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Laetitia Pujol tire sa révérence à l’Opéra de Paris

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Opéra Garnier. 23-IX-2017. Soirée d’adieux officiels à la scène de Laëtitia Pujol. Joyaux. Chorégraphie : George Balanchine. Émeraudes. Musique : Gabriel Fauré, Suites de Pelléas et Mélisande (1898) et de Shylock (1889). Avec Laetitia Pujol, Mathieu Ganio, Eleonora Abbagnato, Stéphane Bullion. Rubis. Musique : Igor Stravinsky, Capriccio pour piano et orchestre (1929). Avec Léonore Baulac, Paul Marque, Alice Renavand. Diamants. Musique : Tchaikovski, Symphonie n°3 en ré majeur (1875). Avec Amandine Albisson et Hugo Marchand. Sylvia (extrait), Pas de deux final, Acte II. Musique : Léo Delibes. Chorégraphie : John Neumeier. Avec Laëtitia Pujol et Manuel Legris. Défilé du Ballet. Musique : Hector Berlioz. Avec les Etoiles, les Premiers danseurs, le Corps de ballet et les élèves de l’Ecole de danse.

Pour ses adieux, a concocté un programme qui lui ressemble, à la charge émotionnelle forte. En choisissant de danser Émeraudes, puis le pas de deux de Sylvia, elle a rendu hommage à ses partenaires privilégiés, et , ainsi qu’au chorégraphe qui aura marqué sa carrière, .

Faire ses adieux à la scène de l’Opéra de Paris est un moment unique pour toute danseuse ou danseur étoile. Un horizon indépassable et redouté, où l’intéressé se retrouve seul sur scène, les regards braqués sur lui, les souvenirs que l’on imagine nombreux déferlant en vagues à la fois douces et douloureuses à l’heure où un morceau de vie bascule dans le passé.

Les adieux de resteront comme un moment spécial. Après le défilé du Ballet, tous les danseurs restent sur scène, entourant l’Étoile comme une grande famille qui fait corps lorsque l’un des leurs s’en va. Laetitia Pujol se retrouve seule au centre de ce cercle, sous le feux des regards et des objectifs, ovationnée par le public debout pendant plus de vingt minutes, sous une pluie d’étoiles. Elle paraît soudain frêle et menue, mal à l’aise comme une petite fille qui n’aime pas se retrouver au centre de l’attention. Alors, elle cherche du soutien auprès de ceux qu’elle aime. Elle choisit de mettre sous les feux de la rampe, l’un après l’autre, tous ceux qui ont compté. Ses partenaires, – dont elle retiendra en particulier les moments de complicité dans Roméo et Juliette de Noureev -, , son « petit père », mais aussi – qu’elle surnomme son « loup », en référence à leur partenariat dans le Loup de -, , , Jérémy Bélingard, , et bien d’autres. Ses amies , , , . Les figures tutélaires, , , , viennent la serrer dans leurs bras et elle les salue agenouillée, humblement.

Laëtitia Pujol aura dansé une dernière fois Émeraudes, première partie du tryptique des Joyaux de Balanchine, de manière habitée, avec cette fluidité et cette élégance qui la caractérisent. Elle laisse déborder son bonheur de virevolter avec Mathieu Ganio, ce partenaire et ami, avec qui elle dit partager la même sensibilité artistique.

Elle réapparaît sur scène à l’issue de Joyaux pour un ultime pas de deux avec Manuel Legris. Il s’agit d’un extrait du ballet Sylvia, de , chorégraphe qui tient une place à part dans le cœur de Laetitia Pujol. C’est lui qui lui a remis le Prix de Lausanne en 1992, qui, comme un sésame, a ouvert à la jeune Laetitia les portes de l’École de danse de l’Opéra de Paris. Au cours de sa carrière, elle se souvient avec émotion d’avoir participé à la création du Chant de la terre, et dansé dans ces ballets emblématiques que sont la Troisième Symphonie de Malher et La Dame aux Camélias. Le duo est plein de fougue, de complicité et d’élan de vie. En l’espace de dix minutes, Legris et Pujol parviennent à raconter l’histoire d’un amour de toute une vie. L’arrivée de Manuel Legris sur scène était attendue avec impatience par le public et les applaudissements crépitent des coulisses avant même l’ouverture du rideau.

adieux-laetitia-pujol_homeÀ l’issue du spectacle, au cours du traditionnel discours d’adieux, la voix de Laëtitia Pujol se brise lorsqu’elle évoque ses plus beaux rôles et les personnes qui ont tant compté dans sa vie d’artiste. Généreuse, elle n’oublie personne et cite chacun de ses partenaires, femmes et hommes, ainsi que les étoiles des générations précédentes qui ont éclairé sa route. Avec la classe d’une Étoile et d’une grande dame, elle rappelle que le corps de ballet de l’Opéra de Paris compte de nombreuses pépites d’or et que chacun est important. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, explique-t-elle en s’excusant de son émotion, mais de joie : « Je suis comblée. Vous resterez dans mon cœur. » conclut-elle, le sourire aux lèvres. Sans nul doute, elle restera également longtemps dans le cœur de son public.

Crédits photographiques : Photographie n°1 : Laëtitia Pujol et Manuel Legris dans le Pas de deux de Sylvia, John Neumeier, 2008 © Ursula Kaufmann; Photographie n°2 : © Julien Benhamou

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