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Le monumental testament mahlérien de Lorin Maazel

À emporter, CD, Musique symphonique

Gustav Mahler (1860-1911) : Les neuf symphonies. Sally Matthews, Sarah Fox, Ailish Tynan (sopranos) ; Michelle de Young, Sarah Connolly, Anne-Marie Owens (mezzo-sopranos) ; Stefan Vinke (ténor) ; Mark Stone, Stephen Gadd (barytons) ; BBC Symphony Chorus, Philharmonia Voices, Philharmonia Chorus, Tiffin Boy’s Choir, Boys of the Eton Chapell Choir, Philharmonia Orchestra, Lorin Maazel. 15 CD Signum Classics. Enregistrements réalisés d’avril à octobre 2011 au Royal Festival Hall de Londres. Notice trilingue : français, anglais et allemand. Durée : 12 heures 44’.

 

12519_1Un témoignage grandiose sur l’une des personnalités les plus fortes de la direction d’orchestre, disparue en 2014.

Interprète longtemps discuté de la musique de Mahler, avait programmé les neuf symphonies dans un cycle marathon donné en 2011 à Londres avec le Philharmonia. C’est cet ensemble imposant, remarquable par sa qualité orchestrale et sonore autant que par sa conception très personnelle, que nous restitue l’éditeur Signum.

Lorin Maazel a découvert relativement tard l’œuvre de Mahler ; une première intégrale des symphonies avec le Philharmoniquee de Vienne avait suscité beaucoup de controverses et de critiques : les tempi très étirés, et l’hyper-expressivité, très personnelle, convainquaient moins que celle, presque contemporaine, des gravures d’un Bernstein alors au sommet de son art. En 2011, Maazel revenait, en une série de concerts captés en quelques mois, aux œuvres de Mahler, avec le Philharmonia de Londres. Cet ensemble des neuf symphonies (cette fois, l’adagio de la Dixième est écarté) nous est proposé en un monumental coffret.

Quelques grandes lignes se dégagent d’emblée. D’abord, comme à Vienne, Maazel opte pour des tempi d’une très grande ampleur, les grandes symphonies dépassant allègrement les 90 minutes. Ce sont presque systématiquement les enregistrements les plus lents de la discographie (hormis la Septième pour laquelle la version hallucinée de Klemperer demeure totalement hors normes). L’orchestre est magnifique, somptueusement capté, et sans doute plus convaincant par sa précision que les Viennois dans l’intégrale Sony. En revanche les solistes, tous anglo-saxons, sont en général un cran en dessous, ce qui handicape les symphonies avec voix, la Huitième surtout, assez imparfaite. Enfin, la direction de Maazel impose une perfection de mise en place intimidante, mais souffre parfois de baisses de tensions peut-être dues à l’enchaînement de ce marathon mahlérien, peut-être aussi au choix de ces tempi lentissimes et difficiles à soutenir ; le finale de la Sixième, par exemple, reste très à la surface des notes. Quelques idiosyncrasies surprennent aussi, comme le phrasé du cor anglais dans le lied de la Troisième symphonie.

Mais l’ensemble est à prendre comme un tout, et l’un des derniers grands témoignages d’un chef exceptionnel, à la technique infaillible et à la musicalité parfois contestable. Sans remettre en cause une discographie considérable dans laquelle aucune intégrale n’est parfaite (encore qu’on puisse juger le dernier Bernstein comme le plus proche de la perfection, sans oublier non plus les éclairs de génie de Boulez, Abbado ou Haitink), ce beau coffret sonne comme le testament mahlérien d’une personnalité majeure de la direction d’orchestre de son temps.

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  • draffin

    Il existe aussi une autre intégrale Mahler que Maazel a enregistré dans les années 2000 avec le Philharmonique de New-York. Ce serait intéressant de voir si elle apporte quelque chose par rapport aux deux mentionnées dans l’article.
    D’autre part, c’est dommage de ne pas dire un mot de l’autre grande intégrale enregistrée avec le Philharmonia : celle de Sinopoli.

  • Pierre Dubuisson

    Je tiens l’intégrale de Klaus Tennstedt (EMI) pour un exemple d’un Mahler écorché, tragique et rugueux, ce qu’il était sans doute en réalité.

    • Michel LONCIN

      De fait, l’intégrale de Tennstedt, également si décrié à l’époque par les pontifes du « beau » son, dans leur volonté « d’amabiliser » Mahler (comme, à sa suite, Chostakovitch !), est, à mon avis, un des sommets de la discographie (avec Bernstein) !!!

  • Michel LONCIN

    Si Maazel est fidèle à lui-même, il aura résisté, s’agissant de la 6ème Symphonie, à cette nouvelle (et DETESTABLE !) « mode » d’inverser l’ordre des mouvements centraux (« Andante – Scherzo ») au lieu de « Scherzo – Andante » finalement rétabli le 04 janvier 1907, à Vienne, ce dont fait foi la lettre du 17 janvier 1907 à Wilhelm Mengelberg et les témoignages du même Mengelberg et d’Alma Mahler !!!

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