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Le Festival de Besançon a 70 ans

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital, Musique symphonique

Besançon. Salle du Parlement. 10-IX-20147. Franz Schubert (1797-1828) : Impromptus D899 op. 90. Frédéric Chopin (1810-1849) : Grande valse brillante op.18 ; Valse op.34 ; Trois valses op.64 ; Valse op.posthume ; Andante spianato et Grande Polonaise brillante op.22. Vlad Dimulescu, piano.

Beasançon. Théâtre Ledoux. 14-IX-2017. Guillaume Connesson (né en 1970) : Celephaïs . Frédéric Chopin (1810-1849) : Concerto pour piano n°2. César Franck (1822-1890) : Symphonie en ré mineur. Avec : Philippe Cassard, piano ; Orchestre national de Lyon, direction : Leonard Slatkin.

Besançon. Théâtre Ledoux. 16-IX-2017. Finale du 55ème concours de jeunes chefs. Philippe Hersant (né en 1948) : Le jardin étoilé. Claude Debussy (1862-1918) : Nuages et Fêtes. Johann Strauss (1825-1899). Orchestre national de Lyon, direction : Ivan Demidov, Jordan Gudefin, Ben Glassberg.

Besançon. Kursaal. 17-IX-2017. Musiques vocale et instrumentales de tradition orale issues des pays d’origine des musiciens. Orpheus XXI : Bashar Aldghlawi, percussions, Waed Bouhassoun, oud et chant, Anastassia Louniova, cymbalum et chant ; Azmari Nirjhar, chant ; Walid Rafiq, tabla, harmonium ; Maemon Rahal, qanûn ; Moslem Rahal, ney ; Rusan Filiztek, chant.

Besançon. Auditorium Jacques Kreisler. 19-IX-2017. Philippe Hersant (né en 1948) : Landschaft mit Argonauten, pour chœur à 12 voix, récitant, alto solo. Avec : Françoise Rebaud, alto ; Paul-Alexandre Dubois, récitant ; Chœur Contre z’ut. (chef de chœur : Alain Lyet) , Trombonistes de l’Orchestre Dijon-Bourgogne et de l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté, direction : Alain Lyet.

Besançon. Kursaal. 20-IX-2017. Deux mezzos sinon rien : Mélodies de Rossini, Delibes, Massenet, Fauré, Gounod, Saint-Saëns, et extraits d’opéras de Haendel, Rossini, Mozart, Tchaïkovski, Berlioz, Massenet. Vocalise de Rachmaninov. Avec : Karine Deshayes, Delphine Haidan, mezzo-sopranos ; Johan Farjot, piano.

Besançon. Kursaal. 22-IX-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Concertos brandebourgeois BWV 1046 à 1051. Ensemble Le Caravansérail, direction ; Bertrand Cuiller.

Ben Glassberg (c) Petit_1 (2) terLe deuxième plus ancien festival français (1948, un an après Aix) fait preuve d’une belle vitalité en agrémentant ses fondamentaux (la musique symphonique, symbolisée par la haute tension de son Concours international de jeunes chefs d’Orchestre) d’une quantité de manifestations populaires qui lui permettent de s’affranchir de tout élitisme. Coup de projecteur sur sept instants choisis.

Solidement campé sur le trésor de sa mémoire – le rédacteur de ces lignes en est lui-même un ancien bénévole –, le Festival de Musique de Besançon Franche-Comté s’ouvre en fanfare sur le succès à répétition de son populaire concert en plein air, au pied de la Citadelle Vauban (rappelons que le coup d’envoi du Festival, jusqu’à l’aube des années 80, était donné par une cérémonie d’une pompe toute militaire !), et sur la désormais traditionnelle Harmonie nautique (promenade musicale autour de la ville sur une création originale de Christian Girardot, qui fut compositeur pour les spectacles de ). Le Festival propose Les Soirées Lipatti, une série de trois brefs concerts au cours desquels trois pianistes roumains se partagent le programme de l’ultime récital donné en 1950 par le plus célèbre de leur congénère dans l’intimité de cette même salle du Parlement moins de trois mois avant sa mort. Avouons cependant que l’émotion engendrée par cette belle idée se voit quelque peu canalisée par le jeu volontariste et même parfois carrément laborieux de dans des Impromptus de Schubert au forceps ou des Valses de Chopin bien scolaires, un jeu étranger à la délicatesse des 33 ans de l’ineffable Dinu.

Cassard Slatkin(c) Petit_3 bisC’est à une hauteur heureusement tout autre que nous propulse quelques jours après dans un Second Concerto de Chopin que l’on a le sentiment d’avoir jusque là souvent écouté d’une oreille. Le jeu puissant de Cassard, mais d’une rondeur toujours chantante, fait des merveilles dans le mouvement lent. Sa Valse du petit chien, véritable leçon donnée en bis, entre retenue et accélération, aura des souplesses de grand fauve prêt à bondir. L’ est à la hauteur de ce climax d’une soirée introduite par le bref autant que percutant Celephaïs de Guillaume Connesson, tout frais créé en début d’année. Les Bisontins connaissent à présent bien Connesson, qu’ils ont adopté dès le début de sa résidence (2013 à 2015) dans la vieille ville espagnole. Connesson fait partie de ces compositeurs contemporains qui ont une mémoire et savent la transmettre au public. Sa musique est savamment orchestrée et d’une immédiate séduction. Le concert se conclut par la wagnérienne (bien davantage que la Symphonie en ut du grand Richard) Symphonie en ré de Franck. Le premier mouvement et son effet maximal, élaboré à partir d’un matériau thématique minimal, et le deuxième avec une harpe très bien dosée, sont parfaitement rendus par la direction de Slatkin à qui échappe toutefois la transparence nécessaire au finale. Un très beau bis (Irish tune from County derry Londonderry Air de ) achève de mettre en avant la cohésion déjà remarquée des cordes d’une phalange en grande forme.

