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Odhecaton chante Palestrina à Castel Rigone

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Castel Rigone. 11-IX-2017. Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594). Sicut cervus ; Missa Papae Marcelli. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Missa « Sine nomine », d’après celle de Palestrina. Ensemble Nova Alta ; Chœur Odhecaton, direction : Paolo da Col.

Chœur OdhecatonEn Ombrie, un chœur de voix d’hommes recrée une messe, dans une atmosphère proche de celle de la Chapelle Sixtine au XVIe siècle.

Ému par les tremblements de terre qui ont blessé l’Ombrie l’année dernière, Alberto Batisti, le directeur artistique de la Sagra musicale Umbra a choisi, pour thème de cette 72e édition, la fraternité et la spiritualité, thèmes reflétés par les œuvres au programme. Manifestations régionales, les douze concerts ont lieu dans douze lieux, églises, cloîtres, ou théâtres, autour de Pérouse, en Ombrie. Ce soir, le concert a lieu dans la très belle église de la Madone des miracles, dans le village perché de Castel Rigone, au-dessus du lac Trasimène.

Devant l’autel, les douze choristes, pantalon et chemise noirs, s’installent en demi cercle. Silence. Le public retient son souffle. Eux le prennent. Puis, sur un signe de Paolo del Col, leurs voix s’élèvent, mélangées à celle des quatre vents. Les arcs mélodiques montent en une polyphonie idéale, et une tension perceptible s’installe. Le Sicut cervus est probablement le plus connu des motets de Palestrina, essence même de la beauté et de la dignité de sa musique. Tranquille sur les mots Sicut cervus (« comme le cerf »), le rythme s’affole sur le mot desiderat, « désire ». Puis tout se referme sur les mots, ita desiderat anima mea ad Te, « ainsi mon âme te désire, Dieu ! », dans la dissonance de l’espoir et de l’impuissance humaine.

Suivait la Missa Papae Marcelli, messe à six voix, composée en 1562, œuvre emblématique par l’importance donnée à l’intelligibilité du texte chanté, conformément aux principes de la Réforme catholique au XVIe siècle. Magie des mots amplifiés par la profondeur des harmonies entrelacées sous la haute voûte de l’église, le chœur , composé de seules voix d’hommes, recrée du mieux qu’il peut l’atmosphère d’une messe dans la chapelle pontificale au temps du pape Marcel II. Les voix sortent, claires et charnelles, humaines, dans une fluidité parfaite de chaque ligne. Les mots flottent sur le magma mouvant des flux musicaux, se répètent en écho à eux-mêmes, amplifiés par la hauteur de l’église. Rien d’angélique ici, mais une plénitude qui emporte l’assistance.

Deux siècles après sa mort, Palestrina inspirait encore les compositeurs. Et la dernière partie du concert était consacrée à une adaptation par Bach, par un luthérien, donc, de deux mouvement de la Missa « Sine nomine » de Palestrina, où l’ensemble de cornets et trombones de Nova Alta se joint à . Plus dense que celle de Palestrina, la musique de Bach en intègre la polyphonie, qui l’inspira dans sa Messe en Si, dont l’écriture est contemporaine de cette adaptation. Les voix montent en spirales, accompagnées des sons joyeux et brillant du cornet à bouquin, et celui nasillard des bombardes, vertige sonore, voix et vents mêlés, rondeur en spirale où tout est souffle.

Crédit photographique : © Odhecaton

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