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L’hommage de John Eliot Gardiner à Monteverdi se poursuit à Paris

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Philharmonie 1 (Grande salle). 16, 17 et 18-IX-2017. Claudio Monteverdi (1567-1643) : L’Orfeo, favola in musica en un prologue et cinq actes sur un livret d’Alessandro Striggio ; Il ritorno d’Ulisse in patria, dramma in musica en un prologue et trois actes sur un livret de Giacomo Badoaro ; L’incoronazione di Poppea, opéra en un prologue et trois actes sur un livret de Giovanni Francesco Busenello. Mise en espace : Sir John Eliot Gardiner et Elsa Rooke. Costumes : Isabella Gardiner et Patricia Hofstede. Lumières : Rick Fisher. Avec : Krystian Adam, Orfeo / Telemaco ; Hana Blažíková, La Musica / Euridice / Minerva / Fortuna / Poppea ; Lucile Richardot, Messaggiera / Penelope / Arnalta / Venere ; Francesca Boncompagni, Proserpina / Giunone / Damigella ; Gianluca Buratto, Caronte / Plutone / Tempo / Nettuno / Antinoo / Seneca ; Kangmin Justin Kim, Speranza / Nerone ; Furio Zanasi, Apollo / Ulisse / Soldato / Liberto ; Francisco Fernández-Rueda, Pastore / Eumete ; Gareth Treseder, Pastore / Spirito / Eco / Anfinomo / Famigliari ; John Taylor Ward, Pastore / Spirito / Giove / Mercurio / Littore ; Michał Czerniawski, Pastore / Pisandro / Nutrice ; Zachary Wilder, Spirito / Eurimaco / Lucano ; Anna Dennis, Ninfa / Melanto / Drusilla / Virtù / Pallade ; Robert Burt, Iro / Soldato ; Carlo Vistoli, L’Umana fragilità / Ottone ; Silvia Frigaro, Amore / Valletto ; Francesca Biliotti, Ericlea ; Marianna Pizzolato, Ottavia. Monteverdi Choir. English Baroque Soloists. Direction : sir John Eliot Gardiner.

0092Sir a choisi, pour fêter le 450e anniversaire de la disparition de , d’organiser une tournée mondiale des trois opéras dont les partitions sont arrivées quasi-complètes à notre époque : Orphée, Le Retour d’Ulysse dans sa patrie, Le Couronnement de Poppée. La tournée prenait fin lors de ce week-end Trilogie à la Philharmonie de Paris.

Bien sûr, avec le temps, les passions et les révélations musicologiques se sont atténuées, et nous sommes loin des discussions ferventes qui accompagnaient les redécouvertes des œuvres de l’inventeur de l’opéra dans les années 70. Mais Sir a fait partie des pionniers, et il en tire maintenant le meilleur, que ce soit au niveau des choix d’orchestration ou de ceux qui concernent les parties manquantes. La musique coule de source, d’une évidence rare ; tout au plus aurions-nous aimé parfois un peu plus de tension pendant les passages dramatiques.

Le chef a également supervisé, avec le concours d’Elsa Rooke, la mise en espace, toute d’intelligence et d’élégance. Des praticables disposés en rond autour de l’orchestre, ainsi que le jeu des lumières de Rick Fisher, délimitent l’action. Il n’y a aucun accessoire, les bras tendus de Pénélope, par exemple, suffisent à figurer l’arc d’Ulysse, en un jeu d’acteur fin et bien à propos. Les costumes sont seyants, renvoyant à des codes de couleur lisibles.

Gardiner a enfin réussi à constituer une équipe soudée et visiblement heureuse d’être là, dix-huit chanteurs pour une soixantaine de rôles, chacun passant allégrement d’un premier plan à un second rôle, voire se fondant dans le chœur, sans aucun problème d’ego. Seule la musique et la joie d’être présent semblent compter.

Chanteurs et chanteuses au sommet

Parmi ces chanteurs, on retiendra en particulier les sensibles Orphée et Télémaque de , parfaitement juste en jeune homme fragile. est un magnifique Ulysse, au timbre haut et clair, à la fois vaillant et tendre. est une basse spectaculaire, aux graves profonds, et à la présence scénique intense. campe un Eumete curieusement jeune et plein d’allant, sa voix se fond également de façon idéale avec celle de , dans un fort joli duo de bergers. est un amusant Iro, qui se garde bien d’en faire trop dans le registre divertissant.

Du côté féminin, on est bluffé par la prestation de , messagère et Pénélope intenses d’émotion contenue, et totalement inattendue en Arnalta, rôle comique généralement dévolu à un homme travesti, où elle est méconnaissable. est une Ottavia de luxe, tandis qu’ fait montre d’un timbre plus corsé que d’ordinaire en Melanto et Drusilla.

Tous les autres seraient également à citer, ne serait-ce que par leur enthousiasme et leur capacité à se fondre dans la troupe, On avouera néanmoins être moins convaincue par le Néron brutal de et la Poppée sans relief d’Hana Blažíková. Portés cependant par la ferveur ambiante, leur duo Pur ti miro, pur ti godo est particulièrement émouvant, et clôt en beauté ces trois soirées fort agréables.

Crédits photographiques : Sir John Eliot Gardiner © Sim Canetty-Clarke

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