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Addictif et vertigineux, Leif Ove Andsnes magnifie le piano de Sibelius

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Jean Sibelius (1865-1957) : Impromptu en si bémol mineur, op. 5/5 ; Impromptu en mi majeur, op. 5/5 ; Kyllikki, op. 41 ; Romance en ré bémol majeur, op. 24/9 ; Barcarole, op. 24/10 ; The Shepherd, op. 58/4 ; Valse triste, op. 44/1 ; Sonatine n° 1 en fa dièse mineur, op. 67/1 ; Björken, op. 75/4 ; Granen, op. 75/5 ; Rondino, op. 68/2 ; Elegiaco, op. 76/10 ; 6 Bagatelles, op. 97 ; 5 Esquisses, op. 114. Leif Ove Andsnes, piano. 1 CD Sony. Enregistré au Teldex Studio, Berlin, 8-10 décembre 2016. Durée : 65’

 

Les Clefs du mois

Leif Ove Andsnes sibeliusOn ne se faisait guère d’illusion sur la marge de manœuvre interprétative au sein du catalogue pour piano de . On avait tort.  Voilà enfin l’inattendu artiste qui bouscule tous les poncifs assenés depuis si longtemps.

, fabuleux pianiste, renouvelle le regard que l’on posait sur les compositions que le Finlandais avait réservées au piano. Le premier piège à éviter consiste à mettre en concurrence, déloyale, piano et orchestre, chacun opérant dans un registre si distinct. Ce corpus de quelques cent cinquante miniatures, qui résulte de moments de détente et de recherches de sources financières, constitue un ensemble largement dévalué.

Ici, ce qui change tout, c’est la qualité unique de l’interprétation. Une magnifique prise de son, très proche, un toucher franc, voire parfois presque rude, une profondeur exacerbée de la poésie de ces piécettes qui en recèlent davantage qu’il n’y paraît, n’empêchent nullement l’efficacité d’une lecture analytique. Avec le travail d’Andsnes, on est réellement enchanté de pénétrer dans une zone musicale largement sous-exploitée.

Cette anthologie commence par les remarquables Impromptus n° 5 et 6 de l’opus 5 (1890-1893) imprégnés de thèmes populaires caréliens. Le premier, de toute beauté, avec son thème rêveur répété et ses notes brèves en cascade, évoque l’art d’un Ravel tandis que le second, où l’on pense à Fauré et Satie, paraît plus apaisé et contemplatif. La fameuse Valse triste (1904) initialement pour cordes, est interprétée de manière idéale par le pianiste norvégien. Inspiré par la nature, les arbres notamment (op. 75), ainsi que par diverses scènes campagnardes, Sibelius offre parfois des touches debussystes à ses partitions. Le maître de Järvenpää n’oublie pas son illustration du Kalevala  avec Kyllikki à l’atmosphère inclassable, ni l’exploitation plus traditionnelle de climats inspirés que l’on retrouve dans la Sonatine (1912), assez connue des pianistes, et notable par le travail réalisé sur les timbres, la Romance, construite autour d’un délicat thème varié, dans les Esquisses (1929), proches de l’atmosphère sombre du dernier grand poème symphonique Tapiola, le Rondino (1912), bondissant, sans oublier les Bagatelles (1920) aux éclairages multiples où domine la légère et espiègle Marche humoristique, proche de Grieg.

Dans la plénitude de son art, nous invite à découvrir de belles pages idiosyncrasiques et s’empare, au sein d’une abondante discographie (dont récemment par Joseph Tong), du plus haut sommet.

Embarquement immédiat pour une rencontre aussi exceptionnelle qu’inattendue.

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