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À Bordeaux, jouissive Vie parisienne d’Offenbach

La Scène, Opéra, Opéras

Bordeaux. Opéra National de Bordeaux. 1-X-2017. Jacques Offenbach (1819-1880) : La Vie parisienne, opéra-bouffe en 4 actes sur un livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Mise en scène : Vincent Huguet. Décors : Aurélie Maestre. Costumes : Clémence Pernoud. Chorégraphie : Kader Attou. Lumières : Bertrand Couderc. Avec : Anne-Catherine Gillet, Gabrielle ; Marie-Adeline Henry, Métella ; Philippe Talbot, Vicomte Raoul de Gardefeu ; Enguerrand de Hys, Bobinet ; Rodolphe Briand, Brésilien, Frick, Prosper ; Aude Extrémo, La Baronne de Gondremarck ; Marc Barrard, le Baron ; Harmonie Deschamps, Pauline ; Aubert Fenoy, Urbain. Ballet et Chœur de l’Opéra national de Bordeaux (chef de chœur : Salvatore Caputo). Orchestre national Bordeaux-Aquitaine, direction : Marc Minkowski.

Vie parisienne_2La saison à Bordeaux démarre à grande vitesse avec cette formidable Vie parisienne d’Offenbach. La baguette de est pleine de fougue, la mise en scène de excelle par son panache tandis que la distribution mêle la jeune génération du chant lyrique francophone et les artistes habitués de l’opéra-bouffe. Jouissif.

Astucieux début de saison pour l’Opéra de Bordeaux qui présente une programmation intitulée « Gare à l’Opéra » à l’occasion de la nouvelle LGV inaugurée cet été. Entre le chœur de l’Opéra qui part chanter à la Gare Bordeaux Saint-Jean (sur les quais !) et un « orchestre à grande vitesse » (OGV) qui interprète La chevauchée des Walkyries ou encore Le chemin de fer d’Alkan, l’équipe ne manque pas de fantaisie et d’humour, inscrivant ainsi ses activités au cœur même de la vie de la cité. La vie parisienne d’Offenbach sous la baguette du directeur général de l’institution ne fait pas figure d’exception avec une chorégraphie prévue sur le parvis à l’entracte (la pluie ne l’ayant pas permis ce jour-là), concoctée par le ballet de l’Opéra et son chorégraphe .

Dès la Gare du chemin de fer en chantier, l’univers de pétille. Accessible, fantasque, drôle et pleine d’enthousiasme, cette mise en scène est brillamment menée en ne dénaturant à aucun instant le ton irrévérencieux d’Offenbach, par des clins d’œil modernes et une cohésion permanente : alors que le baron se demande si Raoul parle le bordelais (l’évocation d’une « chocolatine » fait toujours sourire), grâce aux savoureux costumes de Clémence Pernoud, Sonia Rykiel côtoie , et Bobinet dévoile le vertigineux et célèbre décolleté plongeant dans le dos de Mireille Darc lorsque son costume se craque. Le glamour de la vie parisienne se mêle ainsi à des personnages faisant références à des sujets d’actualité nationaux, entre le livreur-cycliste de Deliveroo et Geneviève de Fontenay destituée de sa couronne. La cohérence se traduit également par les décors d’Aurélie Maestre, le chantier du premier acte devenant une mansarde parisienne puis les célèbres toits de la capitale. Et peu importe l’intervention régulière des tutus en baskets colorés, le ballet de l’Opéra de Paris est (littéralement !) dans la chambre-placard du prestigieux invité de Raoul ! C’est drôle, c’est dynamique, c’est léger, c’est inventif.

Les deux compères qui s’improvisent guides sont particulièrement amusants et attachants : interprète un Raoul de Gardefeu joueur avec des aigus quelque peu serrés, équilibrés toutefois par de beaux médiums, alors que le bonheur d’ pour cette prise de rôle de Bobinet est bien palpable. Ses éclats de rire comme ses pleurs douloureux sont d’une telle générosité qu’on ne peut qu’y adhérer, n’éclipsant toutefois pas ses qualités de phrasé et sa technicité agile. Face à eux, la noblesse de la baronne suédoise et de son époux effronté en la personne de révèle un savoureux mélange, piquant tout autant qu’épicé.

Vie parisienne_1
Cette énergie positive et bon enfant se retrouve auprès de chaque interprète sans exception. Au sein de cette distribution vocale parfaitement homogène, déploie un timbre très coloré entre des aigus assurés et des mediums généreux, son vibrato serré, sa ligne de chant agréablement menée lui permettant de camper une brillante Gabrielle. La Métella rebelle et rock n’roll de cette nouvelle production bénéficie de la belle assurance de la soprano , alors que l’incarnation fantasque de dans la peau du Brésilien et dans la version bordelaise de (Frick) se fonde sur des qualités théâtrales certaines et une voix d’une belle ampleur. Le reste de la distribution ne démérite à aucun instant, chacun s’inscrivant dans un joyeux tourbillon frivole.

La fougue de inscrit la fosse dans la même dynamique que le plateau. En ayant choisi d’amputer d’un acte la version de 1873, le chef d’orchestre maîtrise les tempi et cisèle les nuances, tout en mettant en exergue la palette orchestrale d’Offenbach, notamment des vents délicats dans un parfait équilibre avec le reste de la phalange. Cette fougue se retrouve dans les savants mélanges qui composent les chorégraphies de . Le Ballet de l’Opéra national de Bordeaux enchaîne mouvements classiques et danses urbaines avec la même dextérité, alors que la danseuse projetée en l’air au final s’accompagne des cris d’admiration de plusieurs spectateurs dans la salle. Vie parisienne, vie bordelaise, la fête est belle à l’Opéra de Bordeaux.

Crédits photographiques : © Vincent Pontet

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