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Skip Sempé porte haut les couleurs des consorts anglais

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble, Musique de chambre et récital

Paris. Temple de Pentemont. 28-IX-2017. William Byrd (1540-1623) : Emendemus in melius ; Christe qui lux ; Pavan & galliard à 6 ; The leaves be green ; La verginella ; Elisabethan Keyboard Consorts I & II ; Gradualia I in festo omnium Sanctorum : Gaudeamus omnes ; Timete Dominum ; Iustorum animae ; Beati mundo corde ; The queen’s alman ; Fantazia à 4 ; Fantazia à 6 ; Praeludium & ground ; Ye sacred muses. Luca Marenzio (1553-1599) : Shall I live so farre distant ; I will goe dye for pure love. Anthony Holborne (1545-1602) : As it fell on a holie eve. Christopher Tye (1505-1572) : In nomine crye. Orlando Gibbons (1583-1625) : Fantazia à 6. Richard Dering (1580-1630) : The cries of London. La compagnia del madrigale et Capriccio stravagante, direction : Skip Sempé.

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Dans l’ambiance boisée du Temple protestant de Pentemont, autrefois chapelle de l’abbaye de Penthemont jusqu’à la Révolution, le Festival Terpsichore poursuit sa saison 2017 avec un concert consacré à et ses consorts privés et publics. Une très belle manière de se plonger dans cet univers musical si particulier de la renaissance anglaise, du plus mélancolique au plus festif, grâce aux souplesses et aux charmes de la direction d’ensemble de .

Le programme très fourni de cette soirée a mis en lumière toute l’opulence de la musique anglaise à l’orée du XVIIe siècle. Une musique de contrastes, à géométrie variable où chaque groupe de musiciens intervient au gré des propositions et des arrangements. Le terme « consort » désigne un ensemble de même famille instrumentale, soit homogène ou réuni à d’autres groupes. La formule proposée lors de ce concert faisait intervenir trois consorts : flûtes à bec, violes, instruments à claviers (clavecin, orgue positif et virginal) auxquels venait se mêler avec délicatesse le groupe vocal italien composé de six voix, en un « consort song » complémentaire aux autres musiciens. L’existence même de ces consorts et de leur composition est caractéristique de la fin de la Renaissance et se perpétuera encore plus d’un siècle dans la grande période du baroque.

, au centre de ce concert, vécut en pleine Angleterre protestante, lui qui était catholique, aussi sa musique fut-elle souvent exécutée clandestinement, en des lieux privés. Il composa abondamment pour les voix et divers consorts, ce que le programme proposait largement. Dans l’acoustique à la fois généreuse et précise du lieu, les voix projettent en profondeur leurs polyphonies, hymnes et chansons. Chaque consort se fait entendre avec une confondante homogénéité et la bande des claviers fait rage dans deux séries de pièces élisabéthaines avec le trio constitué par , et Emmanuel Frakenberg. Le son est plein, les rythmes puissants et les mélodies joyeuses. D’autres compositeurs s’invitent aux côtés du maître Byrd, y compris l’Italien que le groupe vocal nous fait savourer au travers de deux airs, proches du madrigal et chantés en anglais. Cela montre combien la musique se partageait en Europe et que les styles se retrouvaient en de semblables climats. Le profane et le sacré ne font souvent plus qu’un, seules leurs destinations les distinguent. À ce propos, le Graduale de Byrd comprenant plusieurs pièces fut chanté en hauteur depuis une tribune latérale ; ces pages se replaçaient par là-même dans l’acoustique large des édifices religieux. N’oublions pas que Byrd fut organiste de la grande cathédrale de Lincoln.

Le consort de violes proposait de son côté des fantaisies à 6 de Byrd et Gibbons, précurseurs à leur manière de celles génialement écrites un peu plus tard par Purcell. L’ensemble de flûtes, d’un grand raffinement, intervint à son tour parfois également mêlé aux violes en grande complicité sonore. Le chœur et les violes étaient réunis pour une pièce emblématique de ce répertoire avec Les Cris de Londres composés par , échos de la ville et des cris des vendeurs du marché venant couvrir dans les salons l’élégant et savant discours des archets.

Encore une fois le Festival Terpsichore aura enchanté son auditoire par la profonde maîtrise et l’inspiration de ses intervenants en écoute complice, au cours de cette longue quête musicale au temps des châteaux et cathédrales anglaises. Un CD Paradizo en réédition mais remastérisé, reprend quelques échos de cette soirée d’exception.

Crédit photographique : © Régis d’Audeville

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