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Mette Ingvartsen désérotise le porno

Danse , Festivals, La Scène, Spectacles Danse

Paris. Centre Georges Pompidou. 5-X-2017. Dans le cadre du Festival d’Automne à Paris. to come (extended) / Mette Ingvartsen. Concept et chorégraphie : Mette Ingvartsen. Arrangements musicaux : Adrien Gentizon, avec une musique de Benny Goodman. Scénographie : Mette Ingvartsen et Jenz Sethzman. Dramaturgie : Tom Engels. Lumières : Jens Sethzman. Costumes : Emma Zune. Direction technique : Emmanuelle Petit. Professeurs de Lindy Hop : Jill De Muelenaere et Clinton Stringer. Son : Adrien Gentizon. Avec Johanna Chemnitz, Katharina Dreyer, Bruno Freire, Bambam Frost, Ghyslaine Gau, Elias Girod, Gemma Higginbotham, Dolores Hulan, Jacob Ingram-Dodd, Anni Koskinen, Olivier Muller, Calixto Neto, Danny Neyman, Norbert Pape, Hagar Tenenbaum. Remplacements : Alberto Franceschini, Anuschka von Oppen, Manon Santkin

En dissociant les corps et le son dans to come (extended), la chorégraphe danoise , désormais associée à la Schaubühne de Berlin, décortique le vocabulaire gestuel et vocal de la pornographie. Renversant !

Tout peut devenir matériau chorégraphique. Les élans sportifs ou les gestes professionnels ont fait l’objet de pièces par Mourad Merzouki ou par Noé Soulier, entre autres. Les postures sexuelles simulées et mises en scène dans le cadre de l’industrie de la pornographie sont au cœur du spectacle de , to come (extended). Il s’agit de la version amplifiée d’une pièce créée en 2005, reprise ici avec plus de danseurs et une perspective nouvelle.

Dans un espace entièrement blanc, pleins feux, quinze danseurs en combinaison intégrale bleu layette reproduisent les positions classiques du rapport sexuel filmé. À deux ou à plus, dans l’arrêt sur images ou la fluidité, cet enchaînement désérotise intégralement l’objet même de la pornographie : le désir. En silence, méthodique, le résultat est froid et intellectualisé.

Mais c’est sans compter sur les ressources de la chorégraphe danoise Mette Ingvartsen, qui dans une deuxième partie renonce à l’image pour exploiter le son. Se transformant en une hilarante et saisissante chorale, les danseurs dévoilent l’envers du décor du X en se déplaçant dans l’univers de la post-production.

Les deux séquences finales du spectacle renouent avec le défoulement et l’extériorisation de la danse, mais aussi avec la jouissance et le plaisir. Un rock’n’roll endiablé, suivi d’un lindy hop non moins sauvage, transforment le corps nu des danseurs, chaussés de baskets, en enjeu de civilisation. Qu’est-ce qui est le plus érotique ? Un corps entièrement masqué mimant le sexe ou un corps entièrement nu se projetant en l’air dans une figure tournoyante ? Réponse sur la scène du Centre Pompidou…

Crédits photographiques : © Jens Sethzman

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