d’un contexte qui se dramatise, les trois interprètes sans leur instrument exécutent des mouvement au ralenti, acteurs de quelque rituel étrange dont une voix de robot dicte les gestes destructeurs, dont ils seront in fine les victimes. Saluons ce soir, aux côtés des trois performeurs épatants, la prestation tirée au cordeau des techniciens de l’, aux manettes avec le compositeur pour assurer le bon déroulement de ce spectacle high tech.

Crédit photographique : Alexander Schubert © privat

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