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Au Louvre, le théâtre de Marais par L’Achéron

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium du Musée du Louvre. 28-IX-2017. Marin Marais (1656-1728) : Pièces extraites des cinq Livres de pièces de viole. Ensemble L’Achéron, François Joubert-Caillet : viole de gambe et direction.

acheron_joubert_cailletPour illustrer l’exposition Théâtre du pouvoir au Louvre, les Pièces de viole de Marais, que le compositeur jouait en personne devant Louis XIV, s’imposent.

Auteurs d’un début d’intégrale de ces pièces, avec l’enregistrement du Premier livre sorti cette année, et L’Achéron ont choisi de ne pas s’en tenir à ce début de corpus, et ils présentent un florilège de pièces choisies parmi les six cents que contiennent les cinq livres. Peu de surprises attendent l’auditeur, puisqu’on retrouve nombre de pièces familières multi-enregistrées comme La Rêveuse, La Badine, le Grand Ballet, ou la Chaconne en sol majeur du Livre V, et même le fameux Badinage qui ne peut s’empêcher de faire son apparition en bis. La continuité de la suite à la française est perdue, mais on y gagne en variété et en liberté.

Soutenu par un continuo fourni avec clavecin (), viole (, qui remplace Andreas Linos) et théorbe ou guitare (Miguel Henry), François Joubert-Caillet développe un jeu d’une grande finesse, qui, comme au disque, insiste davantage sur les affinités de Marais avec l’art lyrique que sur l’héritage de la musique de danse. Cela mène à des partis-pris en matière d’articulation, mais surtout de tempi et de phrasé. Ainsi, le temps s’étire dans La Rêveuse (accompagnée seulement au théorbe) ou dans les Voix humaines, à tel point que les musiciens semblent presque s’éloigner. Dans la plus rare Sarabande en ré mineur extraite du Livre I, la seule pièce à deux violes choisie ce soir, et François Joubert-Caillet donnent même l’impression de se heurter aux limites sonores de leur instrument. C’est que l’espace probablement trop vaste de l’auditorium ne rend pas justice à cette interprétation, qui doit bien mieux rendre au disque. Car jamais les instrumentistes ne sacrifient l’expressivité et la tension dramatique, y compris par exemple dans les délicates dentelles du Prélude en harpègement qui ouvre le concert. À leur tour, les effets de crescendo du Grand ballet et les changements de rythme pour certaines variations des exubérantes Folies d’Espagne, apportent du crédit à cette vision.

L’intelligence, la sensibilité et la musicalité des musiciens de L’Achéron rendent justice à la profondeur et à l’imagination sans borne de Marais. Même si l’espace n’est pas idéal pour en savourer au mieux le résultat, ce concert augure fort bien de la suite de l’intégrale.

Crédits photographiques : L’Achéron © Maïlis Snoeck

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