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Envolées équestres pour le Requiem de Mozart à la Seine Musicale

La Scène, Spectacles divers

Boulogne-Billancourt. Auditorium de la Seine Musicale. 15-IX-2017. Georg Friedrich Haendel (1685-1759) : Funeral Anthem for Queen Caroline « The way of Zion do Mourne » HWV 264. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Miserere en la mineur KV 85 ; Requiem en ré mineur pour solistes et orchestre KV 626 ; Ave Verum Corpus KV 618. Mise en scène : Bartabas pour l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles. Lumières : Bertrand Couderc. Avec : Ana Maria Labin, soprano ; Anthea Pichanick, mezzo-soprano ; Fabio Trümpy, ténor ; Callum Thorpe, basse. Maîtrise des Hauts-de-Seine (direction : Gaël Darchen) ; Orchestre des Musiciens du Louvre, direction : Marc Minkowski.

Requiem3Le Requiem de Mozart métamorphosé en un somptueux ballet équestre : dans cette mise en scène (en selle !) stupéfiante, et font communier musiciens et cavaliers sur fond de poésie et de transcendance. Un spectacle total et envoûtant.

150 choristes, 42 musiciens, 13 chevaux et 8 cavaliers. , l’homme qui fait de l’équitation un art total, s’attaque une nouvelle fois à Mozart en s’adjoignant la direction musicale de . Ensemble, ces deux artistes réussissent ce qu’il faut bien appeler un tour de force : synchroniser ce plateau démesuré pour offrir une extraordinaire vision de la messe des morts.

Après Davide penitente en 2015, la création de ce nouveau spectacle autour du compositeur salzbourgeois a marqué les esprits lors de la « Mozartwoche » de ce début d’année, la fameuse semaine Mozart hivernale organisée par la Fondation Mozarteum de Salzbourg. Répartis sous les nombreuses arcades du légendaire manège des rochers, les soutenus par le chœur Salzburger Bachchor avaient défendu avec vigueur un projet unique en son genre, les écuyers et chevaux de l’Académie équestre nationale du domaine de Versailles bénéficiant de conditions idéales dans ce lieu conçu pour l’entraînement de la cavalerie de l’archevêque de la ville autrichienne, alors que du côté des musiciens, des chœurs, des solistes, mais surtout du chef d’orchestre, la performance s’est révélée bien plus atypique en termes de configuration. Pour les représentations franciliennes, la Seine Musicale offre à l’ensemble une disposition beaucoup plus conventionnelle. Sur scène, le ballet équestre. En fosse, l’Orchestre des entouré par le vaste effectif de la .

C’est d’abord le Miserere en la mineur qui résonne, œuvre méconnue mais magnifique d’un Mozart de quatorze ans, qui venait sans doute d’entendre celui d’Allegri. Dans la pénombre, un splendide cheval noir et son cavalier qui n’est autre que Bartabas, entament une valse hypnotique autour de la figure chrétienne du martyre. Soutenue par les éclairages de Bertrand Couderc, cette première vision se révèle saisissante dans ce tableau mystique quasi surnaturel.

Le ballet équestre débute au son du premier chœur de l’Ode funèbre écrit par Haendel pour la Reine Caroline, The ways of Zion do mourne (« Les chemins de Sion sont en deuil »), dont Mozart s’est certainement inspiré pour l’ouverture de son Requiem. Entrent alors en piste huit chevaux blancs et leurs écuyers, déroulant voltes, cercles et croisements en tous genres avant de disparaître en coulisses.

Les premières notes de l’Introït marquent le véritable commencement du voyage fantasmagorique dans lequel nous plongent Bartabas et Marc Minkowski. Une inquiétante procession funèbre se met en marche, chevaux masqués portant les corps inanimés de six jeunes femmes, escortés par des silhouettes encagoulées. Le fondateur de l’Académie équestre de Versailles semble avoir vu dans les trois premières pièces du Requiem la progression des allures du cheval : le pas souligne la solennité de l’Introït, le grand trot puis le petit galop amplifient la majesté du Kyrie. Les cavaliers interprètent le Dies Irae en filant sans les rênes de l’arrêt au grand galop, offrant une performance à la hauteur de la frénésie de la célèbre partition.

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L’élégance et le mysticisme de cette mise en scène complètent la violence musicale générée par la baguette du chef d’orchestre. La direction de Marc Minkowski défend une interprétation d’une dynamique exaltante qui permet aux d’instaurer une atmosphère empreinte d’une tension continue, parfois glaciale, parfois vive d’une force irascible. L’absence d’ornement musical et de trémolo dans le jeu des cordes, qui assument toutefois une ligne très expressive notamment dans Lacrimosa, confère une identité sonore grave et sobre, conforme à l’atmosphère qui doit naturellement se déployer dans cette œuvre. La démesure du chœur soutient cette incandescence des intentions, et particulièrement lors de la double fugue du Kyrie, moment musical toujours très attendu, encensée sur scène par des otages devenues cavalières combattantes. Et même si la prestation reste perfectible, la assume son rôle avec relief, les choristes bénéficiant d’une place centrale dans cette partition. Les quatre solistes ne sont pas en reste, la voix de contralto d’, pleine de corps, se révèle pour nous une belle révélation alors qu’on est moins surpris par la qualité de la prestation de .

Le début de saison à la nouvelle salle de l’Île Seguin démarre sous les meilleurs auspices, malgré cette colère divine que porte à bras-le-corps ce grand spectacle solennel tout autant qu’envoûtant.

Crédit photographique : © Julien Benhamou

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