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Les Joyaux de Balanchine scintillent au Palais Garnier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Palais Garnier. 22-IX-2017. Ballet de l’Opéra national de Paris : Joyaux. Chorégraphie : George Balanchine. Musique : Gabriel Fauré (Emeraudes), Igor Stravinksy (Rubis), Piotr Ilitch Tchaikovski (Diamants). Décors et costumes : Christian Lacroix. Lumières : Jennifer Tipton. Orchestre Pasdeloup, direction : Vello Pähn. Avec les Étoiles, les Premiers danseurs, le Corps de ballet du Ballet de l’Opéra national de Paris.

Le triptyque Joyaux de revient dans la production signée , pour un feu d’artifice étincelant du Ballet de l’Opéra de Paris.

Ce n’est qu’en 2000 que la trilogie des Joyaux de Balanchine a fait son entrée au grand complet au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. L’origine de ces pièces remonte pourtant à 1967, période à laquelle en se promenant devant les bijoutiers de la 5e avenue à New York, Balanchine eut envie de faire de ces joyaux un ballet, rendant hommage aux écoles de ballet française, américaine et russe. Pour son entrée au répertoire parisien, l’institution la rebaptisa Joyaux et confia décors et costumes à . Dans ses toiles peintes monochromes, le couturier se fait plasticien contemporain, tandis qu’il respecte la tradition brillante des strass et pierreries dans les justaucorps et tutus des danseurs.

Dans Emeraudes, le premier opus aux reflets verts de la trilogie, les danseurs sont d’une précision et d’une musicalité parfaite, portés par les mélodies caressantes de Fauré. Emeraudes avait été créé presque « sur mesure » par Balanchine pour les danseurs parisiens. C’est cette excellence à la française qui a conduit la compagnie à être invitée au printemps dernier à New York à l’occasion du cinquantenaire du ballet créé en 1967. À la fois balanchinienne et faurétienne, (qui allait célébrer ses adieux le lendemain sur cette même scène) est d’une musicalité exceptionnelle. Plus moderne et plus romantique à la fois, est impressionnante. Le trio de garçons, formé de , et Arthur Raveau, de même que et , demi-solistes, rendent justice et grâce au style et à l’élégance si particulière de l’école française.

Un lever de rideau plus tard, ouvre le bal de Rubis avec des grands battements à s’en décrocher la hanche. Elle éclipserait presque le couple formé par et Paul Marqué. Avec du chien et de l’audace, les deux ballerines et l’ensemble des danseurs qui les accompagnent font vibrer le style syncopé du chorégraphe new-yorkais qui prévaut dans cette deuxième partie du triptyque.

Mais le plus brillant des trois reste sans contexte Diamants, un sans faute… Quel contraste entre le swing de Rubis et la majesté et l’ampleur des grands ports de bras à la russe de Diamants ! C’est sur des pages de Tchaïkovski, son compositeur fétiche, que Balanchine a choisi de chorégraphier le princier et étincelant final de Joyaux. Altier, est le partenaire de choix pour une sereine et hiératique dans ce long pas de deux central. Tout semble leur paraître si facile et si léger ! Belle surprise également avec le quatuor de filles formé par , , Laure-Adelaïde Boucaud et Roxane Stojanov. L’inventivité chorégraphique de Balanchine ne se relâche pas dans la marche finale, éblouissant festival de talents éclos ou à éclore.

Crédits photographiques : © Julien Benhamou / Opéra national de Paris

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  • Antoine C

    Je partage résolument ce qui a été écrit sur les chorégraphies. Mais je note qu’une fois n’est pas coutume : les chroniques ou critiques de ballet font une impasse totale sur l’orchestre qui est pourtant un élément fondamental du spectacle. A ce titre, je ne peux (encore) que déplorer la conduite de Vello Pahn qui a manqué plusieurs fois de faire sombrer ce très beau spectacle. Sa direction, sans aucune tension (il suffit de voir sa battue molle et répétitive) peine à restituer les atmosphères et les couleurs d’Emeraudes, est d’un prosaïsme assez triste dans Rubis et d’une lourdeur étouffante dans Diamants. Ce chef pourtant réputé ne parvient pas à maintenir un semblant de cohésion dans un néanmoins excellent orchestre de l’opéra, cette carence s’illustrant parfaitement dans Diamants : à cause de tempi lourds, il n’est pas parvenu à entrainer les musiciens dans l’apothéose finale, s’attachant aux cordes (sans besoin apparent) et délaissant des cuivres perdus et sonnant seuls comme une fanfare de kermesse. Cette conduite délétère a d’ailleurs abouti à endormir totalement une salle remplie de jeunes à la fin d’Emeraudes, lorsque Maxime Pascal transcendait danseurs et orchestre il y a quelques années par son ardeur juvénile. Il serait donc temps pour l’Opéra de Paris de renouveler ses chefs de ballet. Je ne peux que me réjouir de la présence prochaine d’Esa-Pekka Salonen, notamment pour le Sacre du printemps que M. Pahn avait massacré il y a quelques temps lors des soirées en hommage à Pierre Boulez. Ne gâchons plus la prestation de danseurs éblouissants!

