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Sublime Martha Argerich avec l’Orchestre national de France

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 5-X-2017. Boris Blacher (1903-1975) : Variation sur un thème de Paganini op. 26. Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour piano en sol majeur. Nikolaï Rimski-Korsakov (1844-1908) : Shéhérazade, suite symphonique op. 35. Martha Argerich, piano. Orchestre national de France, direction : Emmanuel Krivine.

Martha Argerich 2Il y a des artistes dont chaque apparition est un événement. Pour la première fois à l’Auditorium de la Maison de la Radio depuis sa rénovation, alors que la pianiste est déjà une habituée de la Philharmonie de Paris, joue de son génie dans le Concerto en sol majeur de Ravel, auprès de l’ et son nouveau directeur musical, .

Ses apparitions en France et dans le monde ne sont plus si rares, mais elles restent exceptionnelles dans des œuvres concertantes. En 2016, a interprété en France le Concerto de Schumann avec Riccardo Chailly, la fois précédente, elle avait joué le Concerto n°3 de Prokofiev, lors d’un hommage à Claudio Abbado avec l’Orchestre de Lucerne et Andris Nelsons en tournée. Elle revient cette année à Paris avec l’autre concerto d’un disque qui a marqué l’histoire de la musique, un ouvrage qu’elle enregistra en même temps que le 3e de Prokofiev à Berlin avec le chef italien, et qu’elle réenregistra avec lui plus tard avec le London Symphony Orchestra.

L’entrée sur la scène parisienne est mesurée, délicate même, tout comme le toucher du clavier et de la pédale pendant le temps dévolu au Concerto en sol majeur de . L’orchestre n’est pas explosif sur le premier accord, mais il montre de belles couleurs et un son léger à la française qu’attendaient certains.  L’accompagnement d’ convainc dans l’Allegramente, dynamique sans être trop nerveux ; mais il avance parfois, en forçant Argerich à le regarder. Si celle-ci n’a plus la dextérité de ses jeunes années, elle possède encore et toujours cet incroyable doigté et cette gestion fine de la pédale forte, qui transcende chacune de ses interventions. L’Adagio assai, si magistralement composé, devient le plus beau moment du concert. Accompagné par Krivine dans un geste soigné, le piano laisse s’épancher avec le plus grand raffinement toute la nostalgie et la délicatesse de la partition.

Moins dynamique et moins joueur, le Presto cherche un souffle à l’orchestre qu’il ne trouve qu’au piano. Même s’il faut défendre certains instrumentistes, à commencer par ceux de la petite harmonie, ainsi que le premier cor et la trompette, c’est toujours sur le piano que l’oreille reste concentrée. En grande forme, Martha Argerich revient et propose un premier bis : Schön Rosmarin de , où le piano n’est qu’accompagnement du violon, cette partie étant tenue par la première violon de l’, , qui aurait dû profiter des applaudissements pour se raccorder discrètement, car son bel instrument présente des failles sur certaines cordes. Puis Martha Argerich revient une dernière fois, pour l’incroyable Sonate K 141 de Scarlatti, débutée comme une œuvre romantique et conclue sublimement avec une agilité totalement retrouvée.

Une recherche de l’effet

En ouverture de concert, Emmanuel Krivine a d’abord proposé des Variations Paganini : pas celles, superbes, de Rachmaninov, jouées encore dans cette salle en juin dernier, mais celles, plus rares (et l’on comprend vite pourquoi), du compositeur allemand . La très belle présentation par du thème du 24e Caprice de Paganini au violon se développe ensuite à tout l’orchestre dans des accords jazzy rappelant parfois Gershwin. Cela offre une belle mise en valeur des pupitres, bien organisés par les gestes dynamiques du chef français.

Au retour d’entracte après le concerto, Emmanuel Krivine dirige la suite symphonique Shéhérazade de Rimsky-Korsakov. Sarah Nemtanu a évidemment réajusté son violon et chacun de ses soli est délectable, à l’inverse de la direction de Krivine, qui intéresse peu, voire agace, dans un jeu de gros-plans et de pauses qui joue avec la pièce plus qu’il ne la développe. Les trombones et les cordes attaquent avec franchise les premières notes, mais déjà, le temps demandé pour intégrer les bois surprend : recherche-t-on ici autre chose qu’à faire de l’effet ? De nombreuses parties semblent de même un peu forcées, quitte à mettre en difficulté certains excellents solistes avec d’improbables rubati, comme dans Le récit du Prince Kalender. La gestion de la battue ne rassure pas toujours non plus, et si quelques tutti donnent de l’ampleur au propos, la suite se clôt sans magie avec Le naufrage du bateau sur les rochers.

Assez rare lors des concerts de saison, mais sûrement prévu pour préparer la reprise du même programme en tournée à Toulouse le samedi, Krivine propose un bis orchestral, une polka bien menée, Eljen a Magyar, de . Agréable, mais l’évènement était Martha !

Crédits photographiques : Martha Argerich © Chritophe Abramowitz

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  • Von Der Erde

    « La dernière fois, en France, Martha Argerich avait joué le Concerto n°3 de Prokofiev, lors d’un hommage à Claudio Abbado avec l’Orchestre de Lucerne et Andris Nelsons en tournée. »

    Faux! La dernière apparition de Martha Argerich en concerto en France date du 2 octobre 2016 à la Philharmonie avec Riccardo Chailly (pour le concerto de Schumann). Le concert auquel vous faites allusion date du 9 novembre 2015.

    Merci de corriger votre nouvelle erreur…

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      Merci de votre vigilance

  • Frédéric Calendreau

    « Si celle-ci n’a plus la dextérité de ses jeunes années »
    C’est faux ! Et très injuste. J’ai entendu Martha Argerich à Bâle il y a deux semaines, et j’ai été stupéfait de son ébouriffante virtuosité. Son poignet est toujours aussi spectaculairement vif et ses doigts déliés à la perfection. Et elle semble jouer sans faire le moindre effort.

  • Gérard Denizeau

    Au sujet de la « dextérité » de la grande Martha, je ne vois pas que l’auteur de cet excellent article la juge réellement amoindrie, tout son propos s’inscrivant sous le signe d’une admiration bien légitime. Peut-être souligne-t-il simplement qu’au temps de sa flamboyante jeunesse, la virtuosité de Martha paraissait sans limites, que ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais que cela n’empêche nullement la magnifique artiste de rester à ces hauteurs où ne hissent que les aigles (en encore… pas tous !).

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