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Les splendeurs de l’orgue baroque nord-allemand selon Kei Koito

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Franz Tunder (1614-1667) : Praeludium in g. Dietrich Buxtehude (1637-1707) : Nun komm, der Heiden Heiland ; Nun lob mein Seel den Herren BuxWV 212 ; Preambulum in a BuxWV 153 ; Wär Gott nicht mit uns diese Zeit BuxWV 282. Michael Praetorius (1637-1707) : Nun komm der Heiden Heiland ; Christe der du bist Tag und Licht. Jakob Praetotius (1586-1651) : Christum wir sollen loben schon ; Vater unser in Himmelreich. Joachim Decker (1575-1611) : Christum wir sollen loben schon ; Vater unser in Himmelreich. Johann Stadlmayr (1575-1648) : O lux beata trinitas, Alleluia laudem dicite Deo nostro. Heinrich Scheidemann (1596-1663) : Fantasia in G WV 74 ; Alleluia laudem dicite Deo nostro ; Fantasia in D WV 83 ; Preambulum in d WV 33. Hieronymus Praetorius (1560-1629) : O lux beata trinitas ; Christe qui es et dies. Hans Leo Hassler (1564-1612) : Alleluia laudem dicite Deo nostro ; Amen. Gregorian : Magnificat anima mea. Mathias Weckman (1616-1674) : Et misericordia. Anonymus (17° siècle) Allein Gott in der höh sei Ehr. Nicolaus Decius (1485-1546) : Allein Gott in der höh sei Ehr. Georg Böhm (1661-1733) : Vater unser in Himmelreich (2 versets). Claude Goudimel (1514-1572) : J’ayme mon Dieu. Johann Praetorius (1595-1660) : Ich lieb den Herren (Ps 116). Il canto di Orfeo : Direction Gianluca Capuano. Kei Koïto à l’orgue historique Hans Scherer (1624) de l’église Saint Stéphane de Tangermünde (Allemagne) Restauration Alexander Schuke , Postdam (1994). 1CD Deutsche Harmonia Mundi Sony Music. Enregistré en octobre 2016 (orgue) et janvier 2017 (choeur). Livret français anglais allemand. Durée totale : 73’14.

 

Les Clefs Resmusica

splendour koitoChaque nouveau disque de est de l’ordre de l’évènement tant par l’originalité du programme que par l’interprétation savante des textes musicaux, ici sur un instrument nord-allemand miraculeusement préservé des vicissitudes du temps. Un chœur d’une rare finesse ponctue et replace ces musiques dans leur contexte et leur destination première. Le jeu de dansant et aéré rend ces vieilles polyphonies parfois austères plus vivantes, capables de nous toucher naturellement à plusieurs siècles de distance.

Le présent album s’intitule Splendour. Il s’agit bien de cela : la splendeur de l’orgue pré-baroque allemand, celui qui a précédé l’époque magnifiée par le facteur d’orgue Arp Schnitger. A Tangermünde, dans la région de Berlin, un orgue de grande taille, 16 pieds en montre avec positif de dos fut construit en 1624 par Hans Scherer. Par chance, cet instrument a traversé les siècles sans que rien de fondamental en lui ne soit changé, même les grands tuyaux de façade, qui furent souvent réquisitionnés pour effet de guerre sont encore en place depuis l’origine. De plus, une restauration réussie en 1994 a confirmé l’immense valeur de ce témoin unique du passé.

Autre splendeur d’importance : la pléiade d’artistes compositeurs qui déferlent dans le monde musical de l’orgue au tournant du XVIIe siècle. C’est une époque bénie où en Allemagne mais aussi dans toute l’Europe, les plus beaux recueils vont être constitués, ouvrant par la même une ère nouvelle de la création musicale. a construit un programme mettant en valeur des pièces d’orgue replacées dans leur contexte spirituel grâce à la présence d’un petit chœur que dirige . Les chorals sont ainsi introduits par leurs mélodies chantées, parfois en polyphonie. Un dialogue s’installe en alternance et en harmonie avec les timbres de l’orgue. Kei Koito prend à bras le corps l’instrument grâce à un subtil toucher qui gère à la fois la réactivité de l’air et la mécanique ancienne qui présente parfois quelques inégalités de toucher que l’auditeur ne soupçonne pas. La réussite d’un tel défi est de rendre lisible, accessible et heureuse cette musique pour nos oreilles contemporaines.

Ensuite, il est passionnant de déceler les personnalités des divers compositeurs, parfois bien distantes et d’en appréhender les influences. Cette musique, sortie tout droit de la Renaissance et portée par un orgue antique proche des vieux instruments flamands eux-mêmes inspirés par l’Italie et l’Espagne, nous rappelle le sud et ses savants bavardages, cette rhétorique omniprésente retrouvée intacte chez Weckman, Jakob Praetorius ou Scheidemann. Kei Koito la souligne à diverses reprises dont le choral du Notre Père de J.Praetorius… Quelle belle et instinctive agogique ! On entend combien une Europe de l’orgue et de ses compositeurs existe depuis la Renaissance, avec une influence fondamentale de l’Italie.

Deux figures majeures s’affrontent dans ce disque : et . Le premier assez inclassable dans son génie incantatoire, l’autre plus normalisé dans un discours concertant, ce dont Bach s’inspirera au plus haut point. La danse sacrée du Vater unser orné en est une démonstration parfaite avec ses italianismes que souligne l’interprète par un jeu enjoué et une ornementation débordante. Les splendeurs de ce disque sont bien là une nouvelle fois, car l’approche est nouvelle et révélatrice d’un monde que l’on croyait connaitre, déjà…

La prise de son est remarquablement équilibrée pour l’orgue et pour le chœur, en une belle équipe à l’écoute de l’acoustique et de ses effets sur le discours musical. Dans ce vaste firmament, Kei Koito et ses amis ont su décrocher pour nous quelques étoiles scintillantes et vibrantes de sensibilité. A l’écoute de ce monde là, tout est prêt pour accueillir Johann Sebastian Bach, celui qui synthétise ce passé glorieux et prépare l’avenir. D’autres disques de Kei Koito l’on déjà montré.

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