    • Ferdinand le noir

      Qui êtes vous pour pouvoir juger de la qualité d’un chef d’orchestre ? Bizarrement vous ne parlez pas de l’orchestre mis à sa disposition, qui n’est pas celui de l’opéra pour cette série… Esa Pekka Salonen ne ferait pas mieux avec cet orchestre que la direction de l’opéra a osé confié à Vello PAHN, tout simplement car il n’aurait jamais accepté de le diriger…!! Et comment pouvez vous comparer les pièces de Faure constituant Émeraudes avec le Sacre ? Vous êtes en train de comparer une course entre Kimi Räikkönen au volant d’une Lada et et vous même au volant d’une Ferrari… je suis prêt à parier sur le palmarès.

      • Antoine C

        Je me suis en effet trompé sur l’orchestre qui était à disposition, ce qui est, il me semble, un faux problème. Malheureusement, je ne me suis pas trompé sur ce chef donc les qualités font défaut pour différents orchestres, comme celui de l’Opéra que j’ai entendu sous sa direction dans le Lac des cygnes et le Sacre. Il semble que vous ayez mal lu ce que j’a écrit puisque je n’ai absolument pas comparé Fauré et Stravinsky (je les ai plutôt distingués)… J’ai seulement acquis la certitude que M. Pahn dirige ces 2 compositeurs de la même manière molle et disparate qui enlise à chaque fois le discours.

        Quant à votre critique sur l’orchestre, que vous attaquez gratuitement, un grand orchestre ne fait pas toujours un triomphe : il n’y a qu’à voir les réactions à la sortie de la Damnation de Faust par Jordan et l’orchestre de l’Opéra il n’y a pas si longtemps. A l’inverse, un orchestre qui n’est pas forcément connu peut faire des miracles (par exemple celui des Pays-de-la-Loire sous la direction de M. Rophé). D’ailleurs, si je ne sais pas conduire, il me semble que la Lada ira bien plus loin que ma Ferrari… Il y a donc fort à parier qu’un orchestre médiocre sous la direction de M. Salonen ferait bien plus de choses que le Philharmonique de Vienne sous celle de M. Pahn. Lorsqu’il y a une erreur de pilotage, ce ne sont pas les mécaniciens qu’il faut blâmer mais le conducteur…

        • Ferdinand le noir

          Non, non, croyez moi, l’orchestre est loin d’être un faux problème ! Il est en revanche une solution LOW COST, inadmissible à l’opéra de Paris ! On joue ici dans la cour des grands, sur le circuit du Mans où la Lada n’aura aucune chance ! A moins que la ferrari ne roule sur un clou… Je sous entendais une comparaison entre des pièces de Fauré très belles, certes, mais terriblement difficiles à valoriser face à l’énergie démentielle que dégage le sacre ! La direction de V Pahn est simple, oui, mais efficace ! Et la majorité de l’orchestre de l’opéra partage cette opinion ! Absolument pas convaincu que Maxime Pascal, que j’apprécie beaucoup du reste, n’arrive à « sortir davantage de choses » dans des conditions égales…mais bon, je n’irai pas plus loin dans ce genre de comparaison…De plus à la décharge de l’orchestre P. pour ces soirées, celui ci n’a jamais joué dans la fosse de garnier, n’a jamais été dirigé par un chef pour un ballet. Les musiciens ne sont pas libres d’interpréter comme dans le repertoire symphonique ou l’opéra. Le métier de chef d’orchestre de ballet n’a pas grand chose à voir avec celui que l’on croit connaitre. Je me souviens de Gergiev à Bastille dans un Romeo et Juliette de Berlioz plus que médiocre, et pourtant la chorégraphie contemporaine de sasha Waltz n’était pas aussi contraignante que des Noureev ou autres Gisele… Les tempi imposés par les répétiteurs des ballets de Joyaux au chef d’orchestre (eh oui, c’est dans ce sens que ça se passe !) sont inconfortables au possible, pour lui et pour les musiciens.
          Bref … rendez vous au Sacre de Salonen 😉 et au plaisir d’echanger avec vous !

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