(déjà surnommé « Big Ben ») rafle les trois prix (public, orchestre, jury) à l’issue d’une des finales du Concours de jeunes chefs d’orchestre figurant parmi les plus excitantes de l’histoire du festival. Le jeune anglais de 23 ans, déjà entre Glyndebourne et le Theater an der Wien, vite approché par plusieurs agents, est de toute évidence à l’orée d’une belle carrière. « C’est le plus beau jour de ma vie ! », déclare-t-il à Besançon, succédant à Seiji Ozawa, Michel Plasson…

, l’ensemble composé de musiciens réfugiés fondé par , donne le lendemain un concert né de plusieurs mois de répétitions à la Saline Royale d’Arc-et-Senans, où le chef catalan est en résidence depuis 2016. Les huit musiciens de la cosmopolite formation (Biélorussie, Syrie, Afghanistan, Bangladesh…) chauffent peu à peu le Kursaal au moyen d’un instrumentarium fascinant (oud, cymbalum, qanûn, ney…) et de pièces enchanteresses très différenciées dont s’échappent parfois de prenantes performances vocales (Waed Bouhassoun, Anastassia Lounovia). Ces artistes réussissent en musique ce qui peine à s’échafauder dans la politique des hommes.

Argonautes (c)Y Petit (2) bisActuel compositeur en résidence, a composé, pour la finale du Concours, Le jardin étoilé, mais reprend quelques jours après Landschaft mit Argonauten, conçu à Avignon en 1991 comme musique de scène d’un texte de . Les deux pièces sont aussi dissemblables que possible : le jardin extraordinaire pour le grand orchestre de la finale, tout de sortilège sonore, fait le grand écart avec une pièce d’une veine plus barbare (sujet oblige : Müller y dénonçait le thème de la colonisation), confiée à l’accompagnement, le plus souvent rageur, de deux quatuors de trombones. L’excellent Chœur Contre z’ut, dirigé avec l’imparable précision qui s’impose par , l’alto profond de , le lien glaçant du récitant , éructent la sombre poésie incantatoire de Müller. Regrettons toutefois qu’un travail pédagogique en amont, ou ne serait-ce qu’un simple feuillet de l’intégralité du texte, ne soient pas venus compléter la courte introduction en chair et en os du compositeur, pour une pièce qui est à son corpus ce que Le Sacre du Printemps est à L’Oiseau de feu, Hersant lui-même déclarant en off qu’il ne composerait plus ainsi.

2mezzos (c)Y Petit bisSi, au Festival de Besançon, les concerts symphoniques affichent complet, il n’en a jamais été de même pour les récitals de chant. Galina Vichnevskaïa (avec Rostropovitch !) peinait à emplir le Théâtre Ledoux. Schwarzkopf et Janowitz eurent droit à l’intimisme du Parlement… , malgré la réputation qu’on lui connaît, est victime elle aussi de la malédiction dans un Kursaal trop vaste pour le récital Deux mezzos sinon rien qu’elle a concocté avec la complicité de . Concluant une année où la chanteuse aura été beaucoup entendue, le récital, épaulé par le piano subtil de , s’articule en deux parties. La première, Mélodies, de loin la plus exigeante (Rossini, Delibes, Fauré, Gounod, Saint-Saëns), souffre de l’absence des textes dans le programme autant que de la spectaculaire acoustique de l’endroit : le cotonneux des mots confine à l’abscons, les deux artistes semblent chanter pour elles. Dans la seconde partie, Opéra, pour peu peu que l’on parvienne à s’affranchir de l’artifice de l’exercice (un récital n’est finalement qu’une succession de bribes d’histoires sans cesse interrompues), et une fois que l’on s’est agacé de ce que le sublime duo nocturne Hero/Ursule de Berlioz (pourtant annoncé depuis « Vous soupirez, madame ») soit amputé de plus d’une moitié, on se laisse transporter par deux Mozart sublimes, où le mezzo-soprano de lui permet l’aigu léger de Suzanne, ainsi que celui plus impérieux de Vitellia, faisant du dialogue avec l’alto abyssal de un échange que l’on baptiserait plutôt Une soprane et une alto sinon rien.

Juste avant le clin d’œil malicieux d’une clôture qui invite Les Dissonances de David Grimal (un orchestre sans chef : un comble pour un festival qui les déniche !), l’Ensemble , conduit du clavecin par Daniel Cuiller offre l’expérience rarissime d’une intégrale des six Brandebourgeois. C’est toujours un moment palpitant que la prise de risques d’un ensemble baroque, une sorte de radeau de la méduse à bord duquel embarquent un traverso confidentiel, un violon solo au bât maximum, une trompette baroque rebelle. Commencé sotto voce avec l’intimisme (un par voix) du Cinquième, la soirée monte en puissance jusqu’à l’achèvement unanimiste d’un Troisième à treize, repris en bis à dix-huit. Loin de la furia d’un Goebel mais d’une grande musicalité, l’ensemble de Cuiller semble rappeler ce soir le long combat des baroqueux pour parvenir au son majeur de notre temps. Rappelons qu’au début des années 80, Besançon, qui très tôt avait ouvert une oreille en direction de la musique contemporaine, en ouvrait une autre en invitant alors un certain William Christie. Parfois accusé d’un certain manque d’identité, le Festival de Besançon révèle au contraire une attention perspicace à tous les courants qui traversent temps et espace.

Crédits photographiques : © Yves Petit

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