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L’art performatif de Noé Soulier

Danse , Festivals, La Scène

Paris. Centre Georges Pompidou. 13-IX-2017. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. Performing Art / Noé Soulier. Création : Noé Soulier. Conseil curatorial : Marcella Lista. Lumières et scénographie : Victor Burel et Noé Soulier. Avec : Caroline Camus Caplain, Aurélie Gavelle, Théo Duporté, Simon Lepeut, Malak Maatoug, Todd Narbey, Vincent Robert, Heiner Scheel, Saber Lakhdari.

giulio_paolini_1421965Qui sont les premiers spectateurs d’une œuvre d’art ? Réponse avec Performing Art de , un ballet qui n’en est pas un, premier spectacle de danse de l’édition 2017 du Festival d’Automne à Paris, au Centre Georges Pompidou.

Comme une mise en abyme du travail muséal (« curatorial » dit-il), a souhaité dans Performing Art reconstituer le ballet des régisseurs, ces techniciens aux gants blancs et aux pantalons à poches qui fixent au mur des chefs d’œuvre que des milliers d’yeux vont voir et admirer. Non seulement ils les accrochent, mais ils les stockent, les manipulent et les transportent.

Dans ce projet chorégraphique, il ne s’agit pas seulement là de l’art de l’accrochage, de l’agencement d’œuvres dans l’espace orientant le regard du visiteur ou donnant du sens. Dans l’espace frontal de la scène, devant des spectateurs assis et immobiles, l’accumulation d’œuvres aussi disparates qu’un bouquet de branchages, un aspirateur Dyson sorti de sa caisse capitonnée, une table basse Rocher sur laquelle repose un jeu d’échecs de Man Ray, deux fauteuils et une lampe recréent un décor contemporain dominé par une épreuve d’Éric Poitevin. Cet improbable intérieur bourgeois est laissé quelques secondes à la contemplation du public, avant d’être démonté selon le même minutieux et exigeant protocole : les pièces d’échec rangées dans leur boîte, le tuyau de l’aspirateur enveloppé dans son papier à bulles.

Noé Soulier a raison, l’enjeu de ces mouvements et déplacements est chorégraphique, comme peuvent l’être les gestes de tous les artisans ou ouvriers spécialisés. Ce ne sont pas des gestes créateurs, mais des gestes attentionnés, reproduits en respectant les consignes de sécurité et la prévention des troubles musculo-squelettiques. Un « go », quelques mots sont parfois échangés pour ajuster la précision du geste. Souvent, ce sont les femmes qui contrôlent l’exactitude du positionnement de l’œuvre. Il manque cependant une dimension essentielle à l’accrochage, les mesures, puisque les emplacements des clous et des vis sont déjà marqués sur le mur blanc qui barre la scène dans toute sa longueur.

Le choix des œuvres donne du grain à moudre aux spectateurs, qui laissent éclater leur fou rire devant les mètres de rubans de vêtements qui surgissent d’une énorme caisse ou devant les formes insolites des œuvres de Nicholas Hlobo ou Loris Gréaud. Puisque le chorégraphe s’est efforcé dans son choix de représenter toutes les formes d’art contemporain, sculpture, installation, peinture, photo ou design, des vidéos plutôt absurdes complètent le tableau. C’est l’art de la chute…

Photos : © Guilio Paolini

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