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Julien Libeer et ses amis ouvrent la saison musicale de Flagey

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Bruxelles. Flagey. 15-IX-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour clavier seul et orchestre en ré mineur BWV 1052 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Quatuor avec piano en sol mineur K 478 ; César Franck (1822-1890) : Quintette avec piano en fa mineur. Piano : Julien Libeer. Alto : Dimitri Murrath. Violon : Lorenzo Gatto. Violon : Rosanne Philippens. Violoncelle : Camille Thomas.

Julien Libeer_2017_01_© Ahos BurezFlagey fête ce week-end sa rentrée musicale. Les événements débutent avec un concert très attendu, résultat d’une carte blanche donnée à par l’institution. Ce premier concert témoigne de la vivacité de la jeune scène classique.

, est un pianiste perspicace et sensible. Son parcours est atypique en ceci qu’il n’a pas suivi la voix des grands concours. Cela ne l’empêche pas de mener une belle carrière internationale. Formé aux conservatoires de Bruxelles et de Paris, il fut ensuite élève de la délicieuse Maria João Pires à la Chapelle Reine Élisabeth. Habitué de Flagey, il y sera en résidence cette saison.

Nous retrouvons également ce soir la violoncelliste , sa partenaire de jeu régulière, avec laquelle il a enregistré l’album Réminiscences. Parmi les invités, le violoniste , 2e Prix et Prix du public au Concours Musical International Reine Élisabeth en 2009. Il a récemment enregistré avec Julien Libeer le disque très salué Beethoven Violin Sonatas, album à l’origine du projet de cette soirée. Sont aussi présents la violoniste  et l’altiste .

Nous débutons la soirée avec le Concerto pour clavier seul en ré mineur de . Le concerto est proposé ici dans un dispositif resserré. Cependant, il semble, au vu de la puissance sonore des claviers de l’époque, que la partition ait été écrite pour un petit nombre de cordes. Comme d’autres concertos pour un seul clavier du maître, il s’agit ici d’une des œuvres des années harassantes de Leipzig, aux alentours de 1730, élaborée d’après l’une de ses propres pièces, aujourd’hui perdue. Quelques indices, tels des mesures en bariolage confiées au clavier, laissent penser qu’il s’agissait d’un concerto pour violon composé une dizaine d’années auparavant, incluant des rappels au style de Vivaldi que le maitre appréciait.

La proposition chambriste du concerto, ce soir, est épurée, et comprend relativement peu d’ornementations. Les musiciens abordent le premier mouvement par palettes de couleurs. Bien qu’indispensable, le violoncelle n’est pas l’instrument le plus exposé en musique de chambre mais le jeu élégant de , radieuse, placée entre les violons (peut-être pour mieux nous faire percevoir le jeu de l’altiste ) travaille à enrichir le lien entre les musiciens. Rosanne Philippens est un incroyable premier violon. Très mobile, parfois cambrée au passage de l’archet sur la chanterelle, tandis que  avec plus d’économie de mouvement produit les sonorités riches qu’on lui connaît. Leurs techniques sont assez différentes mais leur travail de la pâte sonore est magnifique. Servi par de tels moyens, l’Adagio ténébreux, dense, nous va droit au cœur. Le pianiste, avec clarté et agilité, fait surgir d’une main l’une les lignes mélodiques de l’ancien concerto pour violon, l’autre faisant écho au remarquable travail polyphonique des cordes. On retrouve dans l’Allegro risoluto le thème de la sinfonia de la cantate Ich habe meine Zuversicht (BWV 188). Les musiciens s’en emparent avec feu et sans lourdeur sur un tempo très enlevé.

Rosanne PhilippensPhoto: Marco Borggreve

Vient ensuite le Quatuor avec piano en sol majeur de Mozart. Cette œuvre est l’une des première du genre, à l’écriture élaborée, marquée par la variété des thèmes utilisés. Elle offre différents emplois au pianiste qui se voit offrir des possibilités plus vastes que le seul emploi de soutien harmonique. Il œuvre ainsi également en soliste et en protagoniste du groupe des cordes. L’Allegro où les cordes réaffirment vigoureusement une formule péremptoire laisse place à un Andante songeur qui gagne le public et piégerait presque les musiciens eux-mêmes dans cette douce rêverie alors que, tournant les pages en silence, ils nous emmènent vers le Rondo. Ce dernier mouvement est plus complexe dans son développement que l’introduction alerte ne le laisse paraître. Le groupe des cordes y nourrit un beau dialogue, par jeu de thèmes interposé, avec le pianiste.

Le programme se termine avec le quintette de . C’est une partition très contrastée et démonstrative que les musiciens s’approprient avec beaucoup d’engagement. Introduit par le violon, le thème du long premier mouvement se prolonge dans un dialogue avec le pianiste. La tension croît, alimentée par des progressions chromatiques, des fortissimi s’effondrant soudain en pianissimi et de phrases romantiques qui s’échappent tour à tour de chaque instrument, tandis que le pianiste alimente un sentiment étrange et déstabilisant par un travail harmonique inventif. Dans le second mouvement Lento con molto sentimento élégiaque à souhait, les musiciens réussissent à ne pas nous perdre en chemin, grâce à leurs intentions claires et à la variété des nuances. Finalement, les cordes vrombissent et nous voilà emportés dans le maelström d’un dernier mouvement vigoureux et virtuose.

Après force rappels et applaudissement, cette soirée chaleureuse se termine par un petit cadeau en guise de bis : le court largo du Concerto n° 5 pour clavier et orchestre en fa mineur de Bach (BWV 1056). Exécuté avec douceur et intelligence, le mouvement est désarmant de beauté dans sa simplicité.

Crédits photographiques : Julien Libeer © Ahos ; © Marco Borggreve

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