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La Bohème mise en scène par Paul-Émile Fourny à Metz

La Scène, Opéra, Opéras

Metz. Opéra-Théâtre de Metz-Métropole. 3-X-2017. Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Mise en scène : Paul-Émile Fourny. Décors : Valentina Bressan. Costumes : Dominique Louis. Lumières : Patrick Méeüs. Avec : Yana Kleyn, Mimi ; Gabrielle Philiponet, Musetta ; Diego Silva, Rodolfo ; Régis Mengus, Marcello ; Mikhael Piccone, Schaunard ; Tapani Plathan, Colline ; Jean-Fernand Setti, Benoît et Alcindoro ; Daegweon Choi, Parpignol ; Jean-Sébastien Frantz, un douanier ; Ge Song, Le Chanteur ambulant ; Andrey Zemskov, Un Sergent. Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole (chef de chœur : Nathalie Marmeuse). Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole (chef de chœur : Annick Hoerner). Orchestre national de Lorraine, direction : Roberto Rizzi Brignoli.

La Bohème 2 © Arnaud Hussenot - Opéra-Théâtre de Metz MétropoleTransposé à la Belle Époque, le spectacle brille par sa vitalité débordante et nous rappelle que La Bohème est aussi un bel hymne à la jeunesse. Un plateau homogène et prometteur contribue au succès d’une réalisation qui innove sans bousculer les traditions.

Située dans une esthétique inspirée à la fois de la Belle Époque (Moulin Rouge, affiches, french cancan, bas résilles…) et de l’univers steampunk de la fin du XIXe siècle (décors de style industriel, vitres d’atelier, portes de hangar, ferrailles…), cette nouvelle mise en scène de La Bohème se veut contemporaine de l’époque de la création de l’opéra. Aucun décalage, donc, entre le style musical du chef d’œuvre de Puccini et celui du spectacle visuel qui se déroule sous les yeux du spectateur. Autant les décors de Valentina Bressan que les éclairages de Patrick Méeüs créent d’un acte à l’autre des images d’une beauté ineffable, avec en toile de fond de superbes vues de Paris en surplomb ainsi que le mouvement des ailes du Moulin Rouge, visible depuis la mansarde de Rodolphe et de ses compagnons. Les costumes de Dominique Louis, très réussis eux aussi, notamment ceux conçus pour le cadre festif, à peine fréquentable, du deuxième acte, soulignent le caractère insouciant, voire provoquant de cette jeunesse fin-de-siècle tiraillée entre la soif de plaisir et les duretés de l’existence. Le parti pris de la mise en scène est visiblement de mettre en valeur la thématique du passage de l’adolescence à la vie adulte, sujet universel et intemporel s’il en est. D’où le recours à une distribution constituée de jeunes chanteurs donnant tous l’impression d’avoir l’âge de leur rôle et particulièrement investis sur le plan scénique. Malmenés par la vie, en butte aux affres de la pauvreté, de la maladie et des difficultés sentimentales, ces personnages extrêmement attachants n’en sont pas moins débordants de vitalité, de drôlerie et de fantaisie. L’excellente direction d’acteurs assure au spectacle une cohésion et une fluidité que l’on ne rencontre pas souvent sur un plateau lyrique.

La Bohème 7 © Arnaud Hussenot - Opéra-Théâtre de Metz Métropole

Sur le plan musical et vocal l’ensemble est d’une belle homogénéité, chacun des protagonistes parvenant à tirer son épingle du jeu par l’une ou l’autre de ses qualités propres. Ainsi le Schaunard de brille par le naturel et l’élégance de son jeu, le Colline de se distinguant davantage par la jeunesse vocale que lui confère une voix moins caverneuse que d’habitude. Applaudissement nourris à l’issue de « Vecchia zimarra ». En Marcel, compose un numéro attachant d’ours au grand cœur, très bien assorti psychologiquement à la Musette de , pourtant desservie vocalement par un timbre un rien criard. Du couple des jeunes premiers on préfèrera peut-être la voix égale mais légère du ténor mexicain , dont les aigus manquent quelque peu de projection ; Rodolphe n’est certes pas le demi-caractère ou le tenore di grazia du répertoire pratiqué par ce jeune artiste à l’avenir sans doute prometteur. Sur le plan du volume, il est très en-deçà en tout cas du riche soprano de la cantatrice russe , au timbre plein et fruité mais au chant moins discipliné.

Belle mention pour les Chœurs de l’Opéra-Théâtre de Metz Métropole et le Chœur d’Enfants Spécialisé du Conservatoire à Rayonnement Régional de Metz-Métropole, visiblement à la fête. Très bonne prestation également de l’, même si la direction de prend visiblement le parti de privilégier la fraîcheur et la fête des deux premiers actes au pathos et au tragique des deux derniers. Un beau spectacle, en tout cas, pour un des ouvrages les plus complets et les plus réussis du répertoire.

Crédit photographique : , , Jean-Fernand Setti, et (photo 1) ; et Diego Silva (photo 2) © Arnaud Hussenot – Opéra-Théâtre de Metz Métropole

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