tous les dossiers(1)

La jeune maturité du Quatuor Arod aux Bouffes du Nord

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 02-X-2017. Franz Schubert (1797-1828) : Quatuor n°13 en la mineur, « Rosamunde ». Benjamin Attahir (né en 1989) : Quatuor « Al ‘Asr », Prière de l’après-midi (création mondiale). Félix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Quatuor n° 2 en mi mineur, op. 44. Quatuor Arod : Jordan Victoria, Alexandre Vu, violons ; Corentin Apparailly, alto ; Samy Rachid, violoncelle.

ArodMalgré sa création il y a quatre ans seulement, le prouve une fois encore au Théâtre des Bouffes du Nord qu’il fait partie des formations les plus musicales du moment.

Le second violon d’Alexandre Vu introduit avec magnificence sa partie de soutien du Quatuor n° 13 « Rosamunde » de pour laisser immédiatement s’exprimer la superbe musicalité du premier violon Jordan Victoria dans le premier thème. Il faut attendre une minute pour que l’alto de Corentin Apparailly et le violoncelle de Samy Rachid, encore très discrets jusque-là, donnent de la voix. Est-ce le lieu très spécial des Bouffes du Nord qui intimide les quatre musiciens, ou la proximité du public, sur le même plan qu’eux, à quelques mètres ? Toujours est-il qu’on ressent dans leur jeu une certaine nervosité, absente de la même œuvre cet été au festival de la Grange de Meslay. Cette sensation a cependant tendance à s’amenuiser à la première reprise, et plus encore dans le développement, au milieu de ce premier mouvement, Allegro ma non troppo.

La justesse de l’Andante impressionne ensuite, surtout dans la coda et son magnifique traitement par le premier violon. Le Menuet, quant à lui, est empli d’une nostalgie évidemment contenue dans la partition, mais rarement aussi bien traitée, notamment par l’alto et les accents graves du violoncelle. Plus de légèreté apparaît dans le finale, Allegro moderato, même s’il semble évident après une telle interprétation que le jeune ensemble est déjà prêt pour interpréter le quatuor suivant du même compositeur, La Jeune Fille et la Mort.

Placée en deuxième position du programme et donné en première mondiale, le Quatuor Al’Asr de est l’œuvre d’un compositeur né en 1989, dont nous avons déjà couvert plusieurs jeunes créations, la plus récente étant Et nous tournions autour de ces fontaines hallucinées à la Cité de la Musique en février 2017. Basé ici sur la Sourate 103 du Coran titrée « Le Temps », le quatuor est la troisième de cinq œuvres prévues dans un cycle autour du salat, la prière musulmane qui se divise elle-même en cinq tout au long de la journée. La pièce débute par des sons aigus tendus, avec l’insertion de thèmes orientaux ainsi que de vives ruptures dans l’intervention de certains instruments ; puis l’atmosphère devient calme, d’abord aux trois instruments aigus, entrecoupés de pizzicati marqués du violoncelle, qui finit lui aussi par rentrer dans le rang. Cette ambiance pleine de latence se maintient près de dix minutes pour évoquer les deux premières parties de la Sourate, « Par le Temps / L’homme est en perdition », mais la pièce tend à tourner en rond dans son dernier tiers : elle cherche notamment la rupture de rythme et la répétitivité d’une cellule, qui n’est pas sans évoquer les quatuors de maturité de Chostakovitch, notamment le n°8, avec ici aussi un thème répété et martelé. L’œuvre met cependant en valeur la qualité des quatre musiciens, impeccables dans la mise en place, et toujours fins dans le jeu.

Le temps d’un entracte et le jeune quatuor retrouve le devant de la scène pour une composition trop rarement programmée, le Quatuor en mi mineur op. 44 n°2 de . Il suffit d’ailleurs d’en rechercher les références au disque pour se rendre compte du peu d’attrait qu’ont pour l’œuvre les grandes formations et les éditeurs. On louera à ce titre l’enregistrement tout juste paru des Arod pour leur nouveau label, Warner Classics. D’un Allegro assai traité avec élégance, l’œuvre avance vers le Scherzo duquel ne ressort aucun surplus d’accentuation ; peut-être, joué en première partie avec des doigts moins fatigués, ce mouvement aurait-il trouvé plus de couleurs. Un Andante plein de grâce et un Presto agitato dynamique concluent la soirée, avant un court discours du violoncelliste et un bis, le superbe Capriccio tiré de l’op. 81 du même compositeur, traité en maître par les quatre musiciens.

Crédit photographique : © Verena Chen

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.