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Nemanja Radulović en pleine forme au Théâtre des Champs-Élysées

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 26-IX-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Partita n°2 pour violon seul, BWV 1004 – Chaconne. Sergeï Prokofiev (1891-1953) : Sonate pour violon n°2 en ré majeur, op. 94. César Franck (1822-1890) : Sonate pour violon et piano en la majeur, FWV 8. Maurice Ravel (1875-1937) : Tzigane. Nemanja Radulović, violon ; Laure Favre-Kahn, piano.

radulovicDevant un public conquis d’avance, ose au Théâtre des Champs-Élysées un long programme de récital débuté par une Partita de Bach et achevé par l’une de ses œuvres favorites, Tzigane de Ravel, dans lequel il joue à loisir avec la partition. L’accompagnement au piano de intéresse moins, surtout dans la Sonate de .

entre seul en scène sur le plateau de l’Avenue Montaigne, et si le style vestimentaire et la coiffure montrent chaque année un peu plus d’exubérance, le jeu du violoniste n’est en rien concerné, comme l’a encore prouvé son très récent et magnifique enregistrement du Concerto de Tchaïkovski pour Deutsche Grammophon. Toujours aussi fin dans le doigté de la main gauche, il aborde avec élégance le premier accord pointé de la Chaconne de la Deuxième Partita de Bach. Certains pourront ne pas apprécier le manque de délié, ou la technique très spécifique d’appui de l’archet sur les cordes : le pauvre objet perd au moins un à deux crins par œuvre, et plus d’une dizaine lors du seul Tzigane de Ravel en fin de concert.

D’une retenue rare, la Chaconne, jouée sans les quatre autres mouvements de la Partita BWV 1004, est le plus beau moment de la soirée, et fait regretter que Radulović n’ait pas plus longtemps joué seul. Dans la Sonate n° 2 en ré majeur pour violon et piano de Prokofiev proposée ensuite, l’artiste, qui s’est réaccordé sur un diapason moderne, présente moins d’affinité avec la partition ; il manque à la fois d’accroche et de mordant, même si plusieurs passages sont magnifiquement traités, comme la réexposition du premier thème en fin du Moderato. Mais surtout, l’accompagnement complice de ne présente guère de subtilité, et si les deux artistes jouent toujours globalement ensemble, la pianiste semble appuyer sur les touches sans grand souci de nuance ou de musicalité. L’Andante et la seconde partie du Scherzo de la sonate intéressent toutefois aussi, surtout dans la coda où Radulović se libère… et libère un public qui juge tout au long du concert que l’on doit applaudir à tout rompre à chaque fois qu’une partie rapide se termine…

Au retour d’entracte, le jeu du violoniste s’accorde intelligemment avec la Sonate en la majeur de , mais cette fois l’absence de discours au piano dérange vraiment, et bloque l’avancée de l’œuvre, surtout dans l’intimité du Recitativo-Fantasia. On attend donc avec impatience le Tzigane de Ravel dans sa version initiale, pour violon et piano : après un développement de plusieurs minutes par le violon solo, une cadence dans laquelle Radulović s’amuse avec les piani sur la corde la plus aiguë, le rythme s’accélère et le violon est rejoint par un piano pour l’occasion obligé de s’adapter a ses variations de rythme inopinées. Trois bis terminent le concert, à commencer par une langoureuse Chanson que ma mère m’apprenait de Dvořák, et pour finir en disant au public qu’il est l’heure de dormir – et que les doigts commencent à fatiguer –, une splendide Méditation de Thaïs, de Massenet.

Crédits photographiques : Nemanja Radulović © Charlotte Abramow/DG

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