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Telemann et Bach en ouverture de Terpsichore

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Salle Érard. 15-IX-2017. Georg Philipp Telemann (1681-1767) : 12 fantaisies pour flûte sans basse TWV 40:2-13. Hubert Hazebroucq : chorégraphie et danse ; Julien Martin : flûte à bec.
Paris. Salle Érard. 17-IX-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Sonate en si mineur pour clavecin et violon BWV 1014 ; Sonate en mi pour clavecin et violon BWV 1016 ; Sonate en sol pour violon et basse continue BWV 1014 ; Caprice sur le départ de son frère bien-aimé BWV 992. Sophie Gent, violon ; Bertrand Cuiller, clavecin.

Encadrant les Vénitiens du XVIIe siècle mis à l’honneur par Capriccio Stravagante, les deux grands du baroque allemand marquent les débuts du festival Terpsichore : Telemann dans un spectacle étonnant et original avec et pour débuter, et Bach dans un programme plus classique avec et pour continuer.

Vendredi soir, le premier concert de l’édition 2017 rassemblait le flûtiste à bec et le spécialiste de danse baroque , pour un programme intitulé « La flûte d’Arlequin – Telemann : Fantasias ». De quoi attiser la curiosité du spectateur car, si l’on sait que les Fantaisies pour flûte seule contiennent des mouvements de danse, comme François Lazarevitch l’a récemment souligné, il s’agit d’un cycle purement instrumental.

Hubert Hazelbroucq danse Julien Martin flute a bec Terpsichore 2017 photo Régis d'Audeville

Danse, théâtre et flûte à bec

Le fil rouge, ce sont les mois de l’année avec lesquels Hubert Hazebroucq identifie les douze fantaisies. Ce rapprochement est suggéré par certaines caractéristiques musicales (ainsi la Fantaisie n° 7, celle de juillet et du Soleil, commence-t-elle par une ouverture à la française), mais c’est surtout le théâtre qui lui donne du sens. Ceux qui espéraient assister à un spectacle de danse baroque en sont pour leurs frais : s’il en utilise par moments des pas, Hubert Hazebroucq a conçu une chorégraphie très libre, en un mélange réjouissant de danse et de commedia dell’arte muette. Masques, costumes, accessoires : le danseur fait feu de tout bois pour souligner les mouvements de la musique. Et le flûtiste, loin de se limiter à l’illustration sonore, est intégré au dispositif : costumé, assis dans un coin du plateau, Julien Martin annonce les mois et les mouvements et interagit parfois avec le comédien.

Certaines scènes sont franchement comiques, comme celle de mars, où un dieu de la guerre de pacotille parade au son de la flûte ténor, la plus grave que l’on entendra ce soir. Ou celle de septembre, où un élève, la flûte de pan aux lèvres, fait mine d’essayer de suivre le maître sur la Fantaisie n° 9. D’autres scènes sont plus simplement illustratives, comme le Janus à deux masques pour janvier. D’autres enfin sont plus graves, comme celle de novembre où un homme des bois embroche des masques sur une pique et les fait tournoyer. Tout le spectacle est un festival d’inventivité, de facétie, de contrepoint. En un mot, de fantaisie.

Si l’on a le regard attiré par le danseur, il ne faut pas mésestimer la performance de Julien Martin, impeccable d’un bout à l’autre du cycle, qu’il a en partie enregistré. Que ce soit dans les choix d’instruments (certes parfois dictés par la tonalité des pièces), dans la justesse technique ou dans la variété du jeu, il livre une interprétation pleine de vie. Et, dans le grand salon XVIIIe qu’est la salle Érard, l’étrange alchimie entre la musique de Telemann aux influences multiples et les métamorphoses de l’Arlequin se produit.

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Violon et clavecin en accord

Le dimanche, c’est à un concert plus conventionnel qu’on assiste, avec et dans trois sonates pour violon de . Ce sont des œuvres qu’on entend peu, mais qui donnent au public de la salle Érard l’occasion d’entendre deux très bons musiciens. Certes, on reste sur notre faim avec l’Adagio de la sonate BWV 1016 qui ouvre ce moment musical (ce sera bien mieux en bis). Mais une fois rentrés dans le concert, la violoniste et le claveciniste font un sans faute, toujours précis et chantants dans la conversation sans cesse relancée entre les voix.

Le jeu de Sophie Gent, tout en finesse, peut sembler parfois retenu (comme dans l’Adagio de la sonate BWV 1014 qui ferme le concert, où les tenues sont presque hésitantes et les doubles cordes très prudentes). Mais c’est finalement une impression de virtuosité tranquille qui domine, et les mouvements rapides sont énergiques et jubilatoires. Bertrand Cuiller cisèle ses phrases, et parvient à tirer de beaux effets d’un instrument au son plutôt sec, visiblement le même que celui qu’utilisa Pierre Hantaï dans le même répertoire l’année dernière, accouplant et désaccouplant les claviers à bon escient. Il s’illustre aussi en milieu de concert avec le capriccio écrit à 19 ans par à l’occasion du départ de son frère aîné pour la cour de Suède, seul exemple de musique à programme du futur Cantor qui nous soit parvenue. Bertrand Cuiller en souligne bien le pittoresque (l’agogique presque comique tant elle est exagérée de l’Adagiosissimo qui est un lamento, les charmants motifs répétés qui figurent le cor de poste…). Comme dans les sonates, ce sont là la jeunesse de Bach et l’influence italienne qui affleurent.

Crédits photographiques : Hubert Hazebroucq et Julien Martin © Régis d’Audeville

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